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Falstaff de Verdi à l'Opéra de Monte-Carlo, une tornade multicolore, par Christian Colombeau

Il faut des conditions multiples et presque contradictoires pour qu’une production du Falstaff de Verdi soit vraiment réussie. Si la présence d’une personnalité de chanteur comédien hors pair est nécessaire pour soutenir l’ensemble de l’édifice, il faut aussi une troupe capable de jouer avec une précision absolue et de chanter avec toute la minutie cette dentelle orchestrale.


© Stefan Flament
© Stefan Flament

Comme une tornade multicolore, le spectacle tient la route, balaie tout sur son passage

Alors disons tout de suite que le Falstaff de Jean-Louis Grinda – monté en coproduction avec Metz et Tenerife – approche de très près ce miraculeux équilibre auquel nous sommes en droit de rêver.
Aidé en cela par les très beaux décors imposants de Rudy Sanboughi composés de livres gigantesques qui s’ouvrent au gré des péripéties, mais aussi par les costumes tous plus délirants les uns que les autres de Jorge Jara, le directeur de la Maison nous transporte dans une basse-cour colorée et animée, décape de belle manière l’ouvrage de Verdi, fait du Pancione un coq de village proche du Chanteclerc d’Edmond Rostand, tire vers la farce animalière… ce que personne n’avait osé à ce jour.
Comme une tornade multicolore, le spectacle tient la route, balaie tout sur son passage. On rit de bon cœur aux attitudes étudiées de cette animalerie dopée au Viagra. Tour de force du projet : ne jamais dénaturer le propos du compositeur ou de son librettiste ! Jean-Louis Grinda prouve encore une fois qu’il est l’un des plus habiles parmi les metteurs en scène d’opéra de style, disons, classique. Avec toujours ce petit quelque chose de surnaturel, lunaire, aérien, qui touche à la grâce.
On le sait, le rôle titre exige un interprète principal de haute culture, au sens théâtral infaillible, aux capacités vocales intactes. S’il s’agit d’un rôle de fin de carrière (quoique…), il ne s’agit nullement d’un rôle pour retraité.
Avec sa trogne de gallinacé blanchi sous le harnais, ses ardeurs embuées de désenchantement, le géant gallois Brynn Terfel joue autant la carte du ridicule et de la drôlerie que du pathétique. Voix de bronze, musicalité au cordeau… Parfait, simplement parfait !

Il ne suffit pas d’un bon Falstaff pour faire un grand spectacle.

Cet opéra, qui n’a pas la fluidité ni la fécondité d’invention mélodique typique du Verdi le plus populaire, demande un orchestre d’une grande souplesse dans la réalisation des mille renversements contrapunctiques d’une partition miraculeuse.
Gianluigi Gelmetti au pupitre du Philarmonique de Monte Carlo, situe tour à tour son propos dans un surprenant climat poétique, baigne la farce de transparence et chaleur, et emballe l’ébouriffante fugue finale dans un kaléidoscope orchestral sidérant.
Pour sa part, Fabio Capitanucci, donna à Ford une épaisseur inhabituelle. Et s’il était encore amoureux de sa pintade (la spirituelle Aga Mikolaj) ? Et si c’était ce vieux briscard de Coq au Vin qui le lui révélait tout à coup ?
Car, qui donne et reçoit des leçons dans cette farce d’une sagesse toute pantagruélienne ? Sans doute est-ce l’humanité qui, se regardant avec « une certaine gayeté d’esprit conficte en mespris des choses fortuites » apprend d’elle-même l’indulgence et l’amour de la vie…
La fraîcheur amoureuse de Fenton et Nanetta fut un rien délicieusement en retrait. Le reste de la distribution, finement croqué, se montra au diapason avec pour une fois une Quickly qui ne se prend pas pour Carmen chez les Joyeuses Commères de Windsor.
Sortir d’un Falstaff réussi c’est conserver dans la mémoire, inscrite au creux du plaisir même, cette légère frustration qu’inspire la turbulente énigme de l’œuvre. Pari tenu à Monte-Carlo.
Christian Colombeau
19 mars 2010 à l'opéra de Monte-Carlo


pierre aimar
Samedi 20 Mars 2010
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