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Membre du Syndicat de la Presse Culturelle et Scientifique (SPCS) et de la Fédération Nationale de la Presse Spécialisée (FNPS)



Carnet de voyage du Pacifique Sud/La Nouvelle Calédonie N°4 (octobre 2014), par Alain Brunet et Akpé Motion

Cette semaine qui vient de s’achever, nous l’avons rêvé ! Comment ne pas laisser son imagination vagabonder à la seule évocation de Lifou, l’une des trois îles Loyauté, où le directeur de l’AFMI avait décidé de nous envoyer afin de poursuivre cette opération à laquelle il est très attaché : jazz en tribu !


Alain Brunet © DR
Alain Brunet © DR
6h10 lundi matin l’ATR 72 décolle de Magenta pour Lifou ; temps superbe et arrivée 35 mn plus tard. Charles Tua plus connu sous le nom de Chacha, responsable de l’antenne de Lifou du conservatoire de la Nouvelle Calédonie, nous attend à l’aéroport. Direction la subdivision administrative des îles Loyauté où Frédéric Eynard, commissaire délégué , a fait préparer un petit déjeuner.

Ancien trompettiste (nous avons eu le même professeur de trompette au conservatoire de Nice), ancien colonel de l’armée de terre (là s’arrête la comparaison), Frédéric Eynard est un homme très chaleureux qui dispose d’une belle résidence avec terrasse dominant la baie de Chateaubriand qui abrite une plage dont le sable soyeux est d’un blanc immaculé.

Chacha se présente comme chauffeur, guide, manager et bassiste car A. Guarèse n’a pu nous accompagner retenu à Nouméa par ses cours au conservatoire. C’est en camion et à grande vitesse que nous gagnons le tribu Drueulu distante de 25kms de We capitale de l’île, afin de prendre possession de notre logement.

Cette tribu est située en bord de mer et la maison du couple qui nous accueille a été bâtie sur un spot d’une beauté à couper le souffle ; geste coutumier dans la case, déjeuner dans ce qui semble être une salle à manger pour invités, et sieste occupent une partie de cette journée sans concert mais avec répétition car nous devons impérativement travailler avec Chacha !

Après avoir appris que nous logeons tous sur les nattes et petits matelas de la case traditionnelle, nous découvrons que la salle de pratique de groupe de l’antenne du conservatoire est aussi installée dans une case traditionnelle située dans le périmètre de l’école de musique ! Pour le coup, nous sommes vraiment dépaysés ! L’acoustique de la case s’avère être bonne pour les musiques amplifiées et Chacha être un bassiste de qualité !

Après un douche chez le commissaire délégué (j’étais assuré d’avoir de l’eau chaude qui reste encore largement inconnue en tribu) et un dîner traditionnel dans la salle à manger de nos hôtes, nous regagnons notre case où l’anti moustique installé depuis quelques heures diffuse ses effluves qui n’annoncent pas une nuit sereine.

Bah, on s’habitue à la vie au grand air, frais au demeurant lorsque le soleil est couché ! La nuit est convenable et je dois dire que la beauté inouïe du site qui s’offre à nous au petit matin en ayant pris soin de ne pas s’ouvrir le cuir chevelu contre les tiges séchées de cocotiers en quittant la case, nous fait immédiatement oublier la rusticité/rugosité de la nuit passée !

Chacha qui ne dort pas beaucoup est présent dès 6h30 ! Après un petit déjeuner pain, Nutella et thé Lipton (Ah les fruits tropicaux !) nous partons pour un tour du sud de l’île à grande vitesse !

La vitesse est un réel problème sur le territoire calédonien. Beaucoup de conducteurs roulent à des vitesses très excessives sur des routes qui en métropole sont limitées à 90/70/50. 140, 150, 160kms/h sont des vitesses « normales » alors que la limitation est fixée à 110 sur la RT1, route « territoriale » qui traverse la Nouvelle-Calédonie du Nord au Sud. Pas de permis à points, pas de radars, beaucoup de véhicules non assurés et de conducteurs sans permis sont quelques caractéristiques de la conduite sur le territoire calédonien. Résultat : beaucoup d‘accidents mortels dont la presse écrite, vous vous en doutez, se fait largement l’écho ! En vérité, nous n’avons jamais été rassurés à l’idée de rouler des centaines de kms durant notre périple sur le caillou !

En cette matinée de mardi, Chacha est heureux de nous faire découvrir le sud de Lifou dont il est utile de rappeler qu’elle a une superficie égale à celle de la Martinique pour une population de 8 000 h contre 400 000 h en Martinique. Pour celles et ceux qui veulent y aller, à noter de magnifiques pins colonnaires, des falaises de basalte déchiquetées et des plages d’une grande beauté.

Baignade obligée même si la température de l’eau n’était pas optimum (23/24°) et retour pour un déjeuner suivi d’une sieste qui, depuis notre arrivée, a toujours concerné 100% des musiciens métropolitains d’Akpé Motion.

Nous partons pour le concert du soir après un stop à l’antenne du conservatoire où en vrais accros de l’internet, nous pouvons recevoir nos méls. D’une manière générale, depuis que nous sommes sur ce territoire, la recherche de spots wifi constitue un sport quotidien.

La tribu Hnathalo au nord de l’île a bien fait les choses : un grand podium propriété de la province des îles, une sonorisation et un technicien son de très bonnes qualités (le concert a été enregistré) ; il faut dire qu’au même moment est organisé par la province un colloque Femme et habitat qui mobilise plusieurs centaines de femmes calédoniennes…et le podium ! En fin de concert, un chanteur de Lifou vient chanter avec nous deux kanekas pour le plus grand plaisir des quelques femmes présentes qui se mettent à danser.

Troisième jour à Lifou et patatras : je suis terrassé par une gastro entérite ! Je passe l’essentiel de la journée au lit dans la case ; C’est à jeun qu’en début de soirée, je souffle dans ma trompette pour notre deuxième concert dans les jardins de l’école de musique ; public nombreux et chaleureux, enthousiaste même quand on continue à jouer malgré deux coupures de courant somme toute assez longues, CD vendus, parlottes sympas d’après-concert…

Retour à Nouméa par le premier vol d’Air Calédonie : Pascal et Jean ne sont pas en forme à leur tour ! Repos dans un vrai lit car le soir nous jouons au Bohême, bar de la baie des citrons de Nouméa ; concert devant un public d’afficionados (on commence à être connus et donc suivis dans la place). Vendredi la gastro est terminée et curieusement j’ai l’impression d’être en vacances ; déjeuner et dîner avec amis ; temps de lecture sur une belle terrasse agréablement ventée ; cooool comme aiment à le dire mes jeunes amis d’Akpé Motion ! A 18h30 est présenté dans le bel auditorium du conservatoire le nouveau répertoire des écoles par une classe CHAM et des élèves de CM d’autres écoles, les musiciens du conservatoire et un certain nombre de chanteurs calédoniens très connus. Programme d’une grande diversité avec usage de langues vernaculaires et de fort belle qualité pour le travail vocal et instrumental réalisé par les élèves. Est-il utile de préciser que les moyens budgétaires mis en œuvre pour ces actions culturelles sont bien supérieurs à ceux qui seraient mobilisables/mobilisés en métropole ?

Samedi, un temps de Toussaint : beau soleil chaud, vent agréable, mer qui se réchauffe petit à petit… déjeuner avec l’ami Jean Dieuzede qui m’a hébergé l’an dernier et qui devant un tartare de thon me raconte son tout récent séjour au Vietnam et au Cambodge. Nouméa est une ville morte en ce premier novembre….pauvres touristes débarquant des bateaux de croisière qui ne trouvent même pas un taxi pour les voiturer jusqu’à la plage !

Le soir nous donnons notre deuxième concert au Groove qui est en vérité le seul vrai club de jazz de Nouméa : salle comble, public enthousiaste ; nous jouons de 21h à minuit et demi ; probablement notre meilleur concert sur le territoire. Nous allons au lit heureux ; dimanche les alizés sont un peu plus forts qui me privent d’une sortie en mer mais me permettent de découvrir un nouveau spot à ¾ h de Nouméa où résident le week-end des amis d’Anne Gras elle-même amie de longue date.

Et puis surprise : Corentin, jeune lycéen qui a suivi l’an dernier une de nos master-class et qui est venu nous écouter la veille au Groove est pilote d’avion ; il me propose un tour d’une heure au dessus du lagon dans un petit monomoteur deux places. Moment rare, précieux même, et d’autant plus généreux de sa part qu’il est à une semaine des premières épreuves du bac.

La journée se termine au centre Jean-Marie Tjibaou qui présente une pièce d’un auteur québécois, la Scaphandrière : Texte remarquable mais noir et désespéré ; magnifique mise en scène et comédiens talentueux. Hélas trop peu de public… Beauté architecturale de ce centre culturel construit par Renzo Piano et inauguré en 1998, 10 ans après les accords Matignon.
Alain Brunet


Pierre Aimar
Mardi 4 Novembre 2014
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