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Membre du Syndicat de la Presse Culturelle et Scientifique (SPCS) et de la Fédération Nationale de la Presse Spécialisée (FNPS)


Brahim Kallouche, le Chaabi à l’âme

Nous avons rencontré Brahim Kallouche, chanteur et musicien algérien. Issu de la musique andalouse, Brahim est un amoureux inconditionnel du Chaâbi – dérivé de la musique arabo-andalouse - algérois appelé en darija algérienne El Assimi, en référence à Alger.


Brahim Kallouche © DR
Brahim Kallouche © DR
Brahim chante et s’accompagne au mandole, instrument typique du châabi algérien introduit par le Hadj El Anka. Auteur-compositeur, Brahim nous fait découvrir avec sensibilité ses propres chansons, le récent néo-chaâbi et bien sûr le patrimoine poétique et festif du traditionnel chaâbi algérois, genre musical populaire qui s’est développé au début du 20ème siècle dans la région d’Alger. Ses musiques et ses chansons parlent de l’exil, d’Alger, des problèmes sociaux, familiaux, de vie et de fraternité. En 2017 et 2018, c’est d’ailleurs sous les grands arbres de la terrasse du théâtre Toursky, pour ‘Faites de la Fraternité’ que les accords arabo-andalous de son orchestre ont enflammé le public de Marseille.

« Ma mère ne m’a jamais grondé. Elle ne voulait pas que j’aie peur, mais du respect. »
Brahim Kallouche est né en 1966 près d’Alger. Il grandit entouré de la tendresse des femmes de sa famille –il est fils unique- de la douceur et de la bienveillance de sa mère dont il était très proche, et de son père, plus sévère à son égard. Très cultivée et séduite par la musique, sa mère lui parle de son professeur de Français, « Mouloud Feraoun –dit-il avec fierté ». Mouloud Feraoun, écrivain algérien d’expression française né en 1913 en Haute Kabylie et mort en 1962, assassiné par l’OAS à Alger avec cinq de ses collègues dont l’Inspecteur d’Académie. Salué par la critique, il est récompensé par plusieurs prix. Brahim dit de sa maman : « Elle nous a contaminés avec sa culture et son esprit ; une petite dame de grande valeur. » Brahim évoque ensuite sa grand-mère qu’il adorait et avec laquelle il dormait jusqu’à l’âge de 18 ans, sa main posée sur lui pour trouver le sommeil. Imprégné d’amour et de musique, de chansons espagnoles, françaises, le jeune Brahim commence à toucher le tam-tam à l’âge de trois ans. Très vite, il se met à chanter et tous discernent en lui un talent qu’il est le seul à ignorer. A l’âge de 6 ans, il demande une guitare et sa grand-mère la lui offre mais le père lui dit : « Tu veux faire de la guitare ? Pas de problème ! Mais à condition que tu sois brillant à l’école. » J’adorais la musique, j’ai donc été brillant, très brillant.

Au tam-tam à 3 ans, Sur scène à la guitare à12 ans.
A l’âge de 12 ans, Brahim commence à jouer et chanter dans un orchestre amateur. Autant dire que la scène aujourd’hui ne lui fait plus peur. Il poursuit en même temps avec succès des études de biologie à l’université d’Alger, puis de marketing en quatre langues –français, danois, anglais, espagnol- au Danemark où il s’installe à l’âge de 22 ans, fasciné par les pays scandinaves. « Le marketing, une hérésie –dit-il en souriant, car je n’ai jamais pratiqué. Au contraire, ce dont j’ai horreur dans mon métier, c’est parler d’argent. Pour négocier une date, des tournées, tout va bien. Pour la suite, les contrats, les tractations, je n’y arrive pas. »

« J’ai des messages à faire passer. J’aime regarder les gens dans les yeux. »

Très demandé, Brahim Kallouche, avec son orchestre ou en soliste, enchaine les concerts, spectacles et galas. L’artiste aime le mélange des cultures et des instruments. En projet pour « Musique du Monde » il représentera prochainement la Méditerranée en Allemagne avec d’anciennes mélodies russes où viendront se nicher quelques notes de chaâbi algérois, un clin d’œil à cette union fraternelle à laquelle il aspire. Le musicien aime regarder les gens dans les yeux. Il lui arrive, lors de certains concerts, de demander à ce que la lumière ne soit pas éteinte. « J’ai des messages à faire passer et tout est dans l’émotion mais aussi le regard. »

L’homme gai qui chante la tristesse
La musique et les chants de Brahim Kallouche portent la marque de sa vie, de son passé, de la perte douloureuse de ceux qu’ils aimaient et qui lui manquent tant, de son amour pour les autres, de sa générosité. Une animatrice de la télévision algérienne le présente avec ces mots : « L’homme gai qui chante la tristesse ». Effectivement, Brahim nous avoue qu’il n’écrit que lorsqu’il est triste, qu’il va mal. Le décès de sa grand-mère, puis de ses parents, l’a plongé dans une tristesse dont il n’a pas encore trouvé le déclic pour en sortir.

A la fin de notre conversation, nous comprenons mieux d’où vient ce sentiment de bonheur à l’écoute de sa musique. Chez Brahim Kallouche, il y a Alger et il y a Grenade, il y a le sourire au cœur, la générosité, le besoin de partage, la chaleur et la courtoisie héritée de ses ancêtres, la culture et le regard posé sur l’autre, la passion de la musique et de la poésie, un mélange de choses et de sentiments, le talent en prime, qui font de cet artiste une valeur sûre de la scène musicale.
Danielle Dufour-Verna


Danielle Dufour-Verna
Vendredi 7 Décembre 2018
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