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Andrea Chénier à l'Opéra de Monte-Carlo, La Révolution française embrase la Principauté, par Christian Colombeau

S’il y eut une révolution vériste, ce fut d’abord une révolution théâtrale et même littéraire. L’Andrea Chénier de Giordano, à la fois fresque historique (d’une justesse et d’une concision admirables) et drame humain, d’une sensibilité, d’une intensité bouleversantes voit deux amants pris dans les rouages de l’histoire et que fait plier la force du destin...


Le vérisme dans tous ses états

Andrea Chénier à l'Opéra de Monte-Carlo, La Révolution française embrase la Principauté, par Christian Colombeau
D’un lyrisme parfois sublime mais aussi souvent irritante, la musique de Giordano, pas toujours savante mais d’un effet garanti sur les âmes simples ou éthérées, pour peu qu’on entre dans le jeu, fait s’enflammer un discutable hymne à la fraternité, à l’amour et à la mort libératrice. A l’opéra, comme ailleurs, la vérité (historique) est ailleurs…

Question pour un champion : qui serait capable aujourd’hui de citer un seul vers du poète André Chénier, guillotiné en 1794, à seulement trente et un ans, pour s’être élevé contre les excès du régime de la Terreur, et illico-presto adoubé comme précurseur des Romantiques ? Question subsidiaire : qui se souvient encore, en dehors du cercle restreint des musicologues, du compositeur italien Umberto Giordano, par ailleurs compositeur à succès (Fedora…), consacré en son temps par les plus grands, Caruso et Toscanini en tête ?

Créée à l’Opéra Royal de Wallonie voici sept ans, la production présentée en ce mois de février à l’Opéra de Monte Carlo, tente de répondre à ces deux énigmes simplistes. La mise en scène de Claire Servais déploie un joli livre d’images dont la lecture n’engendre pas une once d’ennui, se révèle drôle parfois (charrette des corps guillotinés, Tribunal Révolutionnaire aux allures d’Arènes Sanglantes) mais culmine heureusement dans une scène finale au pathos suffocant... Dans ce tableau historique sanguinaire la flopée de petits rôles secondaires (qui ne sont en aucun cas de simples silhouettes) demeure bien des éléments essentiels du drame. Tout cela est animé avec conviction, dans un style cinématographique de belle facture grâce aussi aux costumes (un rien vus) de Christian Gasc, les décors judicieux de Dominique Pichou et les éclairages brumeux d’Olivier Wéry.

Remplaçant qui vous savez, le madrilène Enrique Ferrer restera bien la révélation de la soirée. Voilà un ténor qui risque bien de succéder, s’il en a l’intelligence, à ses plus illustres compatriotes ibères. Un sex-appeal indéniable, une ferveur presque animale, un timbre solaire, d’irrésistibles longues phrases haut-tenues et ardentes… qui ne font en rien regretter la défection commerciale de l’artiste "sicilien" initialement affiché.
Ses duos avec Micaela Carosi (Maddalena fragile et résignée) sont purement et simplement électrisants. Plaisir également de retrouver Marco di Felice qui chante un Gérard tout en muscle, simplement parfait, à la fois prince et rustre, bon et méchant, humain, tellement humain.
D’un ensemble singulièrement profilé, coloré en diable, on retiendra la Comtesse de StefaniaToczyska, la Madelon de Christine Solhosse et surtout le Mathieu finement dessiné, suffocant de voix et d’accent de Philippe Ermelier. Tous finalement méritent un compliment.

Pour affirmer sa présence dans la fosse, Rani Calderon, avare d'émotion, n’y va pas par quatre chemins et totalement décomplexé noie et écrase son plateau sous un flot de décibels sans nuance, sans vrai slancio digne de ce nom, transformant, chose risible, le final du I en un maelström indigne, d’une vulgarité rare. Solistes et chœur semblaient parfois avoir du mal à suivre.
Il pouvait dès lors offrir sa baguette au Rasoir National ! Personne n'aurait pleuré...

Christian Colombeau
Jeudi 19 février 2009


manricot@gmail.com
Vendredi 20 Février 2009
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