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16-17 janvier, Voltaire's Folies par Jean-François Prévand au Théâtre Toursky à Marseille

Il n'y a rien de plus subtil dans l'oeuvre de Voltaire que les Dialogues et les Facéties. C'est un mélange unique de folie et de raison, de fantaisie et de vérité. Le célèbre pamphlétaire se trouve ici sans entraves de règles, et tout son art consiste à simplifier à l'extrême des questions de métaphysique et de morale, à réduire les thèmes préférés de sa propagande à des formules décisives, et, en même temps, à démasquer toutes les prétentions des intolérants, des fanatiques, en ridiculisant leurs objections.



Faire passer ces dialogues sur une scène de théâtre n'est pas cependant simple affaire de retranscription dans la mesure où il faut extraire, pour éviter d'ennuyer le spectateur, quelques conversations piquantes et passionnées d'un vaste ensemble de réflexions et de discours aux contours indécis. Voltaire's folies de Jean-François Prévand se présente donc comme une sorte de "pot-pourri" composé d'extraits pétillants de quatre dialogues philosophiques très connus, entrecoupés de quelques pages tirées de la Correspondance de Voltaire, de son Traité sur la Tolérance(Prière à Dieu), et de quelques répliques d'une scène de sa tragédie, Mahomet.
Le premier dialogue qui ouvre le spectacle, tiré en partie des entretiens d'un sauvage et d'un bachelier, nous montre un docteur en théologie, prétentieux et étourdi, qui débat de sa fausse science avec des sauvages-philosophes sur la nature de l'âme, la vie sociale et ses lois. Sa faconde est vite tournée en dérision.
Le second, le chapon et la poularde, souligne les inconséquences et la stupide barbarie de l'humanité qui approuve l'absurdité de certains usages gouvernés par les préjugés, comme par exemple la torture, le tout agrémenté d'une pantomime pathétique des deux volatiles.
Le troisième, le plus drôle sans aucun doute, extrait de la relation du bannissement des jésuites de La Chine, est un entretien entre le fanatique Frère Rigolet et l'Empereur Yong-Tching sur la religion catholique prêchée par les jésuites aux crocheteurs du Palais Impérial. L'Empereur trône dans le fauteuil de l'Auteur. . .
Le spectacle se termine par Le dîner du Comte de Boulainvilliers, attaque très âpre des absurdités de La Bible et défense de la philosophie des Lumières qui permet de fonder une religion pure dépourvue des querelles alimentées par le dogme. Le ton ici devient plus sérieux.
Jean-François Prévand met en scène cet habile montage de textes satiriques, composé en 1970, dans un esprit caricatural qui convient assez bien à l'idée que nous nous faisons du comportement du Patriarche de Ferney, à partir des gravures et dessins de Jean Huber ou de Carmontelle. La scénographie, réduite à l'essentiel, convoque une estrade, un fauteuil-voltaire, et dresse une table ornée de candélabres pour le dernier dialogue. De temps à autre, une pause musicale(Marche de Radetzsky, Requiem de Mozart)fait diversion. Et si l'on ne tient pas compte du cabotinage burlesque et des moments incongrus de Rap ou de French-Cancan, d'un anachronisme surprenant, la brillante performance des quatre comédiens(Charles Ardillon, Olivier Claverie, Gérard Maro et Jean-Jacques Moreau), qui tient autant de l'élocution que de la gestuelle, mérite de vifs applaudissements. Elle participe du combat salutaire contre les dogmes et les conformismes idéologiques, elle nous encourage même à relire ces pamphlets dialogués des Mélanges qui restent d'actualité et qui font sans conteste de Voltaire le plus grand critique du XVIIIème siècle.
Philippe Oualid


pierre aimar
Mardi 20 Janvier 2009
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