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Rachmaninoff retrouve ses lettres de noblesses avec Yannick Nézet-Séguin. Nouveauté discographique chez DGG

Un Rachmaninoff décapé, vivifiant, bourré de vitamines


Il faut un sacré toupet pour s'attaquer à la plus détestée des symphonies de Sergei Rachmaninoff, la Première.
Mal accueillie à sa création en 1897 (César Cui y était pour beaucoup), le Compositeur sombra dans une déprime de trois ans puis détruisit la partition d'origine. L'oeuvre fut reconstituée par la suite à partir du matériel d'orchestre conservé.
En dépit de quelques inégalités flagrantes, reconnaissons toutefois une incontestable puissance dramatique, un sentiment d'angoisse insoutenable devant l'implacable fatalité et surtout l'influence des dernières symphonies de Tchaikowsky. Planent aussi çà et là les mânes de Sibélius, Mahler et Borodine.

A la tête du Philadelphia Orchestra, Yannick Nézet-Séguin, sans doute le chef le plus attachant de sa génération, n'y va pas par quatre chemins, embrasse la partition dans un maelstrom époustouflant de sinistrose éclatante, aborde les quatre longs mouvements avec un esprit résolument moderne, impose un ton continuellement grave mais non exempt de virtuosité sombre et farouche.
A l'origine, la symphonie portait cette épigraphe de l'Evangile : «  C'est à moi qu'appartient la vengeance. » Le chef québecois s'en est souvenu.

Ici on ne s'ennuie jamais, sa vitalité impétueuse (le final de l'Allegro ma non troppo initial semble ouvrir les portes de l'Infini !) galvanise autant l'orchestre que l'auditeur mais sait ménager le rêve. Les dix minutes du Larghetto sont d'une sensibilité profonde et ne manquent ni de beauté plastique ni de séduction. Beaucoup donneront raison aux reproches dont souffrit longtemps Rachmaninoff, à savoir : «  guimauve pleurnicharde », « faux martyr », « exilé larmoyant »... L'originalité est à ce prix.
Dans l'enivrant dernier mouvement, les cuivres retrouvent leurs lettres de noblesse, la violence orchestrale et dynamique emportent tout sur leur passage, le cyclone orchestral ultime, véritable monstre abyssal, tirant des fusées colorées dignes des meilleures bandes-son hollywoodiennes.
Le deuxième disque propose Les Trois Danses Symphoniques créées à Philadelphie en 1941 sous la baguette d'Eugène Ormandy. Sa dernière partition donc, le compositeur quittera ce bas monde trois ans plus tard.
Lyrisme et modernisme caractérisent ces Danses qui s'écoutent sans déplaisir certes, l'ensemble paraissant non pas désuet mais un peu démodé et kitsch comparé aux Symphonies.
La Première, Non allegro passe du grotesque pompier à un coloris pastoral du plus bel effet, la mélodie à la clarinette achevant de séduire. L'Andante qui suit, aux relents de Valse alla Ravel, laisse la place à un Lento Assai-Allegro vivace musclé, plus passionnant sur le fond comme sur la forme.
Yannick Nézet-Séguin apporte ici raffinement inouï dans les détails orchestraux, les plans sonores et s'attache à traduire le côté presque impressionniste de ces pages - qui retrouvent donc le lieu de leur naissance - dans une luminosité de vitrail.
Christian Colombeau


2 Cds DGG 00028948398393

Ecouter des extraits : www.deezer.com/fr/album/201886252


Christian Colombeau
Dimanche 7 Février 2021
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