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Jean-François Balmer interprète Voyage au bout de la nuit au théâtre Tête d'Or, Lyon, les 3, 4 et 5 mars 2014.

Jean-François Balmer nous offre un superbe et véritable moment de théâtre en incarnant avec profondeur, rigueur et humilité Bardamu, le héros Célinien. Adapté par Nicolas Massadau, mis en scène par Françoise Petit, le spectacle révèle en à peine plus d’une heure et demie toute la force, la beauté et l’évidente théâtralité du roman.


Louis-Ferdinand Céline, rappelons-le, narre à la première personne la vie d’un homme enrôlé tout jeune dans l’armée et confronté aux horreurs de la guerre de 14-18, brisant à jamais une innocence, et pour longtemps une raison de vivre qu’il tentera de retrouver en s’exilant en Afrique. Toujours hanté par ces souvenirs, en quête d’harmonie et de paix intérieure, il rejoindra ensuite l’Amérique, où le travail à l’usine et la fréquentation des bordels ne répondront pas plus à des aspirations qu’il peine encore à définir. De retour en France, il achèvera ses études de médecine et s’installera en banlieue pour soigner les plus démunis.

Notes de Mise en Scène. Françoise Petit

Jean-François Balmer interprète Voyage au bout de la nuit au théâtre Tête d'Or, Lyon, les 3, 4 et 5 mars 2014.
« Tout pour la Nuit ! C’est ma devise.
Il faut tout le temps songer à la nuit ».

« Retourner dans la Nuit, c’était ma grande préférence ». Toutes les nuits, celle de la guerre à la Noirceur sur la Lys, celle de l’Afrique, « emplâtre noir et fondu que je guignais avec envie », les ténèbres des rues à New York, les brumes enfumées de la banlieue. « Du jus de fumée qui trempe la plaine ».

Aux différentes étapes du voyage, Bardamu tourne toujours son regard vers le ciel, lourd de masses nuageuses menaçantes, reflet de ses peurs profondes. Il faut apprendre à marcher dans le noir, d’abord à tâtons, et puis avancer coûte que coûte. « On s’enfonce, on s’épouvante d’abord dans la nuit, mais on veut comprendre quand même et alors on ne quitte plus les profondeurs ».

Dans ce combat qu’est vivre, les sombres horizons aux épaisseurs surajoutées composent l’atmosphère de sa route. Quelques lueurs, quelques furtifs éclairs, quelques splendeurs qui retombent vite en lambeaux comme autant d’espoirs déçus. La lumière n’est ici que le fairevaloir de l’ombre. Bardamu s’enfonce avec délectation dans la Nuit, sa quête est la voie menant au bout… Cette fin qu’il lui faudra bien atteindre ou jamais… alors il saura ce qu’il était venu chercher dans l’aventure. « Tu finiras par le trouver le truc qui leur fait si peur à eux tous et qui doit être au bout de la nuit. C’est pour ça qu’ils n’y vont pas eux au bout de la nuit ».

C’est cette nuit-là, palpable, enveloppante, celle qui prend tout, et sépare des gens du jour, celle que je veux faire exister sur le plateau avec ces ciels toujours en mouvance, qui s’évanouissent et se recomposent au fil du texte et de l’action. Les ciels qui nous racontent l’implacable solitude du voyage ».

« La vie, c’est ça, un bout de lumière qui finit dans la nuit ».

Jean-François Balmer

Depuis sa sortie du Conservatoire National d’Art Dramatique en 1973, Jean-François Balmer a interprété bon nombre de pièces de théâtre parmi lesquelles Pour un oui ou pour un non de Nathalie Sarraute, mis en scène par Simone Benmussa ; Cher Menteur de Jérôme Kilty, mis en scène par Isabelle Rattier ; Mon Maître soixante-trois de Pierre Dac, mis en scène par Jérôme Savary ; Une Nuit au Moyen-Age de et mis en scène par Michel Pascal ; Novecento d’Alessandro Baricco, mis en scène par Franck Cassenti ; Onysos le furieux de Laurent Gaudé (lecture) ; Débats 1974-1981 mis en scène par Jean-Marie Duprez, ou encore Henri IV le bien-aimé de et mis en scène par Daniel Colas.

Il travaille à plusieurs reprises avec Jacques Weber dans Les Fourberies de Scapin de Molière, Le Neveu de Rameau de Diderot, La Mégère apprivoisée de Shakespeare, et Mystification, d’après plusieurs oeuvres de Diderot.

Il collabore également avec Roger Planchon dans Petite illustration et A.A. Théâtre d’Arthur Amadov.

Il est dirigé par Françoise Petit dans Le Mariage de Figaro de Beaumarchais, Le Misanthrope de Molière, Une nuit de Casanova de Franco Cuomo, le Faiseur de Balzac, Baudelaire dit par Balmer (textes de Mon coeur mis à nu de Baudelaire) et Le Talisman Balzac-Beethoven adapté par Françoise Petit.

Au cinéma, il a collaboré avec les plus grands noms du cinéma français, dont Yves Boisset (R.A.S), Henri Verneuil (Peur sur la ville), Alain Corneau (La Menace), Georges Lautner (Flic ou voyou), Pierre Granier-Deferre (Une Etrange Affaire), Philippe de Broca (L’Africain), Volker Schlöndorff (Un Amour de Swann), Robert Enrico (La Révolution Française), Pierre Schoendoerffer (Diên Biên Phu), Edouard Molinaro (Beaumarchais l’insolent), Raoul Ruiz (Le Temps retrouvé, Ce Jour-là), Jacques Bral (Un printemps à Paris), Claude Chabrol (Le Sang des autres, Madame Bovary, Rien ne va plus, L’Ivresse du pouvoir), Leos Carax (Tokyo !), Joël Séria (Mumu), James Huth (Lucky Luke), Jean-Jacques Grand-Jouan (Lucifer et moi), François Ozon (Dans la maison).

A la télévision, il a tourné avec Michel Déon, Robert Mazoyer, Marc Rivière, Roger Vadim, Marcel Camus, et dernièrement Fabrice Cazeneuve (L’Affaire Guitry), Giovanni Batiatto (Terres Etrangères), Jean-Louis Fournier (Coup de vieux), Jean-Pierre Améris (La Joie de vivre), Pierre Aknine (Mort d’un Président), et Jean-Pierre Guérin (Boulevard du Palais). « Je n’avais pas beaucoup de choses pour moi, mais j’avais certes de la bonne tenue, on pouvait le dire, le maintien modeste, la déférence facile, et la peur toujours de ne pas être à l’heure, et encore le souci de ne jamais passer avant une autre personne dans la vie, de la délicatesse enfin… »

C’est ça mon Céline, c’est celui-là qu’il faut mettre dans sa gibecière pour aborder le Voyage, un homme naïf qui va traverser ahuri un abattoir international en folie, dont il va s’échapper vivant mais pas indemne, marqué à la tête et pour toujours.

« On découvre dans son passé ridicule tellement de ridicule, de tromperie, de crédulité, que l’on voudrait peut-être s’arrêter tout net d’être jeune, attendre la jeunesse qu’elle se détache, attendre qu’elle vous dépasse, la voir s’en aller, s’éloigner, regarder toute sa vanité, la voir encore repasser devant soi, et puis soi partir, être sûr qu’elle s’en est bien allée sa jeunesse, et tranquillement alors repasser tout doucement de l’autre côté du temps pour regarder vraiment comment qu’ils sont les gens et les choses ». Jean-François Balmer

Le lieu

Théâtre Tête d'Or
60 avenue de Saxe - 69 003 LYON
www.theatretetedor.com


Pierre Aimar
Vendredi 17 Janvier 2014
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