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Festival Les Troubadours chantent l’art roman en Languedoc-Roussillon, Chapelle Sainte-Marie de Riquer à Catllar (66), le 6 septembre 2014. Par Jacqueline Aimar

Le souffle envoutant des troubadours


Le festival Les Troubadours chantent l’art roman en Languedoc Roussillon se niche ce soir-là au pied du Mont Canigou pour un des derniers spectacles de l’été. L’endroit est rare, une chapelle avec son haut clocher à peigne, située dans un grand virage, au bord de la route qui grimpe le long de la Castellane vers Molitg-les-Bains.

Ce soir-là d’Air et de Feu, chanteurs et guitaristes dans deux genres différents vont raconter les Troubadours des temps passés, cultivant la différence nord-sud entre l’Aire qui veut exprimer le froid et le nord, et le fuego, le feu du sud. Deux genres et deux pensées vont s’affronter, la britannique et l’espagnole, au travers de compositeurs du XVIe siècle et de contemporains, pour faire découvrir artistes et répertoires.

D’abord Arianne Wohlhuter, soprano et Philippe Mouratoglou, guitare : au fil de mélodies anglaises, ils ouvrent les portes du temps qui conduisent à tout un patrimoine immatériel de chants accompagnés, venus de manuscrits rares et riches.
Quatre airs de Purcell d’abord :
« La musique pour un instant saura apaiser vos tourments ». Puis Dowland ; la voix d’Arianne Wolhuter, vibrante et pure raconte en anglais, la pluie, les gouttes et le vent ; plaisir rare dans le décor restauré de blanc et éclairé en bleuté de la chapelle Sainte-Marie, remplie jusqu’au bord d’un public connaisseur et fidèle.

Dowland évoque la tristesse par un chant populaire et la voix d’Arianne Wolhuter, fine et travaillée dans les nuances exprime à merveille la tristesse des sorrows, ce chagrin du cœur et de l’âme, évoquée sur un tapis rouge, dans ce décor très sobre.
Viennent ensuite des airs de Britten et des traductions de mélodies chinoises, avant un final très moderne qui donne la parole au à l’art du guitariste.

Avec El fuego, le décor et les musiciens changent : entrée en scène de Sandra Hurtado-Ròs accompagnée par Jean-François Ruiz à la guitare.
La chanteuse évoque à coup sûr l’Espagne : grande, fine et brune, chevelure fleurie d’un gardénia blanc, robe noire drapée d’un châle blanc, elle impose une image qui les englobe tous les deux ; lui, mince, le dos un rien cambré et dont les jambes vibrent de l’envie de danser ; on les sent incontestablement proches du flamenco !
Le fuego de ce spectacle se traduit par des chants amers, âpres, râpeux qui font traîner la voix dans des couplets en mineur, rythmés. Et on y entend d’un compositeur Catalan Manuel Oltra, deux œuvres très plaisantes sur un poème d’Antonio Machado moderne. Et une clara noce di festa. Et aussi de belles chansons espagnoles dramatiques, portant le fuego dans leur rythme et dans leur tenue dramatique. Avec Preciosa et ses apostrophes rauques, un vrai flamenco. Spectaculaire Sandra Hurtado-Ròs, vit et crie sa musique et tout se termine avec Lorca, rapide et sombre, dans une flambée de guitare vertigineuse…

Le Mas Riquer accueille depuis 8 ans le festival. Et ses troubadours qui célèbrent l’art roman. Cette chapelle se présente comme le cadre le plus au sud de la manifestation et le prieuré de Nasbinals, le plus au nord, dans la Lozère, une des communes de l’Aubrac.
Le festival a vu le jour au temps et grâce à l’influence de Georges Frèche qui souhaitait la mise en valeur des lieux forts de la région et de tout cet art roman superbe et parfois discret du Languedoc-Roussillon ; art roman parfois oublié ou méconnu au fond de villages, hors des routes du tourisme, perché, isolé ou enfoui dans des pays et des paysages à découvrir.
Connaissez-vous d’ailleurs l’abbaye de Valmagne à Villeveyrac, ou le Prieuré de Marcevol à Arboussols ; la grange fortifiée de Fontcalvy à Ouveillan, ou l’abbaye de Saint-Papoul ? Tous lieux à découvrir, et mieux encore autour de l’art des troubadours.
Etalés sur six mois de mai à Octobre, on a compté une cinquantaine de concerts donc d’occasions d’entrer en contact avec ces musiques venues d’un temps de l’âme et du raffinement.
Jacqueline Aimar

Pierre Aimar
Mis en ligne le Samedi 6 Décembre 2014 à 16:43 | Lu 132 fois

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