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Interview de Charles Roubaud pour la mise en scène de Aïda, Chorégies d'Orange 2011

Charles Roubaud a participé aux Chorégies d’Orange en 1995 (Aida), 1997 (Turandot), 1999 (Norma), 2001 (Don Carlo), 2004 (Nabucco), 2006 (Aida) et 2007 (Il Trovatore). Il est de retour pour Aïda en 2011.


Depuis 1995, vous avez monté sept spectacles aux Chorégies, et, par deux fois Aida. C’est un opéra pour lequel vous êtes souvent sollicité. Comment abordez-vous cette nouvelle version ?

Interview de Charles Roubaud pour la mise en scène de Aïda, Chorégies d'Orange 2011
Depuis 1995, vous avez monté sept spectacles aux Chorégies, et, par deux fois Aida. C’est un opéra pour lequel vous êtes souvent sollicité, aussi bien dans des théâtres traditionnels que dans des lieux beaucoup plus vastes. Comment abordez-vous cette nouvelle version ?
En effet, c’est un challenge que me propose Raymond Duffaut, et relever le défi une troisième fois me motive particulièrement en ceci qu’il me faut aborder cet ouvrage d’une manière novatrice. Que ce soit dans un petit ou un grand espace, Aida est toujours le chef-d’œuvre de Verdi. C’est l’écrin qui change, pas le contenu.

Vos productions à Orange sont toujours très bien accueillies, tant par le public que par la critique. Comment concevez-vous un spectacle au Théâtre Antique ?

Lorsque, comme à Orange, une partie du public est éloignée de l’espace scénique, j’essaie de faire en sorte que la mise en scène soit lisible et compréhensible de tous. C’est pourquoi, avec la scénographe, la costumière et l’éclairagiste, nous travaillons beaucoup sur le jeu des couleurs et les costumes, pour que le spectateur identifie les personnages. Avec l’ensemble des danseurs, choristes et figurants, je m’attache à occuper tout le plateau de façon graphique et immédiatement reconnaissable visuellement. Partant du principe que l’on est obligé de respecter le rythme de la musique, le réglage des entrées et des sorties est un peu plus complexe que dans un théâtre traditionnel. A Orange, c’est chaque fois un pari à gagner, à la fois contre les délais, contre les intempéries et contre tous les incidents qui peuvent surgir à l’occasion d’une production aussi importante.

Comment caractérisez-vous les principaux protagonistes d’Aida ?

Aida est une fille de roi, réduite en esclavage, partagée entre ces deux conditions, entre son amour pour l’ennemi de son camp, Radames, et sa fidélité à sa patrie et à ses racines. A l’inverse, Amonasro, son père, est d’un seul bloc. Bien que prisonnier, il ne pense qu’à retrouver le pouvoir. Il représente la fierté du peuple éthiopien et l’aspiration de celui-ci à se libérer du joug égyptien. Radames est l’anti-héros au sens médiéval du terme. C’est l’homme lige du pouvoir, le général qui, par ses exploits, revient victorieux et devrait épouser la fille du pharaon, mais qui choisit, pour l’amour d’Aida, de trahir sa patrie et d’en accepter les conséquences. Amneris, orgueilleuse fille du pharaon, amoureuse de Radames, ne supporte pas que celui-ci aime Aida. Aveuglée par sa passion, elle n’hésitera pas à dénoncer Radames comme traître à sa patrie, ce qui entraînera la déchéance et la mort du général. Dépassée par son geste, elle essaiera, en vain, de sauver son amour.

Vous utilisez souvent les projections vidéos. Qu’apportent-elles à un lieu comme Orange ?

J’ai été le premier à utiliser des projections vidéos, vraiment vidéos, au Théâtre Antique. C’est un procédé relativement nouveau et, comme tout ce qui est nouveau, il me passionne. Visuellement, on peut obtenir des images et des effets très intéressants, compte tenu de l’impressionnante surface du mur. Les possibilités sont infinies et, sur le plan pratique, cela évite des décors trop lourds et donc un montage trop long. Il est très facile de changer une image vidéo sur l’ordinateur. A l’issue des répétitions, nous avons souvent repris dans la nuit des images qui ne convenaient pas, qui n’étaient pas assez visibles ou dont l’esthétique me plaisait moins quand elles étaient projetées, compte-tenu du grain et de la couleur de la pierre. Nous pouvons corriger, soit les couleurs, soit l’image elle-même. En revanche, modifier un décor imposant est impossible.

Vous venez de monter Aida au Stade de France. Etait-ce une expérience nouvelle ?

Pas vraiment nouvelle, puisque j’avais déjà réalisé Nabucco, il y a deux ans, mais ce n’était pas une production « Stade de France ». On l’avait déjà présentée à Bâle, Mannheim et Hambourg, et l’on n’avait eu qu’à l’adapter au Stade. En revanche, cette Aida est une production conçue pour le Stade de France et elle tournera dans d’autres lieux.

En quoi cette Aida 2011 à Orange sera-t-elle différente de celle de 1995 ou de celle de 2006 ?

A Orange, il n’y a pas de reprise des productions passées. Aida 2011 est coproduite avec le Festival de Massada, en Israël. Ce nouveau spectacle sera obligatoirement différent des deux précédentes productions que j’ai faites à Orange. En 1995, c’était ma première Aida, réalisée dans le style « Egypte antique ». La deuxième, celle de 2006, était esthétiquement plus pure, plus dépouillée, plus ascétique. Celle de 2011, sans être contemporaine, ne visera pas à donner l’image traditionnelle de cette Egypte antique. J’essaie de rendre le caractère mystérieux de l’œuvre plutôt que le faste « tape à l’œil ». J’aimerais réaliser un spectacle plus intime, comme l’est d’ailleurs l’ouvrage, puisqu’à part la scène du « triomphe », Aida est précisément un opéra intime, sombre et dramatique.

Aida est une coproduction avec le Festival de Massada. Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

C’est un nouveau festival créé en 2010, en collaboration avec l’Opéra de Tel-Aviv, qui se déroule au bord de la Mer Morte, au pied du rocher de Massada, lieu emblématique pour les israéliens. Le théâtre de plus de six mille places, situé en plein désert du Néguev, a été inauguré en 2010 avec Nabucco.

Parlons maintenant un peu de vous : quels sont les compositeurs dont vous vous sentez le plus proche ?

Je n’ai pas vraiment de compositeur de prédilection, mais il est vrai que j’ai des affinités avec Richard Strauss, dont j’ai déjà monté quatre ouvrages. Même chose avec Wagner, dont j’ai mis en scène le Ring et deux fois La Walkyrie. J’ai aussi pris beaucoup de plaisir à réaliser des opéras français comme Dialogues des Carmélites, Pelléas et Mélisande, Bérénice, Don Quichotte…

Vous avez travaillé avec Valery Gergiev, à Saint-Pétersbourg…

Oui, j’y ai fait quatre productions. C’était une expérience extrêmement enrichissante sur le plan artistique et humain. Outre la musique, ce qui est passionnant dans le monde de l’opéra, ce sont les rencontres avec des personnalités et des cultures différentes, les échanges qui s’instaurent, comme au Stade de France par exemple, où parmi les trois cents figurants d’Aida se trouvaient des noirs, des beurs, des hip-hopeurs, tous unis dans un même but : réussir le spectacle. C’est la génération d’aujourd’hui. La côtoyer élargit la vision et la perception de notre environnement immédiat.

Quels sont vos projets à venir ?

Je travaille sur une nouvelle production du Cid à Marseille, au printemps prochain. C’est un ouvrage très rarement représenté. J’ai la chance d’avoir une excellente distribution avec notamment Béatrice Uria-Monzon et Roberto Alagna avec lesquels j’ai déjà travaillé à Orange.

Charles Roubaud en 11 lignes

Charles Roubaud signe sa première mise en scène, Don Quichotte, en 1986, à l’Opéra de Marseille. En France, il est régulièrement sollicité par les Opéras d’Avignon, Bordeaux, Marseille, Massy, Monte-Carlo, Toulon, Toulouse, Vichy… Sa carrière internationale l’a notamment conduit à Liège, San Francisco, Washington, Séville, Saint-Pétersbourg, Charleston, Parme, Venise, Thessalonique, Bâle, Hambourg, Ljubljana, Lausanne…
Parmi les nombreux ouvrages qu’il a montés, on peut citer La Cenerentola, Dialogues des Carmélites, Pelléas et Mélisande, Manon, Lucia di Lammermoor, I Puritani, Katia Kabanova, Die Frau ohne Schatten, Salome, Die Entführung aus dem Serail, Der Ring des Nibelungen, Le Prince Igor, Rigoletto, Ariadne auf Naxos, La Traviata, Elektra, Samson et Dalila, La Veuve Joyeuse, Carmen …
Il a participé aux Chorégies d’Orange en 1995 (Aida), 1997 (Turandot), 1999 (Norma), 2001 (Don Carlo), 2004 (Nabucco), 2006 (Aida) et 2007 (Il Trovatore).

Lire la présentation générale des Chorégies d'Orange 2011 par Jacqueline Aimar
Réservations en ligne


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pierre aimar
Jeudi 4 Novembre 2010
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