Sortir ici et ailleurs, magazine des arts et des spectacles

Membre du Syndicat de la Presse Culturelle et Scientifique (SPCS) et de la Fédération Nationale de la Presse Spécialisée (FNPS)




Roméo et Juliette de Shakespeare, mise en scène Françoise Chatôt, au théâtre Gyptis - Marseille. Du 15 mars au 2 avril 2011.

Et pourquoi les plaindrais-je ces deux-là ? qui en quelques jours vivent cent vies, approchent de l’extase foudroyante, s’y brûlent, s’y consument et très vite – parce qu’en dehors de cette extase, la vie au fond n’est pas très intéressante – en meurent.


Françoise Chatôt, intentions de mise en scène

Roméo et Juliette de Shakespeare, mise en scène Françoise Chatôt, au théâtre Gyptis - Marseille. Du 15 mars au 2 avril 2011.
« Mieux vaut mourir d’amour que de mourir d’ennui » écrivais-je en préface de la pièce commandée à Agnès Verlet sur le thème d’Yseult qui allait devenir « Yseult et Tristan ». Trente ans plus tard, c’est un propos que je ne renierais pas ; aussi n’ai-je jamais trouvé Roméo et Juliette, cette pièce du jeune Shakespeare, tragique ou désespérée. Joyeuse au contraire, vitale, ardente, où les moments les plus sublimes d’une poésie raffinée côtoient des scènes grotesques, triviales, assaisonnées de grosses blagues subtilement obscènes ou carrément grossières. L’amour – Eros est le moteur de toute l’action.

Et pourquoi les plaindrais-je ces deux-là ? qui en quelques jours vivent cent vies, approchent de l’extase foudroyante, s’y brûlent, s’y consument et très vite – parce qu’en dehors de cette extase, la vie au fond n’est pas très intéressante – en meurent.

De toute évidence, ils en font bon marché de leur vie et, comme beaucoup d’adolescents, leur premier mot n’est pas : « je veux vivre » mais « je veux mourir ». Au reste Frère Laurent, leur confesseur, ne s’en laisse pas conter : « Violentes fins ont ces violentes délices » remarque-t-il.
Mais si l’on détaille la pièce, à part les « vieux » qui eux, y tiennent, à leur vie, les autres, Juliette, Benvolio, Mercutio, Tybalt, Roméo, d’emblée ne parlent que de mort, une mort rapide, violente, glorieuse si possible, infiniment plus enviable que cette vie sans histoire, ennuyeuse et tranquille. C’est cette urgence, cette vitalité, cette joie sidérante dans l’amour et les combats, cette désinvolture face à la mort, cette franche rigolade aussi qui n’existent qu’en des temps dangereux, que j’ai souhaité faire renaître.

Apologie de la mort ? Non. Triomphe de la vie dans son incandescence. Violence des temps ? Certes, mais celle-ci n’est-elle pas récurrente qui fait que « l’on doit vivre aujourd’hui comme si l’on devait mourir demain » ?

Violence de la guerre de clans, ici les Capulet et les Montaigu ; guerres civiles propres à la Renaissance italienne, mais qui embrasent toujours une partie du monde aujourd’hui. Ainsi la musique de Monteverdi, exact contemporain de Shakespeare jaillira-t-elle en réminiscence de ces passés intimes et collectifs, chantée par certains acteurs-chanteurs, percutée par des bruits de guerre et de fureur de la 2ème guerre mondiale, traversée par les musiques et danses jazzy de la fin de l’occupation.

Je situerai l’action au cours de cette période trouble de guerre extérieure et civile où résistants et collaborateurs s’affrontaient en des temps dangereux et « déraisonnables ». Par les récits, le cinéma, la musique, nous avons tous en nous cette mémoire collective. J’ai souhaité travailler avec des acteurs jeunes et fougueux dont certains ont fait revivre Les Caprices de Marianne de Musset au Gyptis et ailleurs. Même les « vieux » sont jeunes dans « Roméo et Juliette », ils se battent, ils chantent, dansent comme des fous.
La traduction sera celle d’Yves Bonnefoy, le poète, qui a su rendre à la fois le lyrisme, les métaphores et les jeux de mots d’un texte perpétuellement à double entente. C’est avec une joie profonde que j’aborde cette pièce de Shakespeare qui me fait pleurer de beauté à chacune de mes lectures.
Françoise Chatôt

[DANS LE CADRE DE Roméo et Juliette…]. Ouvert à tous – entrée libre

o RÉPÉTITION PUBLIQUE
Jeudi 17 février à 19h au théâtre Gyptis
Sur réservation, (dans la limite des places disponibles), au 04 91 11 00 91 ou par mail
n.hovanessian@theatregyptis.com

o RENCONTRES-DÉBATS à l’issue des représentations, en compagnie de l’équipe artistique
• Shakespeare et le théâtre élisabéthain. Mercredi 16 mars. Avec Florence March, Maître de Conférences en théâtre anglophone à l’université d’Avignon. (+ d’infos sur florencemarch.blogspot.com)
• La Passion dans Roméo et Juliette. Mercredi 23 mars. Avec Valérie Dufayet, professeur de philosophie, animatrice du Virgin Café Philo.
• Mariages impossibles ?. Mercredi 30 mars. Avec Snezana Mijailovic, chercheuse associée au LAMES (Laboratoire Méditérranéen de sociologie), en partenariat avec l’association AncrAges.

o EXPOSITIONS
• Maquettes de scénographies / Roméo et Juliette & Rétrospective…,
réalisées par les étudiants en Master II de l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Marseille.
En partenariat avec l’Espace Culture.
Vernissage mardi 15 février à 18h à l’Espace Culture, 42 La Canebière - 13001 Marseille.
- du 15 au 28 février à l’Espace Culture,
- du 15 mars au 2 avril au théâtre Gyptis
• Projets d’affiches, réalisés par les étudiants en BTS Communication Visuelle, graphisme-éditionpublicité,
du lycée Saint-Exupéry de Marseille.
- du 15 mars au 2 avril au théâtre Gyptis


Pierre Aimar
Samedi 12 Février 2011
Lu 1397 fois


Nouveau commentaire :


Dans la même rubrique :
1 2 3 4 5 » ... 82










Inscription à la newsletter