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Maison de poupée, d'Henrick Ibsen avec une Audrey Tautou bouleversante, au Théâtre Toursky, Marseille. Critique de Philippe Oualid

Maison de poupée, drame en trois actes, écrit à Rome en 1879, est la pièce la plus célèbre du dramaturge norvégien Henrick Ibsen. Inspirée par le destin d'une de ses admiratrices, elle met en scène la tendresse excessive et étouffante d'un mari que l'orgueil masculin rend aveugle, et qui maintient sa femme Nora dans une situation fausse d'enfant gâtée.


Audrey Tautou @ Marcel Hartmann contour by Getty Images
Audrey Tautou @ Marcel Hartmann contour by Getty Images
Poutant Nora vit un drame personnel : en effet, sans qu'il le sache, ce mari lui doit la vie parce qu'un jour, elle a osé commettre un faux en écriture pour emprunter l'argent nécessaire à un voyage indispensable à sa santé, geste interdit qui lui permettait de le sauver malgré les lois et les conventions sociales bourgeoises du XIXème siècle. Si elle continue de le lui cacher, c'est que son intuition l'assure que cet époux n'est pas assez audacieux pour que son orgueil en supporte la confidence. Lorsque la vérité éclate après une odieuse dénonciation, l'homme se montre violent, médiocre, et aveuglé par sa vanité blessée. Nora décide alors de le quitter spontanément et part en lui abandonnant ses enfants. Un dénouement qui fit scandale à l'époque, et permit à la pièce de devenir le symbole du mouvement féministe. . .
Michel Fau en réalise aujourd'hui une admirable mise en scène à la fois réaliste, expressionniste et onirique, où les tableaux d'un intérieur bourgeois fin de siècle se figent parfois dans une pénombre oppressante et angoissante. Le décor de son frère Bernard Fau reproduit à souhait un salon de maison norvégienne du XIXème siècle avec poêle, animaux empaillés, tapis en peau d'ours, piano, guéridons, et grand miroir. Il enferme Nora dans un univers cauchemardesque qui bascule et s'ouvre à la fin comme sous l'effet d'une catastrophe naturelle.
Dans le rôle principal de Nora, Audrey Tautou est bouleversante : elle donne à son personnage qui affronte risques et périls pour "se trouver", une dimension pirandellienne. Elle ne cesse en effet de jouer à la femme-enfant avec son époux, à la confidente avec Madame Linde, à la grande dame avec Krogstad, l'employé indélicat à qui elle doit une forte somme d'argent, à la séductrice avec le Docteur Rank, à la mère capricieuse avec ses enfants. Son parcours est un étonnant jeu de rôles qui culmine lorsqu'elle endosse un costume de napolitaine pour danser la tarentelle. Prenant alors conscience de son aliénation devant l'échec de ce jeu, elle finit par jeter son costume pour affronter le réel en femme libre.
Dans le rôle du mari, Torvald Helmer, Michel Fau se révèle, selon les scènes, aimant, manipulateur, ou paternaliste à souhait. Les autres comédiens, au jeu expressionniste et oppressant, l'imposante Madame Linde (Sissi Duparc), le distingué Docteur Rank (Pascal Elso), et le diabolique avoué Krogstad (Nicolas Woiron), se montrent excellents.
Produit par le Théâtre de La Madeleine, à Paris, ce spectacle remarquable où l'art de l'acteur français se met au service d'un chef d'oeuvre du théâtre naturaliste pour nous faire ressentir intelligemment à quel point les moeurs bourgeoises ont évolué depuis 1879, a reçu au Théâtre Toursky un acceuil exceptionnel, bien mérité.
Philippe Oualid

Maison de poupée, d'Henrick Ibsen
Mise en scène de Michel Fau. Avec Audrey Tautou.
Théâtre Toursky. Marseille. 18-19 Février 2011.

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Pierre Aimar
Lundi 21 Février 2011
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