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Offenbach à l'Opéra de Marseille : Une Belle Hélène qui n'a pa pris une ride. Par Christian Colombeau

Tout a été dit et redit sur la Belle Hélène de Jacques Offenbach voulue par Jerôme Savary, délirante production qui a écumé depuis plus de vingt ans toutes les scènes de France et de Navarre, sans oublier l’étranger.


©  Photo Christian Dresse
© Photo Christian Dresse
L'intelligence, la spiritualité, la drôlerie de la mise en scène jouent à fond la parodie et la dérision de la mythologie grecque au temps de la scandaleuse épouse de Ménélas, avant que celle-ci ne devienne la fameuse Hélène de Troie.
Excepté au fin fond de Pampérigouste, il semble donc improbable que personne n'ait jamais entendu ou vu les fantoches rois barbus qui s'avancent-bu qui s'avancent, lorgné sournoisement avec envie sur les attributs à peine voilés de l’héroïne ou ses suivantes, les seins gratuitement dénudés des figurantes topless ou cherché à malicieusement zyeuter, comme ma voisine de droite, sous le pagne de Pâris ou des sculpturaux jongleurs/acrobates.
Par bonheur le ton reste toujours léger, satirique, grivois, un rien salace mais jamais vulgaire, les incohérences font sourire, les anachronismes vont bon train, jeux de mots et calambours se ramassant à la pelle. Inaltérés aussi les décors kitsch de Michel Lebois et les costumes de Michel Dussarrat qui soulèvent eux-aussi encore et toujours la même hilarité dans leur ahurissante conception. Bref, comme un bon vin ou un bon repas, ce spectacle un rien déjanté, à mi-chemin entre Alcazar et Grande Eugène, fin, très fin, se déguste sans faim.
Prise de rôle non négligeable, la sérieuse Mireille Delunsch s’encanaille chez Offenbach. La voix est toujours là, opulente, crémeuse à souhait, le sex-appeal irrésistible. Laissons-lui le temps de devenir une vraie meneuse de revue et la belle Mireille entrera au Panthéon de nos Hélène favorites.
Alexander Swan lui raflerait presque la vedette. Cet excellent mozartien, sorti d’un péplum de série B, au français irréprochable gagne ici ses galons avec un Pâris qui casse vraiment la baraque, voix électrique et jarret avantageux en bon-cadeau.
Une fois dit que tous les « seconds « rôles s’en donnent à cœur joie dans cette folle course-poursuite, saluons tout simplement mais vraiment bien bas Eric Huchet dont le Ménélas frôle simplement le génie. Comme un mélange dosé à point entre Robert Hirsch et Michel Galabru. Le Calchas finement dessiné, chanté, dansé de Francis Dudziak, les Ajax duettistes et très gay-friendly campés par Jacques Lemaire et Dominique Côté emportent eux-aussi l’adhésion la plus complète. Nous préférons le timbre de bronze notre ami Marc Barrard (Ménélas) dans un répertoire un peu plus sérieux. Question de vis-comica…
Plaisir de retrouver dans la fosse phocéenne Nader Abassi. Le maestro égyptien vous dirige Offenbach comme une grande page de franche rigolade, nuances, respect à la lettre, sensualité, vivacité en prime. C’est à la fois sérieux comme du Meyerbeer (quand la partition le demande) et léger comme du Strauss, pas Richard, l’autre…


Christian Colombeau
Mercredi 29 Décembre 2010
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