Sortir ici et ailleurs, magazine des arts et des spectacles

Membre du Syndicat de la Presse Culturelle et Scientifique (SPCS) et de la Fédération Nationale de la Presse Spécialisée (FNPS)




Le Vicaire de Rolf Hochhuth, Théâtre Toursky, Marseille, le 15 décembre 2012

Le Vicaire est une fiction pour le théâtre interrogeant l'attitude du pape Pie XII pendant la seconde Guerre mondiale, en particulier à l'égard des Juifs.


Le Vicaire © Lot
Le Vicaire © Lot
Rare et émouvant. Au cœur de l’histoire, un miroir implacable de nos compromissions. Il faut absolument emmener les adolescents voir ce spectacle !

Près d’un demi-siècle après avoir été composé par le très contesté auteur allemand Rolf Hochhuth et mis en scène conjointement en 1963 par Peter Brook et François Darbon, Le Vicaire, accueilli à l’époque par les cris des manifestants : Vive Pie XII, vive Hitler, sales juifs, communistes… avait provoqué un énorme scandale. Les rôtisseurs d’hérétiques s’attaquaient aux comédiens et l’acteur qui jouait le pape recevait des menaces de mort. Des policiers avaient été placés dans la salle pendant les représentations.

Le Vicaire est une fiction pour le théâtre interrogeant l'attitude du pape Pie XII pendant la seconde Guerre mondiale, en particulier à l'égard des Juifs.

On retrouve dans Le Vicaire de nombreux éléments tirés du témoignage de
Kurt Gerstein un officier SS qui avait essayé en vain d'alerter le monde sur l’existence des camps d’extermination.

Hochhuth qui ne se présente pas comme un historien mais comme l’auteur d’une fiction théâtrale, a pris des libertés, tant avec la réalité historique, qu'avec les éléments biographiques de la vie de Kurt Gerstein.
Les représentations sont donc fondées sur des adaptations/synthèses : notamment par Erwin Piscator en allemand, et par Jorge Semprún en français.
Plusieurs doivent, selon le vœu de l’auteur, être joués par un même acteur,
celui-ci ayant voulu ainsi démontrer qu'un même homme pouvait adopter des comportements similaires ou antagonistes selon les circonstances dans lesquelles la vie le place « À l'ère du service militaire obligatoire, explique Rolf Hochhuth, il est constant que le mérite ou la responsabilité, non plus que la qualité du caractère, ne décident pas inconditionnellement si l'on est sous tel ou tel uniforme et si l'on appartient aux bourreaux ou aux victimes ».

La pièce se termine par la lecture d'une lettre écrite le 28 octobre 1943 par l'ambassadeur allemand au Vatican, Ernst von Weizsäcker qui résume l’ambiguïté des rapports entre Pie XII et le Reich :

« Le Pape, bien que selon nos sources, ait été pressé de divers côtés, ne s’est laissé entraîner à aucune déclaration démonstrative contre la déportation des juifs. »

Depuis la pièce n’avait jamais été rejouée.

En 2001, Costa-Gravas s’en inspira et sortit son film Amen...

Mention spéciale à Jean-Paul Tribout qui a l’excellente idée de reprendre l’œuvre en un oratorio vibrant.
Ne sachant jamais ce que l’avenir nous réserve, il est bon de regarder dans le passé ce que l’Histoire a à nous apprendre.
Passionnant, le sujet de la pièce de Rolf Hochhut est également audacieux. (…) Le véritable sujet de cette œuvre est la conscience.
Que l’on soit en haut, même au plus près de Dieu, ou en bas de l’échelle, que faire ?
Collaborer, fermer les yeux, se taire, se révolter, agir…

C’est toute la problématique qui s’est posée à l’être humain devant le nazisme! Toute la force de l’oeuvre est là…

Pour faire entendre ce texte, Jean-Paul Tribout a choisi la sobriété, un plateau nu.

Hormis le blanc papal et le rouge du brassard SS, une couleur domine, le noir.
Il faut souligner le délicat travail pour les décors d’Amélie Tribout, les lumières de Philippe Lacombe, les costumes d’Aurore Popineau…

Tout se passe au centre du plateau. Et quand ils ne jouent pas, les comédiens restent sur les côtés de la scène…

On ne peut que saluer l’excellence des interprètes : Mathieu Bisson, très émouvant, Claude Aufaure, terrible en cardinal, Eric Herson-Macarel,
Xavier Simonin, Laurent Richard et Jean-Paul Tribout.

Quant à Emmanuel Dechartre, c’est avec un grand respect qu’il endosse la charge papale.

Il règne dans la salle un silence de grande écoute et d’émotion !

Distribution

Mise en scène : Jean-Paul Tribout
Assistant à la mise en scène : Xavier Simonin
Décors : Amélie Tribout
Costumes : Aurore Popineau
Lumières : Philippe Lacombe

Avec : Claude Aufaure, Mathieu Bisson, Emmanuel Dechartre, Éric Herson-Macarel, Laurent Richard, Xavier Simonin et Jean-Paul Tribout…

Réservations au 0 820 300 033
Tarifs de 20 à 32 euros


Pierre Aimar
Jeudi 29 Novembre 2012
Lu 214 fois


Nouveau commentaire :


Dans la même rubrique :
1 2 3 4 5 » ... 82





Inscription à la newsletter