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« Le Monde à l'Envers », Carnavals et mascarades d'Europe et de Méditerranée. Exposition au MUCEM (Marseille), du 26 mars au 25 août 2014. Par Philippe Oualid

La nouvelle exposition du MUCEM « Le Monde à l'Envers » part du constat que depuis une trentaine d'années, mascarades rurales et parades urbaines se réinventent dans le monde entier, et suscitent un engouement extraordinaire pour des activités carnavalesques qui renouent avec des rites indo-européens très anciens plutôt qu'avec la liturgie chrétienne du carême prenant.


Erasmus de Bie (Anvers, 1629-1675), Procession de chars sur la place du Meir. Anvers (détail) 1670. Huile sur toile, 89 x 120 cm. Musée départemental de Flandre, Cassel ©  Jacques Quecq d'Henripret
Erasmus de Bie (Anvers, 1629-1675), Procession de chars sur la place du Meir. Anvers (détail) 1670. Huile sur toile, 89 x 120 cm. Musée départemental de Flandre, Cassel © Jacques Quecq d'Henripret
Marie-Pascale Mallé, commissaire générale de cette exposition coproduite par le musée du Carnaval et du Masque à Binche (Belgique), ne propose donc pas une description historique et typologique des représentations artistiques du Carnaval au cours des siècles, ni une approche technique des savoir-faire des carnavaliers, mais choisit de faire apparaître la richesse des cultures contemporaines carnavalesques dans l'espace euro-méditerranéen. Dans une scénographie sinueuse digne du sujet, le visiteur est ainsi amené à parcourir trois sections qui évoquent d'abord la fête calendaire, puis le pouvoir des masques et enfin l'esprit ambivalent des manifestations contestataires actuelles.

La première section évoque le carnaval comme fête du renouveau, fête de la refondation cyclique du monde: il s'agit de chasser l'hiver, les forces du mal, de hâter l'arrivée du printemps, avec le charivari des sonneurs de cloches. Cette première salle de l'exposition, avec son univers sonore, nous place dans la situation de la population des villages confrontée à l'arrivée des masques et à leur prise de possession des lieux. Elle stimule notre curiosité pour la fête archaïque et nous met en condition de recevoir les images provocantes de documentaires provenant de tous les pays d'Europe.

La seconde section expose les objets emblématiques qui travaillent les peurs et les fantasmes de ceux qui les arborent: des masques mystérieux, effrayants ou drôles, des masques funéraires, de théâtre, des masques prophylactiques, en bois, en écorce, en tissu, en métal, en papier mâché, qui nous interrogent sur notre relation à l'être et au paraître de ces jeunes ou vieux fous de la fête.

La dernière section traite d'une autre fonction du carnaval: la reconstitution de l'ordre social. A travers chars et costumes acquis dans des parades récentes, elle montre comment le langage carnavalesque est au service de la critique sociale et politique, comment ce mode d'expression populaire adopte le langage spécifique de la contestation et contamine les manifestations d'étudiants, de syndicalistes, les stades ou la gay pride. . .

Dans l'ensemble, Le Monde à l'Envers se présente comme un voyage éblouissant dans un imaginaire riche, faisant référence à des mythologies anciennes. Le parcours qui fait alterner des moments d'immersion jubilatoire et des temps de réflexion sémiologique, emmène progressivement le visiteur du Carnaval spectaculaire au phénomène carnavalesque cauchemardesque, phallique, obscène, à travers son charivari extrêmement émouvant.

Un imposant catalogue de 350 pages, réalisé par une brillante équipe de chercheurs, historiens et ethnologues, multiplie les points de vue sur le symbolisme et les manifestations de cette fête aujourd'hui mondialisée.
Philippe Oualid


Pierre Aimar
Jeudi 27 Mars 2014
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