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La Rondine, un Puccini rare à l'Opéra de Toulon, par Christian Colombeau

Une hirondelle qui fait le printemps lyrique toulonnais


Distribution et direction musicale irreprochables

La Rondine de Puccini © DR
La Rondine de Puccini © DR
Même si le compositeur se cherche plus qu’il ne se trouve, il s’agit bien pourtant d’un opéra typiquement puccinien aux réminiscences de Butterfly et surtout de La Bohème avec son deuxième acte quasi copie-conforme. Ici et là un soupçon de musique viennoise, une intrigue à La Fledermaus, des échos de Traviata…
Si ce n’est pas le chef d’œuvre du compositeur, ce n’en est pas moins une œuvre à ne pas prendre au sérieux, d’autant que le discours harmonique fait souvent penser à la Louise de Charpentier… Œuvre fragile, crépusculaire, profondément nostalgique et romantique à la mélodie bien marquée de sa patte, retardée par la Grande Guerre, la première de La Rondine (en français, l'hirondelle) n'eut lieu qu'en 1917 à Monte-Carlo. Ce fut aussi la dernière représentation à laquelle Puccini assista en personne.
Histoire d'une passion impossible sous le second Empire, La Rondine se déploie entre Paris et la Côte d'Azur, avec une légèreté et une vivacité remarquables.
Le compositeur désirait réagir contre ce qu'il appelait " l'horrible musique du temps présent ", celle de la Première Guerre Mondiale. Comme une manière de proposer une passerelle entre les univers de l'opéra et de l'opérette.
Le spectacle présenté par l’Opéra de Toulon valait le déplacement. Importé de Lucques, la production signée par Gino Zampieri et Rosanna Monti a le charme désuet des films de Max Ophuls avec ses costumes luxueux et des décors pastellistes du plus bel effet. Un bain de poésie agréable qui nous renvoie certes à l’opéra de « papa », mais lorsque le résultat atteint une telle qualité, c’est sans regret que l’on jette volontiers aux oubliettes les mises en scène avant-gardistes laides ou vulgaires qui cherchent midi à quatorze heures.
D’une distribution presque entièrement italienne, ce qui permet d’apprécier le texte dans sa vérité première, Marc Laho tire habilement son épingle du jeu et campe un Ruggero ardent, fiévreux, viril. Jolie composition également de Francesco Marsiglia, Prunier élégant et raffiné. La ribambelle de petits rôles était particulièrement bien en place.
Jouant à fond le jeu du mélo ou de la comédie, la Magda de Maria Luigia Borsi et la Lisette de Rosanna Savoia rivalisent de musicalité, de sensibilité, de piquant, d’intelligence, de vie.
Giuliano Carella décape avec tact et brio une partition hybride qui passe de la conversation straussienne au lyrisme mélodique le plus mélancolique pour une synthèse réussie entre les diverses composantes musicales, entre spasmes aigus du vérisme traditionnel et modernité, avec ça et là quelques couleurs impressionnistes à la Debussy du plus bel effet.
Christian Colombeau


Christian Colombeau
Vendredi 4 Mars 2011
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