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La Compagnie Maguy Marin reprend la pièce Ha ! Ha ! créée en 2006 pour 3 représentations à RAMDAM, un centre d'art, Sainte Foy-Lès-Lyon, du 16 au 18 février à 20h00

Fermée, aliénée à un public formaté, la blague d'humoriste, obligatoirement consensuelle, cherche l'adhésion du grand nombre : il est donc automatique qu'elle se fasse aux dépens des minorités, Juifs, Noirs, Arabes, homosexuels, sans oublier les femmes, éternelles quatrièmes roues du carrossier humoristique.


© Christian Ganet
© Christian Ganet
Non seulement la blague n'appartient pas en propre à son locuteur, mais elle est une arme de faible qui se tourne contre plus faible que soi. Pour faire rire la masse, une recette est éternelle, lui jeter en pâture ceux contre lesquels elle est objectivement soudée et préparée à rire par son sentiment de différence : la blague, comme le racisme, est différentialiste, elle instaure l'autre comme ridicule parce qu'il n'est pas comme nous. Ce n'est pas un hasard si les blagues racistes forment le gros du bataillon, au point que l'humoriste a trouvé son arme secrète pour les faire passer, le second degré, ruse postmoderne diluant les messages les plus minables sous une fausse autodérision. La grosse blague distanciée peut aussi bien être le fait d'une minorité (le fait d'appartenir à une minorité n'empêche en rien le racisme) s'appliquant à elle-même les blagues racistes ou, comme dans le cas Dieudonné, débinant les autres minorités. Dans un monde qui fait blague de tout, cette quête de l'opinion majoritaire assure la place de bien des fonctionnaires du rire.

Loin d'être idéologiquement innocente, la blague fait lever la foule en soi. Elle est un procédé éprouvé de la rhétorique fasciste pour faire rire le peuple aux dépens des autres, suspects par essence. On trouve notamment ce
«culte de la blague» chez un théoricien douteux des années 20, Georges Sorel, qui la justifie comme violence nécessaire et premier stade d'une révolution sanglante. L'«humour» de Jean-Marie Le Pen, de ce point de vue, est exemplaire, à la fois pulsionnel et excluant. Le langage gras est justement celui qu'adorent les humoristes, persuadés d'être drôles parce qu'ils sont hyperboliques, la plus primitive des figures de style. Sous-produit qui obéit à des lois sémantiques et tonales très codées, actualisées par un bateleur interchangeable, le sketch humoriste est abonné au poujadisme : d'où son caractère structurellement sinistre, qu'il ne faut pas hésiter, malgré l'apparente et trompeuse diversité de ses représentants, à unifier.

Je déteste les humoristes professionnels précisément parce que j'aime l'humour, qui n'est jamais programmé. Pure affaire de contexte (la repartie ad hoc) ou de corps (le burlesque), il atteint peut-être son point ultime quand il n'était pas prévu par son auteur. L'humoriste tarifé, lui, se prend pour un auteur, quand il n'est que le réceptacle des inconscients les plus marécageux. Si la vulgarité raciste est toujours plus ou moins tapie dans cette forme de discours qu'est le sketch ou la blague, s'ingénier à les actualiser dans un contexte social tendu est à la fois bête et malin, c'est-à-dire néfaste. Humoriste médiocre ? Et si c'était un pléonasme ?

Distribution

conception Maguy Marin
interprètes Ulises Alvarez, Laure Frigato, Françoise Leick, Louise Mariotte, Cathy Polo, Ennio Sammarco, Marcelo Sepulveda
lumières Alexandre Béneteaud

Coproducteurs
Festival Montpellier Danse 2006 Le Théâtre de la Ville de Paris
Centre chorégraphique national de Rillieux-la-Pape/Cie Maguy Marin

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Pierre Aimar
Dimanche 5 Février 2017
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