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« Jozef Kapustka : Improvisations with Bashir », nouveau CD du pianiste Jozef Kapustka disponible à la FNAC

Pianiste polonais Jozef Kapustka accompagné par des virtuoses iraniens Bashir Faramarzi (santoor) et Pedrâm Khâvarzamini (tonbak) livre sa vision de la musique du Proche Orient


Jozef Kapustka © DR
Jozef Kapustka © DR
Le trio Kapustka-Faramarzi-Khâvarzamini, crée en 2011, a déjà réussi à se faire remarquer ; en effet, il bouscule les certitudes et questionne les sensibilités des deux cotés de l'Atlantique et au proche Orient.
La dernière réalisation en date vient de sortir sous le label DUX (en collaboration avec Naxos Japon et Naxos Amérique).

Luc Nevers de la revue "Pianiste" remarque: "Le santour persan, (...) le tombak (...) s'associent au piano pour créer une série d'improvisations. Elles réunissent, dans des harmonies inextricables, les traditions et cultures orientales, perses, arabes et occidentales. On songe parfois aux musiques hypnotiques de Gurdjieff et de Hartmann (...) Inspirateur de ce programme, Jozef Kapustka, fait judicieusement alterner la prima voce entre tel ou tel instrument (...) D'autres caractéristiques encore plus étonnantes surgissent de cette musique (lire le livret). Une découverte intéressante."

A la base de la rencontre sont des musiciens porteurs de deux cultures classiques, orientale et occidentale : tous sont issus de centres d'enseignement prestigieux et dotés de prix nationaux et internationaux. Ils partagent une volonté de se lancer dans une aventure humaine et artistique inédite, qui se traduit par la fusion de la culture et de la technicité érudite avec un mode d'expression plutôt free-style : les morceaux de musique joués étant intégralement improvisés dans la plus pure tradition orientale.
Par cette création éphémère les musiciens cherchent à établir une forme d'expression musicale tout-à-fait originale et vigoureusement contemporaine.
C'est une rencontre fragile, saisie sur le vif autour d'un univers hypnotique, une rencontre timide entre le monde d'Orient mystérieux, envoutant et expansif et le monde occidental en pleine quête identitaire.
Il en résulte une oeuvre pleine de grâce et de force insoupçonnée.

Prof. Robert Simms de l'Université York au Canada explique: "Le travail des activistes, artistes et tous ceux qui cherchent à mettre en valeur nos liens historiques et humains profonds plutôt que nos différences joue un rôle important dans une mise en perspective plus seine et plus juste précisément au moment où les politiciens et les médias attisent de plus en plus les feux de la paranoïa violente entre le monde occidental et le Moyen Orient. Ceci est le cas avec cet enregistrement. Le santûr persan ici présent est le représentant contemporain de la vieille famille des tympanons de l'Ouest asiatique, les ancêtres du piano en Europe.
Le concertiste Jozef Kapustka est un spécialiste du répertoire des compositeurs de l'Europe de l'Est dont la musique a marqué largement et durablement l'histoire de la musique classique occidentale. Comme Peter van der Merwe le montre dans son livre "Les sources de la musique classique", ces compositeurs se situent à la frontière du monde occidental et oriental et leur musique est issue des deux cultures. Les improvisations méditatives de Jozef Kapustka se caractèrisent par une technique irréprochable, faisant appel à une esthétique santûresque perpétuellement évolutive et qui emploie des lignes mélodiques fraîches et libres, pleines de détours modaux et de déroulements intéressants se balançant entre deux univers musicaux. Le duo de piano et de santûr, une "réunion de famille" splendide, avec ses thèmes en unisson sur un rythme énergique et une base harmonique mobile, concilie les deux mondes ensemble.
Au moment où notre monde paraît se diriger inévitablement vers un conflit imposé du haut, il est rassurant de savoir qu'il existe une résistance pacifique et seduisante contre cette agenda brutal, des initiatives ascendantes d'artistes comme Jozef Kapustka qui vont au-delà de leur territoire pianistique habituel pour délivrer un message important."

"J'ai cherché à créer un univers radicalement personnel, dit Jozef Kapustka, celui qui sera exclusivement le mien, un univers mystérieux, peuplé d'images, de visages, de sons et de parfums qui restent complètement inconnus pour la plupart. Inspirés par mes nombreux voyages dans le Maghreb et le Proche Orient ces créations ont vécu avec moi depuis lors. Aussi fragile que les fleurs du désert sous le souffle de samūm, tout ce monde existe uniquement le temps que ma mémoire dure.
J'ai aussi crée un langage musical original, basé sur le mode harmonique, mélodique et diatonique altéré, les motifs étant exclusivement conçus autour de tons, demi-tons et de tons augmentés, le tout dispersé dans un nuage quasi-scriabinesque et sans références particulières, toute la musique étant intégralement improvisée et ceci sans avoir une prétention particulière d' être académiquement correct soit dans mon attitude, soit dans la façon dont je choisis ma matière à évoluer."

L'influence réciproque de la musique Perse et Arabe remonte au moins jusqu'à la conquête islamique d'Iran et à été commentée en détail par Ella Zonis dans son livre " La Musique Classique Perse"
Elle remarque que les historiens de l'art persan sont friands de l'idée que les conquérants Arabes venant directement du désert et étant confrontés à la civilisation très évoluée des Perses ont fini part adopter l'art et la musique de la culture disparue.
Les musiciens Perses prétendent que la musique persane aurait aussi été très influencée par la musique arabe à cause des raisons suivantes:
- la favorisation de musiciens persans dans les cours royales arabes,
- l'introduction d'instruments persans,
- l'utilisation du vocabulaire persan dans la sémantique musicologique arabe.
De l'autre coté, les musiciens arabes sont conscients que leur musique servait à établir la base de la musique perse, ceci étant dû principalement à la présence abondante de mots arabes dans la terminologie musicale persane..

Pour revenir à l'enregistrement, Kamal Kassar de la Fondation AMAR (Arab Music Archiving and Research) au Liban attire l'attention sur les faits suivants: Le niveau mélodique est oriental, mais pas spécifiquement irakien, et la ligne mélodique ininterrompue rappelle plus un raga indien, dans la mesure où la ligne mélodique classique indienne est justement ininterrompue et s’arrête à n’importe quel moment sans danger. La main droite exécute une sorte de taqsim (improvisations) sur des gammes permises par le piano et la main gauche exécute une sorte de basse continuo, a son gout efficace. Beaucoup de pianistes orientaux ont tenté d’improviser au piano et ce depuis le début du 20eme siècle; le congrès musicologique tenu au Caire en 1932 a traité en premier lieu de la place du piano dans la musique arabe, c’est dire combien cette pratique était répandue. Le dernier en date qu'il a pu écouter fut Antoine Zabita qui faisait des taqsim au piano, et ceci sans oublier les musiciens arabes d’Amérique.
" Ce que j’aime dans les pièces de Jozef Kapustka est ce coté répétitif mantriste qui crée une addiction comme certaines œuvres de Terry Riley ou comme provoque un raga indien, et ce sentiment est appuyé par une main gauche impressionnante, des expériences qui me rappellent son travail étant Keith Jarrett dans Köln concert, ou certains morceaux du trio Gustavsen"

Disponible dans tous les magazins FNAC ( lien: musique.fnac.com/a6176449/Jozef-Kapustka-Improvisations-with-bashir-CD-album.


Pierre Aimar
Lundi 23 Février 2015
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