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Joseph Garibaldi (1863–1941) – Le Midi paisible, au Palais des Arts, Marseille, du 10 mars au 1er juillet 2012

La Fondation Regards de Provence rend hommage au peintre marseillais Joseph Garibaldi (1863–1941) en présentant la première rétrospective de son œuvre réunissant plus de 90 tableaux et dessins sur ses sujets de prédilection, le Vieux-Port de Marseille et le littoral provençal, les côtes corses, les architectures, la vie quotidienne dans l’arrière-pays, les animaux et les natures mortes, du 10 mars au 1er juillet 2012 au Palais des Arts à Marseille.


Joseph Garibaldi, Port de Cassis depuis le quai des Baux à Cassis, 1893, huile sur toile 80 x 116 cm, collection particulière (crédit Aleksander Rabczuk)
Joseph Garibaldi, Port de Cassis depuis le quai des Baux à Cassis, 1893, huile sur toile 80 x 116 cm, collection particulière (crédit Aleksander Rabczuk)
Comme paysagiste, Joseph Garibaldi sait capter la lumière et ses effets sur l'eau et les pierres, à toute heure de la journée, dans des compositions savantes toujours renouvelées avec un chromatisme qui lui est particulier. Son œuvre dit son attachement à ce qui dure et sa tendresse pour l’éphémère ; elle ne manque ni de solidité ni de la force. De nombreuses marines et scènes de genre auprès de fontaines ou de lavoirs illustrent de façon éclatante le rapport traditionnel à l’eau des peintres marseillais et plus généralement des Provençaux. Ses vues du littoral provençal sont caractérisées par un aspect lumineux, équilibré et serein et tracent le portrait d’un « Midi paisible ». Sa discrète géométrie transparait aussi bien dans la construction de ses ports que dans ces rues de villages que viennent adoucir la rondeur des fontaines et le dos voûté des lavandières.

C’est à la découverte de l’homme et de l’artiste que nous convie cette exposition au travers d’un parcours de toute une vie. Epris des rivages méditerranéens, en particulier le port de Marseille dont il fut, sa vie durant, le chantre attitré, il peint petits ports de la côte, Cassis et Les Lecques, mais aussi plages corses et, plus tard, littoral de Fos, qui sont autant de « terres marines » auxquelles font écho dans ses tableaux rues et places des villages de l’arrière-pays provençal. Attentif au menu peuple des pêcheurs et aux gestes des lavandières comme à l’humble contenance des bêtes de somme, cet homme à la nature généreuse et modeste, dédaignant les honneurs, sut rester à l’écart de modes fugaces. Une facture lisse et des eaux étales, un bleu impeccable dans des ciels limpides, une discrète géométrie dans ses compositions, l’honneteté dans le rendu des formes du monde, voilà un peintre classique dans toute l’acceptation du terme, voilà aussi l’image d’un Midi paisible et comme arraché au cours tempétueux de l’Histoire. Cependant original et moderne, il l’est par ses cadrages photographiques, son goût pour les séries, ses ombres toujours savamment colorées et sa prédilection pour de vastes espaces où pésent parfois des nuages gros d’orages.

Une longue fidélité
L’œuvre de Garibaldi relève d’une technique picturale faite de fidélité dans le rendu et d’amour de sa tâche. Son attachement pour la tradition le conduit à refuser les avant-gardes et leurs innovations picturales, et les traces, à ses yeux détestables, d’un monde industriel et mécanisé ; ainsi il évince systématiquement de ses vues du Vieux-Port de Marseille l’image abhorrée du pont Transbordeur. Mais, son idéal n’est pas seulement d’être à contre-courant d’une modernité galopante, il l’énonce lui-même : « Travailler, se retremper souvent aux sources du beau en étudiant les œuvres des maîtres et se dire qu’il faut, chez les artistes, de la personnalité et de l’honnêteté en art comme dans la vie ».

Cette « honnêteté » qu’il revendique, dont témoigne toute une vie d’amour des humbles et de dévouement à autrui et qui se traduit dans ses toiles par un regard bienveillant porté sur les travaux et les jours comme sur la ronde de la lumière parmi les formes du monde, ne va pas sans affirmation d’une « personnalité ». On la découvre dans sa prédilection pour les modestes objets du quotidien comme ces tians sur lesquels il fait étinceler dans l’ombre un éclat de lumière ou pour les bêtes de bât, ânes et mulets qu’il se plaît à peindre comme autant de compagnons sur les routes poussiéreuses, où de bon matin il part sur le motif.

Un Midi lumineux
Les vastes espaces vides de tout sujet au premier-plan permettent à la vue de s’évader vers tantôt une voile, tantôt une carriole, et de vastes ciels emplissent aussi souvent ses toiles. Le port de la Joliette vu du Pharo (coll. Regards de Provence), grâce à une composition agencée en « M » couché, unit mouvement des nuages et élan des navires, bleu ténu du ciel et bleu placide de la mer qu’avivent de plaques foncées quelques risées, et oriente le regard vers l’espace libre de la passe. Dans le même temps et rétablissant l’équilibre vers la droite, un haut voilier à contre-jour et la masse éclatante de la Major lui permettent de revenir littéralement au port tandis que, symboliquement, se croisent, comme le feraient le nouveau et l’ancien monde, un paquebot en partance et une tartane traditionnelle.
Entre le bleu impeccable du ciel et le lisse des eaux, La vue de Cassis depuis le quai des Baux (coll. particulière) de 1893 livre au regard des gris roses et des mauves délicats dans les voilures, fait chanter l’ocre de ces tartanes qui ponctuent tant de ses ports, insère avec naturel scène de genre et nature morte et fait jouer, à peine disloqués, quelques reflets : c’est bien là un midi paisible.

Garibaldi n’est pas portraitiste ; tout comme Guigou, Olive et Ponson, il se contente soit de micro-personnages peuplant ses vues panoramiques soit de corps saisis dans le labeur quotidien et par la pesanteur de leur tâche. Ce qui l’intéresse est l’humain, le travail artisanal et traditionnel loin des tumultes de l’époque, ce qu’il représente c’est une Provence éternisée par sa lumière et une mer étale.

Ce peintre d’un bonheur d’antan à préserver sur ses toiles ne peut cependant qu’être guetté par la nostalgie d’un monde qui s’en va et la crainte des foudres qui s’abattent sur ce qu’il aime. Et de fait il arrive que dans ses vues de Fos s’amoncellent les nuages gris, qu’en bordure de la Camargue dans les années 30 la mer soudain écume, grise et violente, ou déjà qu’à l’orée du désastre de 14, surplombant un navire rouge minium, pèsent des nuées noires sur un port que nous découvre une éclaircie fulgurante.

La courbe d’une carrière
Issu d’un milieu modeste d’immigrés italiens, le jeune Garibaldi est aiguillonné par un père amateur d’art. Comme Jean-Baptiste Olive, son aîné, et Etienne Martin, son camarade, il a la chance de devenir l’élève, voire le disciple préféré d’Antoine Vollon. Mieux que toute Ecole des Beaux-Arts, ce peintre renommé l’initie aux secrets de son art et favorise sa carrière en l’introduisant au Salon parisien.

La fidélité le caractérise dans ses relations avec son père spirituel, ses amis, mais aussi avec la Méditerranée. Exposant au Salon de 1884 à 1914, il y connait des succès (mention honorable en 87 et médaille de 3ème classe en 97) et notamment grâce aux vues de monuments de la Provence qui séduisent un jury officiel en même temps qu’elles signalent la fibre félibréenne du peintre. Dédaignant cependant faveurs et honneurs, il s’attache à des sujets plus humbles et quotidiens.

Il se consacre ainsi à la quiétude de petits ports dans la lumière du matin à Bandol, à Sanary, et particulièrement à Cassis où il est assidu entre 1884 et 1897. Il peint le Vieux-Port de Marseille à toutes les heures du jour et sous tous les angles depuis les fenêtres de son atelier quai de Rive Neuve.

Ce peintre amateur de photographie fait une incursion à Evian et sur les bords du Léman à l’appel de son ami Antoine Lumière, mais c’est à La Ciotat qu’ils se retrouvent le plus souvent. Il se rend deux fois dans le nord de la Corse, à deux reprises aussi à Venise, mais à partir de 1904, année où il cesse de dater ses toiles, le Midi seul retient son attention, un Midi désormais intemporel. L’âge venant, il partage son temps entre Fos (où il possède un appartement et un cabanon sur la plage) et son atelier marseillais.

Son champ de vision se réduit avec son champ d’action : dans les années 30 ses yeux sont atteints par un glaucome, son pinceau dont on vante la finesse perd de sa précision, les contours des objets deviennent flottants, leurs couleurs s’affadissent ou se font criardes, le rose et le mauve dont il était friand envahissent ses petits panneaux de bois. Et, comme à son insu, le voici donnant avec retard dans le post-impressionnisme. Drame d’une fin de vie où le peintre lutte contre l’inéluctable en multipliant avec acharnement les variations sur la côte et les étangs de Fos, sur barques et sardiniols dans le port de Marseille, indéfectiblement fidèle à ses rives.

L’ouvrage « Joseph Garibaldi, un Midi paisible », édité par l’Association Regards de Provence, reproduit les œuvres de l’exposition avec des textes de l’historien de l’art Pierre Murat (dont le communiqué s’inspire). A l’occasion de cette exposition, la Fondation publie le premier catalogue raisonné de l’œuvre d’un peintre présent dans de nombreux musées et dont on redécouvre les mérites.

Le Palais des Arts est ouvert tous les jours de 10h à 18h. Tarif normal : 5 € - Tarifs réduits : 4 € - 3 € - 2 €.

Association Regards de Provence
Palais des Arts, 1 place Carli
13001 Marseille
Tél. : 04 91 42 51 50
regards-de-provence@wanadoo.fr
www.museeregardsdeprovence.com

L'exposition vue par Philippe Oualid

La Fondation Regards de Provence rend hommage à l'oeuvre de Joseph Garibaldi (1863-1941), en présentant une centaine de tableaux de ce peintre marseillais sur ses sujets de prédilection : le Vieux Port, le littoral provençal, les côtes corses, la vie quotidienne dans les villages de l'arrière-pays.
Issu d'une famille modeste d'immigrés italiens, Garibaldi a la chance de devenir très jeune l'élève et l'un des disciples préférés d'Antoine Vollon, avec Jean-Baptiste Olive et Etienne Martin. Grâce à ce peintre renommé, il peut faire carrière en exposant de 1884 à 1914, au salon parisien, des paysages provençaux qui séduisent le jury et signalent son goût pour la fibre félibréenne.
Dans les compositions savantes de ses nombreuses marines, toujours renouvelées selon un chromatisme approprié qui baigne le mauve et le rose dans l'azur du ciel et le bleu sombre de la mer, Joseph Garibaldi capte avec force les effets de la lumière sur l'eau ou trace de façon éclatante le portrait d'un midi paisible dans ses scènes de genre auprès des fontaines et des lavoirs. Peintre classique, il fige une Provence intemporelle dans un imaginaire littéraire qui rejoint celui des Chants de Frédéric Mistral (Abbaye de Montmajour1898, Abbaye de Saint-Victor 1896, Manade de taureaux à Fos 1911). Mais il se plait aussi à créer dans l'espace de la représentation du port de Marseille, un moment d'équilibre entre deux époques qui se croisent, celle du modernisme avec ses grands navires à vapeur qui s'aventurent vers l'ailleurs, et les tartanes traditionnelles qui rentrent au port, ou même à signifier l'importance de deux pouvoirs, celui du commerce omnipotent et celui de l'Eglise, avec la présence majestueuse de la Cathédrale byzantine de La Major à la Joliette (1902).
Etranger à l'anecdote, il sait enfin toucher notre sensibilité en s'attendrissant sur la présence des ânes, des mulets et des chevaux, à la manière de Francis Jammes, ou même de quelques personnages romanesques : ainsi dans sa ravissante Promenade de la Plage du Prado(1889), un cocher, en premier plan, au milieu de la chaussée, détourne son regard attendri vers une élégante jeune femme à l'ombrelle qui contemple rêveusement la mer. Le tableau oscille entre l'ordre du réel et l'idéal du beau que traduisent merveilleusement le plan d'eau et les collines de Marseilleveyre.
Garibaldi est bien entendu le contraire d'un Manet ou d'un Cézanne, mais dans son style très uniforme, il nous offre une qualité de silence émouvante que la modernité picturale ne pouvait ni ne voulait assumer. . .
Le catalogue raisonné de cette belle exposition, présenté par l'historien d'Art Pierre Murat, est en vente au Palais des Arts, au prix de 40 Euros, ou sur commande à regards-de-provence@wanadoo. fr
Philippe Oualid


Pierre Aimar
Mercredi 29 Février 2012
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