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Festival Labeaume en musiques, O Celli pour huit violoncelles, concert du 13 août 2014. Par Jacqueline Aimar

Ce concert, pas seulement O Celli , mais aussi ô miracle, a été, en cet été de temps médiocre, un des rares normaux : c’est-à-dire pas annulé, pas reporté, pas décalé, pas déménagé de là-bas à là, de la plage à l’église, du théâtre de verdure à un abri, pour cause de (souligner la mention choisie : pluie, vent, inondation) ;


bref un vrai concert dédié qui plus est, à l’équipe technique et à la billetterie du festival de Labeaume, qui a assuré au fil des jours, tout au long d’une saison difficile. Merci donc.

Ce soir-là, il fallait s’y attendre, l’église est pleine à craquer, et chaude par rapport aux températures moyennes extérieures. Le ton monte en attente, et le murmure poli ne tarde pas à se faire impoli.

Enfin, ils sont là, trois filles et cinq garçons tout vêtus de noir. Et les violoncelles jouent au bleu-blanc-rouge. L’ensemble O'Celli est composé d’ Alexandre Beauvoir, Jean-Pierre Borboux, Albert Brunello, Lidija Cvitkovac, Jorin Jorden, Corinna Lardin, Shiho Nishimura et de Sébastien Walnier.

Ils entament avec Strauss et l’ouverture de la Chauve-souris, valse brillante et très animée, dans laquelle après des phases de recherche, le grand thème démarre enfin avec bribes et mesures musicales qui s’enchainent plus ou moins bien. Ce ballet écrit par Strauss en 42 jours est devenu le fruit d’un arrangement du groupe.
Tout comme ces Danses polovtsiennes, habile mélange de chants populaires russes devenu trésor musical de l’Europe occidentale, extraites du Prince Igor, opéra de Borodine, musicien médecin qui « passait du temps » à composer de la musique : musique dont il est incontestablement resté plus de traces que des soins médicaux qu’il a dispensés, aussi bons qu’ils aient été !

Avec De la pointe au talon de Harold Noben compositeur belge, sont abordées les Valses, Pavanes et Tarentelles des danses anciennes ; la tarentelle en particulier, venue d’Italie, plus spécialement de Sicile, où son usage était quasiment médical : on l’utilisait en effet pour soigner, sans doute par la sudation qu’elle provoquait, car la danse était vive et « agitait fortement les sangs. » Ou qu’elle guérissait ceux qu’avait piqués la tarentule, une redoutable araignée noire. Mais on dit aussi que ses racines, bien plus anciennes, nous font remonter jusqu’aux rites dionysiaques et aux cultes des dieux antiques.

En seconde partie, place à Nino Rota pour des arrangements remarquables de la poignante musique de la Strada.
Le compositeur né à Milan(1911-1979), voit son nom associé à bien des films, en particulier, La Strada et Le Parrain. Mais il travailla aussi pour, Alberto Lattuada, Luigi Comencini, Terence Young et Henri Verneuil ; et aussi Federico Fellini. Ce fut le début de nombreuses collaborations entre le réalisateur et le compositeur, Les Vitelloni, La strada, La dolce vita. Il est aussi l'auteur de la musique du Satyricon, d'Amarcord et du Casanova de Fellini.

Avec Villa-Lobos qui a ranimé les musiques des diverses ethnies du Brésil, le violoncelle se fait voix humaine ou si proche, il parle et rit, pleure aussi en des thèmes courts et variés.
Et on ne peut clore ce moment musical sauvegardé, sans le tango et Piazzolla ; des tangos archi connus et qui font chanter mais aussi tangos avec aboiements et miaulements, qui grincent et se désolent. Les rythmes sont là très forts et aussi les pas, mais on peinerait à danser « en vrai ». Cependant la danse se construit et désespère ; et tout à coup tout devient râpeux et grave. On découvre que le tango peut être percussif et aussi africain.

Oserait-on dire que trop de violoncelles tuent le violoncelle ? L’instrument solo doté d’une forte puissance émotionnelle se suffit à lui-même et perd sans doute de sa poésie solitaire et rêveuse.
Cependant O Celli nous a offert là une performance d’arrangements et d’interprétation animée et aussi une heureuse soirée de musiques et d’idées neuves.
Jacqueline Aimar


Pierre Aimar
Samedi 6 Décembre 2014
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