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Faut-il aller sur Mars pour rencontrer des personnages de roman ?

Caroline Maillet vit à Simiane-la-Rotonde où elle écrit des romans dits de science-fiction : cette catégorie vaut seulement si l’on ajoute un troisième mot : réalité. Car c’est le rapport entre la fiction et la réalité que l’auteure interroge, en s’appuyant sur des connaissances scientifiques, totu en laissant libre-cours à l’imagination !


Une trilogie pour un secret

Faut-il aller sur Mars pour rencontrer des personnages de roman ?
Dernier volet d'une trilogie, Le Roman interstellaire de Enlila Apkallu, apporte les réponses aux questions qu'avait posées le premier, mais de manière magistrale et étonnante. On se rend compte que Caroline Maillet tenait fermement les fils de cette histoire... rocambolesque (impossible maintenant d'employer cet adjectif sans penser à Enlila, qui croise justement Rocambole et d'autres personnages au cours de ses aventures !) Le tissage est parfait et le lecteur n'en découvre le dessin (le dessein aussi !) qu'à la toute fin. Ainsi les précédents volumes en sont-ils aussi éclairés et s'enrichissent-ils de ce dernier épisode.
Enlila Apkallu est une romancière qui a maille à partir avec ses personnages : c'est le début du premier roman (Le Roman alimentaire de Enlila Apkallu). S'en suivent des aventures où le temps et l'espace n'ont plus les dimensions et les limites que la raison leur donne. Fiction et réalité se fondent ou s'opposent : une mise en abyme vertigineuse, où le lecteur a l'impression de perdre pied aussi par moments ! Mais Caroline ne se contente pas d'entremêler réalité et fiction, elle associe aussi science et fiction ! Des recherches très pointues nourrissent ses trois romans : elles touchent à la biologie, à l'Histoire, aux mythologies, à l'astronomie, à la littérature ! Pas moins !
Nous sommes cette fois sur Mars, et c'est là qu'un grand secret va être révélé au lecteur. Impossible bien sûr de dire lequel ! On peut juste donner un indice, qui est aussi un cliché de critique littéraire : « La romancière est habitée par ses personnages. » Seulement le cliché ne va pas être un lieu commun cette fois ! Caroline Maillet entraîne le lecteur dans l'espace et donc dans le temps, à des années-lumière. Et celui qui aurait l'esprit trop rationnel est malgré lui emporté : le texte repose sur des connaissances scientifiques avérées et il y a un personnage, Marco, qui d'une certaine manière représente ceux qui aiment « garder les pieds sur terre » ; il va justement s'envoler d'abord avec beaucoup de réserves, puis va accepter la « science-fiction ». On va le suivre... D'autre part, le travail de l'écriture offre des images d'une grande poésie, débridées par l'imagination qui parcourt l'immensité interstellaire.
La trilogie est une sorte de grand voyage, quasi initiatique : le départ et l'arrivée sont un même point, pourtant, tout a changé entre temps. L'auteure est parvenue à inventer ainsi une métaphore de la création romanesque : comme Ovide et Pirandello dont elle place en exergue des citations, elle interroge le mystère de l'écriture. Sans jamais tomber dans la théorie, elle écrit des romans où l'imagination naît de la réalité, la dépasse, l'invente même, puis y revient après l'avoir transformée. C'est à Pirandello qu'elle laisse le mot de la fin : « … vous voilà condamnés à ce merveilleux supplice d'avoir devant vous , à côté de vous, d'une part la fiction, et d'autre part la réalité, sans être capables de distinguer l'une de l'autre !... » (Chacun sa vérité)
Evelyne De Martinis

Le Roman alimentaire de Enlila Apkallu
Le Roman athlétique de Enlila Apkallu
Le Roman interstellaire de Enlila Apkallu
Mon petit éditeur


Evelyne De Martinis
Lundi 9 Avril 2012
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