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Exposition Initiés, bassin du Congo, Musée Dapper, Paris, du 9 octobre 2013 au 6 juillet 2014

Cette nouvelle exposition du Musée Dapper réunit des oeuvres faisant partie des pratiques initiatiques de l’immense région que constitue le bassin du Congo.


Pende République Démocratique du Congo Pendentifs ikhoko représentant le masque fumu ou pumbu et, à gauche, le masque muyombo Ivoire. Photos de Hughes Dubois (Bruxelles-Paris), MRAC Tervuren ©
Pende République Démocratique du Congo Pendentifs ikhoko représentant le masque fumu ou pumbu et, à gauche, le masque muyombo Ivoire. Photos de Hughes Dubois (Bruxelles-Paris), MRAC Tervuren ©
La plupart proviennent donc de République démocratique du Congo et ont été prêtées par le Musée royal de l’Afrique centrale de Tervuren qui entame une longue période de rénovation. Cette transition nous permet de présenter au public beaucoup d’objets exceptionnels qui ne quittent presque jamais le giron de leurs salles en Belgique et certainement pas en si grand nombre. Des pièces majeures du Musée Dapper sont également proposées ainsi que quelques exemples d’autres collections publiques et privées européennes.

L'exposition

Les artefacts – masques, statuettes, parures, insignes de dignité… – s’inscrivent dans le contexte des rites de passage qui étaient organisés pour les garçons, mais aussi régulièrement pour les filles. Ils étaient mis en scène dans les enclos de réclusion ou dans les villages, au cours des cérémonies qui scandaient les étapes du processus initiatique. Propriétés collectives de groupes ou d’associations secrètes, ils appartenaient, parfois, aux initiés eux-mêmes et symbolisaient leur grade.

Aujourd’hui, en République démocratique du Congo, ces rituels ont pour la plupart disparu. Des festivités et des sorties de masques exploitées dans un but profane ou touristique subsistent encore ainsi que quelques manifestations à propos desquelles les informations sont rares. Depuis l’accession à l’indépendance, en 1960, le pays est en proie à d’incessants conflits qui ont peu à peu laminé la vie politique, religieuse et sociale ; sans compter l’époque coloniale qui a précédé, éminemment destructurante pour les institutions locales et dont les séquelles n’ont pas cessé de se faire sentir depuis.

Le plus souvent ne sont considérées que les initiations qui forment les jeunes au statut d’adulte, mais il faut également compter celles qui concernent des connaissances plus approfondies, thérapeutiques, politiques, religieuses ou pour le moins ésotériques et qui sont organisées sur une base volontaire.

Dans le bassin du Congo, les initiations contribuant à la formation d’êtres matures étaient obligatoires et préparaient notamment à la vie maritale, tandis que les autres dépendaient du désir des individus de parfaire un savoir, de posséder un pouvoir et de développer une emprise sur ceux qui n’avaient pas suivi le même parcours. Les deux catégories mettaient en jeu un nombre important d’objets. Masques, statuettes, instruments de musique, insignes et parures, souvent réalisés avec soin, permettaient d’accomplir le passage d’un état à un autre ou de prouver que la transition s’était produite.

Non seulement indispensable dans la formation des adultes, le rite de passage était aussi considéré comme une mise à mort symbolique (de la personnalité antérieure), suivie de la renaissance d’un être nouveau, conforme aux besoins de la société. Opérer ce franchissement se faisait au prix d’épreuves, de privations et d’humiliations. Il n’était pas question d’accéder au statut enviable et respecté d’initié sans avoir souffert : les corps et les esprits étaient marqués à jamais. Là où elles étaient pratiquées, les diverses mutilations sexuelles inscrivaient, dans la chair des jeunes impétrants, l’indéfectible preuve du passage réussi. Qu’elles soient invalidantes, comme les excisions féminines (peu courantes dans le bassin du Congo), ou non, comme les circoncisions que l’on retrouve en de très nombreux endroits, ces opérations représentaient une marque d’intégration sociale nécessaire à la construction d’un foyer fécond.
Les initiations du second type que les individus adultes étaient en droit de choisir ne procédaient pas autrement : il fallait le plus souvent souffrir pour devenir un initié aux grades supérieurs des diverses associations secrètes présentes sur le territoire congolais.

La culture matérielle qui accompagne ces épisodes décisifs varie d’une population à l’autre et d’une initiation à l’autre au sein d’une société, mais il arrive également que les mêmes objets soient impliqués dans des rôles différents en fonction du contexte initiatique (transition vers le monde des adultes ou formation ésotérique supplémentaire). Par exemple, les sculptures des Metoko (RDC) semblent avoir officié à la fois dans les cérémonies de circoncision et dans les rituels, notamment funéraires, de l’association secrète du bukota.

Parmi les pièces les plus propices à s’intégrer dans des environnements multiples se trouvent les masques. E n tant qu’esprits incarnés et vivants lorsqu’ils étaient portés, ils pouvaient constituer – pour les sociétés qui en faisaient usage – des acteurs essentiels dans les camps de réclusion des jeunes ou dans les formations complémentaires d’adultes.

Pratique

Renseignements et réservation : 01 45 00 91 75
Autour de l’exposition :
Visites guidées, rencontres-débats et projections de films…
Toute l’actualité sur le site : dapper.fr
Musée Dapper
35 bis, rue Paul Valéry
75116 Paris
Tél. : 01 45 00 91 75
dapper@dapper.fr


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Pierre Aimar
Mardi 10 Septembre 2013
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