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Danses sous influence (Spectacle de fin d'année) à l'Ecole Nationale Supérieure de Danse de Marseille. Par Philippe Oualid

Cette année, les "démonstrations" de l'ENSDM, dirigée par Jean-Christophe Paré, étaient présentées au Pavillon Noir d'Aix-en-Provence, siège du Ballet Preljocaj, et s'intitulaient "Danses sous influence" dans la mesure où le principe du spectacle consiste à présenter des oeuvres du XXème siècle riches de croisements d'idées, de rencontres ou d'échanges, comme on peut le percevoir à travers les célèbres chorégraphies de Fokine, Duncan, Nijinska, Lifar ou Balanchine, qui jalonnent des périodes fécondes en ballets néo-classiques.


Une douzaine de pièces qu'interprétaient les différentes classes élémentaires, supérieures, ainsi que la classe d'insertion professionnelle, étaient donc présentées par les professeurs de l'équipe pédagogique dans l'optique de ces jeux d'influences entre formes de danse du siècle dernier.
Jeux de plage, inspiré du fameux "Train bleu" de Cocteau, chorégraphié par Bronislava Nijinska, est recréé par les enfants des classes élémentaires de Mmes Toutain, Hernandez et Franchetti.Inculquer à de très jeunes danseurs, intimidés, raides et mal dégourdis, l'esprit nouveau du ballet d'avant-garde de 1918 ne semble pas chose facile ! Trois jeunes garçons néanmoins, Loïs Echeinger (le baigneur) , Fabio Lopez (le golfeur) , et Raphaël Rossignol (en petit marin distingué) tirent leur épingle du jeu et se mettent malicieusement en valeur sur la musique de Darius Milhaud.
Reminiscence (sur l'impromptu n°4 de Shubert) offre à sept jeunes filles de la classe d'Isabelle Toutain le privilège d'entrer dans le jeu des chorégraphies de Serge Lifar inspirées par Nina Vyroubova : grands jetés, arabesques, pirouettes, pliés sur pointes, en restituent le souvenir avec toute la nostalgie imaginable.
Jeunesse des émotions, dansé sur des extraits des actes 1 et 3 de Roméo et Juliette de Prokofiev, permet d'admirer tout particulièrement la virtuosité des filles et des garçons du cours supérieur d'Isabelle Hernandez et Alain Rouillon.Ces adolescents qui maîtrisent déjà parfaitement rotation, saltation et batterie, s'avèrent de plus très à l'aise dans les portés à bout de bras de leurs partenaires.Les progrès accomplis en un an permettent de mentionner les duos de Coralie Ortega et Paco Petrucciani, Noémie Tasberg et Jean-Baptiste Plumeau, Julie Fonseca et Mathieu Chayrigues, Bérangère Cassiot et Jonathan Bailleux, Fanny Alton et Alexandre Gilbert.
Entr'aperçu au bal (sur Kunsterleben Waltz de Johann Strauss fils) dansé par ces mêmes élèves du cours supérieur, nous plonge avec délice dans l'élégance et le charme de la valse viennoise sous l'influence du Spectre de la Rose, avec un luxe de figures de danse académique parfaitement exécutées.
Dancing Tea chez Mister B (classe supérieure de Mireille Bourgeois) nous fait admirer la grâce exquise de neuf danseuses balanchiniennes, en particulier Sheryl Lopès-Gomès et Claire Souet, dans une brillante série de déboulés, développés, piqués et fouettés, effectués sans sourciller, à l'américaine.
Cette première partie du spectacle s'achevait avec deux pièces de danse contemporaine peu convaincantes, Speira (musique de Meredith Monk, chorégraphie de Claudine Zimmer) , toute en roulades, courses et brasses, et Rituelles (musique de Jean-Philippe Goude, chorégraphie d'Hayo David) où les danseuses multiplient, assises sur des fauteuils en plastique, entrechats et pliés avec une physionomie totalement inexpressive.
Après l'entracte, la classe d'insertion professionnelle dansait deux pièces présentées l'an dernier au gala de l'Ecole, Les Sylphides de Fokine, avec en prime Kevin Poeung, fascinant dans le solo du poète mélancolique, et Danses d'Isadora, en hommage à la danse libre d'Isadora Duncan, avec neuf danseuses, nus pieds, vêtues de tuniques de couleur pourpre, d'un lyrisme échevelé, puis trois pièces contemporaines qui se proposaient d'interroger le matériau gestuel de chorégraphes comme Armitage, Dawson, Forsythe ou Preljocaj, mais qui n'ont pas vraiment suscité l'enthousiasme du public : Autres Distances (sur un quatuor à cordes de Bela Bartok) , où les interprètes accentuent déséquilibres et chutes, Contrepoids Masculin (musique de Goude) qui fait vibrer une bande de sept garçons en jeans dans une lumière crépusculaire, et enfin Anatol, du même chorégraphe Hayo David, une pièce sur la douleur de la perte d'un enfant, d'après "Pour un Tombeau d'Anatole" de Mallarmé, où dix pleureuses recourbées balayent le sol de leur chevelure défaite, un final somme toute assez sombre pour exprimer une certaine connivence avec l'état actuel de la recherche en danse.
Philippe Oualid


pierre aimar
Mercredi 3 Juin 2009
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