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Concerts d'été au palais Princier de Monaco, par Christian Colombeau

Ouverture en fanfare pour deux brillantes soirées


L'Orchestre Philarmonique de Monte-Carlo au meilleur de sa forme

Concerts d'été au palais Princier de Monaco, par Christian Colombeau
En ce jeudi 12 juillet, on ne pouvait rêver mieux que la célèbre ouverture « Candide » de Leonard Bernstein comme lever de rideau aux concerts d’été du Palais Princier. Les fusées orchestrales de cette piquante et cinglante partition combinent en fait opéra, music-hall, opérette, comédie-musicale. L’intention de Bernstein était de coller au plus près de la vie familière contemporaine. Pari réussi.
Sous la baguette fringante du juvénile Krzysztof Urbansky, le Philharmonique de Monte-Carlo, en grande forme, irise de mille nuances cette poignée de minutes aux couleurs d’un lumineux arc-en-ciel, s’encanaille, s’amuse, nous amuse, comme pour mieux décaper ce bref feu d’artifice orchestral.

Pour rester dans une jazzy « american way of life » voici ensuite le Concerto pour piano en fa majeur de George Gershwin. L’œuvre fascine ou révolte. Stravinsky la trouvait géniale, Prokofiev la détestait. Jean-Yves Thibaudet s’en empare à bras le corps. Son piano est vif, aguicheur, poétique, loin des pâmoisons hollywoodiennes ou ripolinées façon Broadway. Tout en restant brillant, plein de panache, le soliste nous évite les excès déclamatoires si faciles dans cette cosmopolite partition- hommage au jazz et au classique. Ici, Gershwin garde toutes ses proportions, toutes ses structures modernes. L’équilibre est parfait, l’éloquence inspirée. Les phrases vivent dans un généreux épanouissement, un enthousiasme communicatif. Plaisir non dissimulé de retrouver, dans l’adagio, ces « blue notes » oniriques, fragiles, touchantes, chères au compositeur. Le musclé allegro agitato permet à Jean-Yves Thibaudet de montrer toute l’étendue de son talent, son jeu nerveux, mordant, à la captivante virtuosité.

La Septième d’Antonin Dvorak ? Sans doute la mieux écrite des neuf symphonies du maître Tchèque. Formellement, tout en gardant cette respiration typiquement dvorakienne, elle ne cache pas ses références à Wagner, Brahms (3e mouvement) par sa turbulence, son héroïsme presque tragique. Un tantinet timide au premier mouvement, la phalange trouve ensuite pour cette partition finalement assez méconnue, la fébrilité, la richesse rythmique nécessaires. Magnificence des couleurs et des rythmes, pour une interprétation à la fois palpitante et sereine, juste et équilibrée dans sa gravité et ses tourments. La marche finale, au style héroïque et grandiose nous menant aux notes ultimes dans une irrésistible montée vers la lumière… Fresque sonore d’une luxuriance inouïe, brossée à larges traits, cette « Septième » engloutit dans ses flots déchaînés plus d’un auditeur. Partition en tête, Krzysztof Urbanski ne craint pas de renouer avec un certain passé et son romantisme exacerbé flamboie, fulmine sans aucun complexe.

Luxe suprême, Pinchas Zukerman dirigeait et jouait en soliste, trois jours après, le 3e Concerto pour violon de Mozart et surtout la mélancolique, l’introvertie, pleine d’apitoiement sur soi, 5e Symphonie de Tchaïkovsky, la seule des six symphonies du compositeur russe à posséder un thème cyclique revenant dans chacun des quatre mouvements, symbolisant la « providence ».
Passé Maître dans le difficile exercice du soliste qui dirige sa formation, Pinchas Zukerman aborde son Mozart avec simplicité. Pas d’effets tendancieux, de surenchère expressive, ni même de faux airs baroques. Il va droit à la musique et c’est l’essentiel. Bien connu, son jeu est agile, le vibrato délicat, le phrasé élégant, d’un classicisme sûr et de bon goût. L’Orchestre semble même par moments conduire le Chef. Entente cordiale, complicité sympathique !

La déprimante Cinquième de Tchaïkowsky a eu un peu de mal à décoller. Il est vrai que le motif sombre et douloureux de la Providence est d’une lenteur sidérante, d’un pessimisme angoissant. Ce thème hante tous les mouvements, jusqu'au final victorieux.
Classique parmi les classique de son répertoire, le Philharmonique de Monte-Carlo pourrait jouer les yeux fermés cette partition. Dans l’andante initial voilà des cuivres sonores et précis, des timbales bien présentes, des cordes inspirées, des bois efficaces. Très belle expressivité aussi dans le deuxième mouvement. Le solo de cor est magnifique, l’émotion à son comble.
La Valse, pleine de grâce et de légèreté, laissera ensuite la place à un final démentiel, plein d’énergie, qui happe l’auditeur et le laisse abasourdi.
Excessif Zukerman ? Qu’importe ! Ca marche et on en redemande !
Christian Colombeau
16 juillet 2012


Christian Colombeau
Lundi 16 Juillet 2012
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