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Chorégies d'orange 2011 : Leo Nucci chante Rigoletto de Verdi

"Chanter à Orange, c’est chanter dans un vrai théâtre."


Vous n’avez jamais participé aux Chorégies, mais vous connaissez le théâtre antique ?
Naturellement : c’est un magnifique théâtre comme savaient en construire les Romains. J’ai chanté trente-et-un ans à Vérone dont l’acoustique est reconnue, mais c’est une arène destinée à l’origine aux jeux du cirque, tandis que chanter à Orange, c’est chanter dans un vrai théâtre.

Vous avez joué Rigoletto plus de quatre cent cinquante fois : vous détenez certainement un record ?
Je le pense. Non seulement, je l’ai beaucoup chanté, mais j’ai eu la chance de le chanter dans les plus grands théâtres du monde.

Vous avez travaillé avec des metteurs en scène différents, qui avaient des visions personnelles. Quelle est votre propre conception de ce personnage ?
J’ai interprété mon premier Rigoletto en 1973. Trente-sept ans ont passé et je n’ai toujours pas de conception stéréotypée du rôle : je monte sur le plateau et je demande à Rigoletto de me donner des émotions. Il faut savoir faire confiance aux personnages que l’on joue. C’est ainsi que l’on évite la routine. Chaque soir, il se passe quelque chose de nouveau. Je veux sentir le personnage tel qu’il était dans l’idée de Verdi : c’est ce que je lui demande de m’apporter.

Vous aimez beaucoup Verdi ?
Je l’adore ! Il n’est jamais frivole, il y a toujours une grande humanité dans sa musique. J’aime particulièrement les rôles de « pères » qui sont souvent exceptionnels : Rigoletto, Miller, Boccanegra, Foscari, Germont … En ce moment je chante Luisa Miller à Salerne. C’est émouvant pour moi de retrouver Miller, car c’est avec lui qu’a commencé ma carrière internationale : J’ai eu l’occasion extraordinaire de le chanter avec Luciano Pavarotti et Katia Ricciarelli, sous la direction de Lorin Maazel, en 1978 à Londres.

De nos jours, les metteurs en scène ont parfois des conceptions un peu surprenantes…
Oui, certains aiment déclencher des scandales. Il y en a eu en Allemagne, pour Rigoletto et pour d’autres spectacles : c’est pour cela que depuis vingt ans je ne chante plus dans ce pays. Ce n’est pas le fait qu’une mise en scène soit moderne ou non qui me dérange, c’est simplement que je n’aime pas déchaîner le scandale. Naturellement, le metteur en scène fait son métier et peut-être qu’aujourd’hui pour avoir du succès – et pas seulement dans le monde de l’opéra - il faut faire du scandale. Mais je pense qu’avant tout il y a le compositeur. C’est lui le véritable artiste.

A l’heure actuelle, vous vous partagez essentiellement entre trois théâtres : la Scala de Milan, l’Opéra de Zurich et le Théâtre Regio de Parme.
C’est un choix. Pendant vingt-cinq ans j’ai assuré plus de deux cents représentations au MET, dont la production de Rigoletto reprise actuellement, et que j’ai chantée avec Luciano Pavarotti. Désormais, je veux choisir mes rôles. Je ne suis pas un mercenaire, je ne l’ai jamais été. Je chante parce que j’aime chanter et je sélectionne des œuvres qui m’apportent quelque chose. La vie est magnifique, mais trop courte pour perdre son temps avec des bêtises inutiles. Il faut la remplir de lumière et Verdi me donne cette lumière.

Quand on chante, on a une mission à remplir vis-à-vis du public. Dans une représentation, il y a la magie de la voix, du théâtre, du décor, des costumes, de la musique, mais l’artiste a le devoir de donner quelque chose en plus, qui va amener le spectateur, à la fin du spectacle, à se dire « quelle merveille, j’ai pleuré ». Je n’ai jamais cherché à faire une carrière médiatique. Ce que je cherche, c’est un contact, un rapport avec le public parce qu’il me donne beaucoup, et en échange j’espère lui donner une émotion.

Je ne suis pas intéressé par la multiplication des représentations, c’est pour cela que je fais des choix : je choisis des théâtres, je choisis un répertoire parce que je veux cette émotion dans la vie.

Vous avez déjà chanté avec Patrizia Ciofi. Connaissez-vous aussi Vittorio Grigolo ?
Oui, bien sûr, nous avons déjà travaillé ensemble. Il a fait ses débuts à la Scala à mes côtés dans Gianni Schicchi et nous avons encore été partenaires tout récemment. On se connaît très bien.

Et le chef, Roberto Rizzi-Brignoli ?
J’ai aussi chanté sous sa direction à la Scala. Il a repris la baguette de Riccardo Muti pour les dernières représentations d’une série de Rigoletto.

Quels sont vos projets pour les années à venir ?
En 2013, on célèbre le bicentenaire de la naissance de Verdi et j’ai de nombreux engagements en cette occasion. Pour le centenaire de sa mort, en 2001, j’ai chanté Verdi un peu partout, à la Scala, à Paris, à Vérone, au MET… Ce sera la même chose pour 2013. J’ai des engagements jusqu’en 2017, ce qui me paraît fou.
© Chorégies d'Orange 2011

Rigoletto de Verdi (Réserver)
Théâtre Antique
30 juillet à 21h30
Report, en cas de mauvais temps, au 31 juillet à 21h30

2 août à 21h30
Report, en cas de mauvais temps, au 3 août à 21h30


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Pierre Aimar
Vendredi 4 Février 2011
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