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Avec La Walkyrie, l'opéra de Nice à l'heure de Bayreuth

Des quatre volets de la Tétralogie, La Walkyrie a toujours été l'ouvrage le plus accessible, le plus populaire. Il marque dans sa musique et dans sa trame, l'arrivée des hommes et de l'amour dans un monde sans pitié où pullulent dieux et gnomes. Un premier acte de la Walkyrie électrisant.


Solistes, Chef, Orchestre de Nice comme en état de grâce...

© Dominique Jaussein
© Dominique Jaussein
Dans une superbe unité dramaturgique, plein de regards, de récits, de silence, l'acte I est un éblouissant drame triangulaire, un charbonneux huis-clos… Un peu comme Au Théâtre ce soir revu et corrigé par un sujet tabou. L’action, relativement statique, se prête bien à une version concert.
Siegmund, donc, poursuivi par un orage et son destin, est accueilli par Sieglinde, mariée de force au primaire (primate ?) et sanguinaire Hunding. Tous deux se reconnaissant comme frère et sœur, sont alors pris d'une violente passion incestueuse !

Et vlan, du balai ! Richard Wagner renverse toutes les conventions, et, sur une musique de fin de monde nous a concocté le plus beau duo d’amour (Tristan mis à part) de l’histoire de l’humanité, car d’une violence, d’un trouble, d’un érotisme d’abord contenu puis paroxystique. Avec en prime une épée au symbole phallique évident, objet dorénavant de toutes les espérances, toutes les possibilités.

Il faut, pour cet acte bourré d’électricité et de sensualité flamboyante, car interdite, trois chanteurs hors du commun : une basse profonde, tout d’une pièce, terrifiante dans ses menaçantes interventions, un ténor et une soprano hors vrai format wagnérien, car de type lyrique, solaire, à la blondeur vocale toute teutonne.
L’Opéra de Nice a tapé dans le mille avec le trio d’artistes réuni pour l’occasion. Tous chantant, enfin, dans leur arbre généalogique et connaissant leur partition sur le bout des doigts. Pour qui connaît l’état actuel du chant wagnérien, la soirée avait tous les bénéfices d’un bol d’air frais venu de Bayreuth.
Rafal Siwek a fait forte impression en Hunding. En trois notes toute est dit. Solide comme un roc, rude, glaciale, noire et poisseuse à souhait (mais dans le bon sens du terme), l’imposante basse polonaise joue au grand méchant loup qui se sait bientôt cocu, force un rien le trait, mais en impose comme pas deux, avec une voix d’outre-tombe qui vous glace sur place.

Le couple de jumeaux emporte lui aussi l’adhésion la plus complète.
Linda Watson, au délicat vibrato, chante une Sieglinde très volontaire, voluptueuse, loin des oies blanches de tradition, puis, trouve aux notes ultimes une incandescence rare. Peut-être aurait-on aimé retrouver ce tellurique « cri orgasmique » qu’avait su mettre et imposer partout Léonie Rysanek ?
Robert Dean Smith (un ex baryton !) lui donne la plus vibrante des répliques. Poétique, lunaire, noble de ton avec ce rien d’ombre, humain donc, voilà un Siegmund chevaleresque à souhait, vibrant, qui vous lance les appels au Père ou invoque le Printemps avec une désarmante facilité. Fascinant ténor !
Dès lors, Philippe Auguin ne pouvait que dérouler pour ses chanteurs le plus luxueux, le plus rutilant des tapis sonores. Mouillant sa chemise comme pas deux (il semble au final comme au bord de l’apoplexie) le chef niçois, dès le prélude, donne le ton : l’avancée est bouillonnante, l’orage est ici également celui des âmes, on fuit le destin, pas les hommes…
L’architecture sonore, hollywoodienne, pleine de soieries, de diaprures, captive de bout en bout, vous happe, vous cloue sur place. Tout n’est que bouillonnement, tempête psychologique, noirceur indélébile.
C’était sans compter sans les délicates phrases du violoncelle solo, alors que se dévisagent les jumeaux, truffées de poésie vraie, d’émotion retenue. Un rayon de lumière bénéfique.
Christian Colombeau




Christian Colombeau
Dimanche 25 Septembre 2011
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