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Andromaque, Bérénice & Phèdre, de Racine, joué par Jean-Marc Avocat, aux Célestins, le 2 décembre 2011

Entreprise folle de Jean-Marc Avocat qui entend jouer tous les personnages des trois pièces de Racine, Andromaque, Bérénice & Phèdre, en une seule après-midi. Trois classiques, un seul comédien. Un curieux marathon qui n'améliore pas les statistiques du chômage en France...


Jean-Marc Avocat joue Racine © DR
Jean-Marc Avocat joue Racine © DR
Pourquoi avoir choisi Racine ?
Racine appartient au répertoire dit classique, mais c’est plutôt par l’adjectif "universel" que je le qualifierais prioritairement. Bien avant l’invention de la psychologie, et a fortiori de la psychanalyse, il a plongé son génie dans le tréfonds de l’être humain, de ce que d’aucuns appellent l’âme. Il a lancé des fulgurances vers les sommets jusqu’où l’être humain peut s’élever parfois, jusqu’à ce que d’aucuns appellent la transcendance. L’ amplitude émotionnelle de son théâtre est sans doute inégalée. Claudel, grand admirateur de Racine, le définissait de cette formule magnifique : « Racine, c’est la détonation de l’évidence. »
Évidence également de la beauté de la langue sous sa forme diversifiée en alexandrins. Dont certains sont parmi les plus beaux de toute la littérature. Je trouve, pour ma part, un plaisir aussi sensuel qu’intellectuel à les dire. Dans leur simplicité, (Racine est sans doute le poète dramatique qui utilise le moins de mots), dans leur pureté, ils atteignent souvent l’essentiel, là où le fond et la forme se rejoignent, là où la sensibilité n’est pas découplée de l’intelligence. Un seul exemple ? Ce vers dit par Hippolyte, dans Phèdre, le seul vers monosyllabique de toute l’histoire classique de l’alexandrin : « Le jour n’est pas plus pur que le fond de mon coeur ».

Pourquoi tenter seul cette ambition-là ?
J’avais l’intuition, et en ai depuis lors la confirmation, que, la langue étant à elle seule porteuse de toute la théâtralité de ce théâtre, il fallait qu’elle fût dite, jouée, avec une absolue confiance en elle, sans le coup de pouce du spectaculaire, qui ferait diversion, distraction, avec une absolue cohérence stylistique, afin d’éviter justement les ruptures de styles, les ruptures de sens, et donc les ruptures de transmission entre la pièce et le public. En radicalisant cette exigence, je ne pouvais aboutir qu’à la nécessité personnelle de prendre en charge, à moi tout seul, toute la pièce du vers numéro 1 au vers 1654 dans Phèdre, au vers 1506 dans Bérénice.

Être seul en scène change-t-il votre rapport au public ?
Certes je suis seul physiquement sur scène. Mais je ne m’y "sens" pas seul. Car j’essaie de ne jamais me séparer de Racine. Car le personnage qui parle par ma bouche s’adresse concrètement au personnage qui m’écoute. Je le "vois" dans un univers mental qui est celui du public. Il suffit, si j’ose dire, de devenir immédiatement le personnage qui répond concrètement au personnage précédent. Et ainsi de suite jusqu’à la dernière scène du Vème acte. Il y faut bien sûr une dose de virtuosité technique, une dose de schizophrénie, et un grand tiers de passion confiante pour le génie de l’auteur et, en quelque sorte aussi, du public. Il y faut, surtout, une concentration maximale qui ne souffre pas le moindre relâchement. Ma position de "médium" entre l'auteur et le public, mon plaisir d’acteur alors, s’obtiennent si je parviens à m’effacer moi-même en tant qu’individu obstacle. Si la représentation
elle-même devient une « détonation de l’évidence » ! Contrairement à ce que ce genre de "performance" pourrait laisser supposer, c’est le contraire même du cabotinage !
Extrait de l’Amphi, journal de l’Amphithéâtre de Pont de Claix, novembre 2007.

Pratique

15h Andromaque (2h10)
18h30 Bérénice (2h10)
22h Phèdre (2h15)

00h30 "Phèdre à repasser"
Petite pochade humoristique écrite par Pierre Dac comme pastiche de la Phèdre de Racine.

Projection pendant les 2 pauses séparant les 3 pièces du film “Un baiser avec la langue” de Jean-Claude Chuzeville.

Réservations : 04 72 77 40 00


Pierre Aimar
Mardi 8 Novembre 2011
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