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Ali Baba, de Macha Makeïeff, Théâtre de La Criée, Marseille, du 13 au 29 Mars 2013, par Philippe Oualid

Fruit d'une année de travail à La Criée, la nouvelle création maison d'Ali Baba nous plonge dans l'univers farfelu et burlesque qui avait fait le succès des Apaches.


Ali Baba © DR.
Ali Baba © DR.
Mettre en scène un Orient de fantaisie, tragi-comique, sensuel, populaire et hallucinatoire, répondait depuis longtemps au désir de Macha Makeïeff de produire un théâtre pour tous dégageant une puissance symbolique susceptible de rassembler à la fois enfants et adultes passionnés de cirque et de music-hall. Le spectacle qui utilise de temps à autre des passages de la traduction littéraire du docteur Mardrus, plutôt que celle d'Antoine Galland, de la fin du XVIIe siècle, reprend les principaux épisodes du conte des Mille et une Nuits, mais les truffe d'anachronismes dérangeants pour actualiser les situations et transposer dans l'univers contemporain des pays arabes, le rêve éveillé d'Ali Baba. Par ailleurs, la distinction sémiologique entre adjuvants (Morgiane) et opposants (les voleurs) est accentuée dans une optique bouffonne pour contenter le désir du public populaire à l'endroit du système actanciel.

Devant un décor dérisoire à dessein sur le plateau nu du théâtre, comprenant côté jardin, la maisonnette de Cassim avec son guichet-boutique et ses deux pièces minuscules superposées, côté cour, la caverne des voleurs réduite à un container mobile, Macha Makeïeff fait évoluer ses interprètes, costumés en Arabes du Proche-Orient, dans des danses orientales, indiennes, réglées par Thomas Stache, mêlées à de la breakdance, ou dans des sketchs farcesques. La raillerie culmine avec le bonneteau proposé à des touristes pour les escroquer, ou dans le "Circus Baba" que le nouveau riche Ali s'offre en guise de divertissement avec Shéherazade-Morgiane (Sahar Dehghan) en vedette.

Comme dans le précédent spectacle des Apaches, on admire les prouesses techniques des acrobates voleurs, dignes héritiers de Buster Keaton, Aurélien Mussard et Romuald Bruneau, les apparitions follement clownesques de Braulio do Nascimento Bandeira (Abdullah) amoureux du grimaçant Aïssa Mallouk (Aziz, fils d'Ali Baba), et la fougue extraordinaire du chef des voleurs, Shahrokh Moshkin. Dans le rôle de Cassim ou du savetier Zlubia, Thomas Morris est impayable. Quant au principal intéressé, Atmen Kelif (Ali Baba), il revendique hautement l'imitation de l'accent et du jeu de Fernandel dans le film raté de Jacques Becker(1953), ce qui l'amène à se situer sans scrupules dans l'optique de l'opérette marseillaise. Aussi cette façon d'être pitre sur le théâtre comme on l'était au music-hall, donne à ce spectacle un caractère hétéroclite, composite qui le rend souvent épatant, et qui excite le désir de se replonger dans la lecture des Mille et une Nuits dans une édition contemporaine non expurgée. . .
Philippe Oualid


Pierre Aimar
Mercredi 13 Mars 2013
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