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Ali Baba. Spectacle de Macha Makeïeff, Théâtre de La Criée, Marseille, par Philippe Oualid

Pour sa reprise à la Criée,après une tournée triomphale à Paris et en province, Ali Baba est présenté dans une version resserrée qui baigne dans un climat onirique de comédie musicale déconstruite et même dans un baroufle encore plus surprenant qu'à la création.


Ali baba © Brigitte Enguerand
Ali baba © Brigitte Enguerand
Fruit d'une année de travail à La Criée, Ali Baba nous plonge dans l'univers farfelu et burlesque qui avait fait le succès des Apaches. Mettre en scène un Orient de fantaisie, tragi-comique, sensuel, populaire et hallucinatoire, répondait depuis longtemps au désir de Macha Makeïeff de produire un théâtre pour tous dégageant une puissance symbolique susceptible de rassembler à la fois enfants et adultes passionnés de cirque et de music-hall. Le spectacle qui utilise de temps à autre des passages de la traduction littéraire du docteur Mardrus, plutôt que celle d'Antoine Galland, de la fin du XVIIe siècle, reprend les principaux épisodes du conte des Mille et une Nuits, mais les truffe d'anachronismes dérangeants pour actualiser les situations et transposer dans l'univers contemporain des pays arabes, le rêve éveillé d'Ali Baba. De plus, elle fait déclamer ses personnages dans différentes langues(persane, arabe, américaine, espagnole), amalgamées aux tours précieux de la poésie lyrique française, ou à un français à la fois prosaïque et trivial, pour créer, par la perception des échos sonores de la voix, modulée selon différents timbres, un effet d'étrangeté, d'hermétisme poétique surprenant. . .

Devant un décor dérisoire à dessein sur le plateau nu du théâtre, comprenant, côté jardin, la maisonnette de Cassim avec son guichet-boutique et ses deux pièces minuscules superposées, côté cour, la caverne des voleurs réduite à un container mobile, Macha Makeïeff fait évoluer ses interprètes, costumés en Arabes du Proche-Orient, dans des danses orientales, indiennes, réglées par Thomas Stache, mêlées à de la breakdance, ou dans des sketchs farcesques. La raillerie culmine avec le bonneteau proposé à des touristes pour les escroquer, ou dans le "Circus Baba" que le nouveau riche Ali s'offre en guise de divertissement avec Shéherazade-Morgiane (Sahar Dehghan) en vedette.

Comme dans le précédent spectacle des Apaches, on admire les prouesses techniques des acrobates voleurs, dignes héritiers de Buster Keaton, Aurélien Mussard et Romuald Bruneau, les apparitions follement clownesques de Braulio do Nascimento Bandeira (Abdullah) amoureux du grimaçant Aïssa Mallouk (Aziz, fils d'Ali Baba), et la fougue extraordinaire du chef des voleurs, Shahrokh Moshkin. Dans le rôle de Cassim ou du savetier Zlubia, Thomas Morris est impayable. Quant au principal intéressé, Atmen Kelif (Ali Baba), il revendique hautement l'imitation de l'accent et du jeu de Fernandel dans le film raté de Jacques Becker(1953), ce qui l'amène à se situer sans scrupules dans l'optique de l'opérette marseillaise. Aussi cette façon d'être pitre sur le théâtre comme on l'était au music-hall, donne à ce spectacle un caractère hétéroclite, composite, qui le rend souvent épatant, et qui excite le désir de se replonger dans la lecture des Mille et une Nuits dans une édition contemporaine non expurgée. . .
Philippe Oualid

Du 7 au 12 Janvier 2014


Pierre Aimar
Vendredi 10 Janvier 2014
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