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Membre du Syndicat de la Presse Culturelle et Scientifique (SPCS) et de la Fédération Nationale de la Presse Spécialisée (FNPS)




6 avril 2010, avant-première du film Valvert de Valérie Mréjen, au Cinéma Le Zola, Villeurbanne

Valvert est un hôpital psychiatrique de Marseille créé au milieu des années 70, dans un esprit d’ouverture et de libre circulation. Le film, à travers une observation du quotidien, dresse un portrait de l’endroit en mêlant entretiens avec des soignants et scènes de la vie des patients. Dans une ambiance résolument éloignée du modèle asilaire, cette circulation met en valeur différents comportements de la folie ordinaire.


Questions à Valérie Mréjen : Comment est née l’idée de ce film ?

Ce film est né d’une commande. L’hôpital Valvert est issu, pour résumer rapidement,
de la psychothérapie institutionnelle, c’est-à-dire d’une psychiatrie ouverte et
désireuse de réfléchir sur elle-même au contact des patients.
Quatre soignants de l’hôpital, voyant de nombreux infirmiers psychiatriques partir à
la retraite, et beaucoup de changements s’opérer depuis un moment, ont eu l’idée
d’inviter une personne extérieure à l’institution pour porter un regard sur la façon
dont la psychiatrie a évolué depuis une quarantaine d’années. Il s’agissait au départ
de produire un outil pédagogique à l’attention des jeunes générations d’infirmiers
diplômés d’Etat, qui ne reçoivent plus aujourd’hui de formation spécifique et arrivent
souvent en psychiatrie sans avoir été préparés ou confrontés à l’univers de la folie.
Cela crée souvent des malentendus entre les équipes « d’anciens », qui possèdent un
savoir théorique et une certaine expérience, et les jeunes, qui n’ont pas forcément
choisi cette spécialité.

A votre avis, pourquoi les soignants de Valvert vous ont choisie pour réaliser ce film ?

Nous avons été mis en contact via une association de Marseille, le Bureau des
Compétences et Désirs qui travaille avec la Fondation de France sur un programme
intitulé “Nouveaux commanditaires”. Leur rôle est de mettre en relation
commanditaires et artistes sur différents projets, en essayant de faire correspondre
au mieux les attentes des uns avec l’univers des autres.
Pourquoi avez-vous accepté ?
Par intérêt pour la psychiatrie et la psychanalyse, et plus généralement pour tout ce
qui s’intéresse à la façon dont l’esprit se révèle ou s’exprime à travers le langage. Ce
sont des questions qui m’ont toujours fascinée, mais j’avais plutôt lu des textes ou vu
des films. C’était aussi l’occasion de me déplacer dans mon travail en côtoyant un
univers qui m’était inconnu. C’était une chance de pouvoir rencontrer des gens
confrontés à la maladie mentale… sans parler des patients, qui ont changé mon
regard sur beaucoup de choses. Cette proximité pendant plusieurs semaines avec eux
a modifié mon attitude, mon appréhension de départ aussi, et m’a fait comprendre ce
principe de la médecine psychiatrique qui veut que le patient soit celui auquel les
soignants s’adaptent, et non l’inverse. Il ne s’agit plus dès lors de « diriger » les
personnes filmées, mais d’être dans une forme de dialogue étrange avec des mystères
qu’il faut décoder (si on peut) et un rythme beaucoup plus lent, qu’il ne sert à rien de
vouloir brusquer.

Comment avez-vous écrit le synopsis ? Y avait-il des contraintes dans la « commande » ?

J’ai écrit le projet en venant plusieurs fois sur place effectuer des repérages, et en
interviewant des membres du personnel. La principale contrainte de départ était de
ne pas filmer les patients et de m’intéresser exclusivement aux soignants. J’ai donc
commencé par interroger les membres du personnel à propos de leur métier, de la
façon dont la politique de soin leur semblait évoluer, de leur pratique au quotidien.
Le synopsis du projet était fait d’un ensemble de témoignages de psychiatres,
d’infirmiers, d’ASH, de secrétaires… c’était une volonté de ma part que d’interroger
un large éventail de personnes. Assez vite, je me suis rendue compte qu’il serait
vraiment dommage, même totalement absurde, de ne pas filmer les patients.
J’éprouvais déjà une certaine frustration, au moment des repérages, à écouter parler
des gens sur des malades qu’on ne voyait jamais. Nous étions installés dans des
bureaux et coupés de la vie dans les pavillons. J’ai donc, peu avant le tournage,
insisté auprès du directeur pour pouvoir filmer ce qu’il se passait dans les services, la
vie quotidienne, des moments d’intéraction entre soignants et patients, lorsque ceuxci
font irruption au milieu d’une conversation… ou encore les moments de
flottement, les événements qui ponctuent les journées comme les repas, les prises de
médicaments.

C’est là votre deuxième documentaire. Dans un contexte très différent de celui de Pork and Milk. Comment avez-vous adapté votre méthode de travail au lieu très « présent » qu’est Valvert?

Ce tournage a fait voler en éclats ma méthode de travail précédente, où j’étais en effet
soucieuse de beaucoup préparer en amont, d’écrire et de mettre en forme les récits,
voire de mettre en scène. Dans un lieu comme celui-ci, inutile de vouloir contrôler ou
prévoir les choses : elles se produisent dans un ordre et une spontanéité que l’on est
obligé de suivre, de recevoir et de capter sur le moment. On ne peut pas refaire les
prises ou demander à telle ou telle personne de mieux redire une phrase, il faut
observer et s’adapter en fonction. La réalité est bien plus forte, inutile de lutter…

Le sujet du film a-t-il évolué en cours de tournage ? En cours de montage ?

Au cours du tournage, je me suis de plus en plus clairement dit qu’il fallait réserver
une grande place aux patients. L’intuition qui a précédé le tournage s’est confirmée et
nous avons pu, après avoir filmé pas mal d’entretiens, nous sentir plus libres d’errer
dans les pavillons, à la cafétéria… et d’espérer que quelque chose d’intéressant ou de
significatif se produise. Mon attitude volontariste a laissé place à une réceptivité et
une disponibilité qui étaient quelquefois inconfortables mais nécessaires. Je ne me
sentais pas toujours très à l’aise vis-à-vis de mon équipe de ne pas avoir de
programme précis, mais en même temps, c’est en ayant cette attitude presque
passive que nous avons pu tourner certaines scènes. Quelquefois, il valait mieux
aussi s’abstenir de tourner afin de nous faire mieux connaître dans les pavillons, et
de prendre le temps. La conversation avec les personnes croisées sur place était
parfois plus importante pour comprendre des choses et nous familiariser avec les
équipes, que d’être dans l’action de filmer.
Sur le tournage nous étions trois, le chef opérateur (Alexis Kavyrchine), l’ingénieur
du son (en alternance Yolande Decarsin et Muriel Laborde) et moi. Il était important
d’être en petit nombre, bien sûr pour la souplesse et la discrétion (si tant est que l’on
puisse être discret avec une caméra dans un lieu comme celui-là) mais aussi pour
créer un équilibre solide. Nous formions un groupe, ce qui était indispensable pour
l’aspect technique et humain du tournage et aussi vis-à-vis des gens de l’hôpital.
Certains avaient plus d’affinités avec l’un ou l’autre (une patiente, par exemple, était
en pamoison devant le chef opérateur!), et nous pouvions discuter avec eux d’autant
plus facilement qu’une certaine unité existait déjà entre nous.

Pourquoi avoir choisi ce format de 52’ qui est le format classique du documentaire télévisuel ?

Il s’est avéré qu’au montage, cette durée semblait juste. J’ai pensé faire un film plus
long, mais le rythme était plus dense avec cette durée-ci. Nous avons donc décidé de
« rentrer » dans ce format de documentaire, bien que le film n’ait pas été produit par
une chaîne.

Quelle place occupe aujourd’hui ce film dans votre travail de cinéaste, de vidéaste, de plasticienne ?

Je crois qu’il représente pour moi une ouverture formelle quant à l’acceptation de
plus en plus grande de l’inconnu, du fortuit, au moment du tournage. Les
personnages ne sont plus mes amis ou des connaissances, mais des gens que je croise
dans cet environnement qui est le leur. Le sujet reste proche de mes thèmes de
prédilection : les limites du langage, les bizarreries, le quotidien… une certaine folie
finalement. Je crois que le lien existe aussi dans la recherche de situations, de scènes
où le rire est possible. Je trouvais important de montrer que dans un lieu comme
celui-là, où la violence et l’abattement sont souvent d’une intensité extrême, le sens
de la dérision est présent et permet souvent de tenir le coup.
Propos recueillis par Annick Peigné-Giuly pour Documentaire sur Grand Écran

Valvert de Valérie Mréjen
Sortie le 10 mars 2010
52 min. – couleur – 35mm – France – 2008
Visa n° 120 777

Distribution :
Documentaire sur grand écran
52 av. de Flandre
75019 Paris
01 40 38 04 00
Emmanuelle Madeline
emadeline@documentairesurgrandecran.fr
Sabine Costa
scosta@documentairesurgrandecran.fr


pierre aimar
Mardi 9 Mars 2010
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