Sortir ici et ailleurs, magazine des arts et des spectacles

Membre du Syndicat de la Presse Culturelle et Scientifique (SPCS) et de la Fédération Nationale de la Presse Spécialisée (FNPS)




5 et 6/12 <> Dom Juan de Molière au Théâtre Toursky. Par Philippe Oualid


Dans la dramaturgie moliéresque, Dom Juan fait partie, avec Le Tartuffe et Le Misanthrope, de la grande trilogie de l'imposture qui va susciter de telles querelles qu'elles feront perdre à son auteur ses illusions sur la représentation théâtrale du ridicule.Cette pièce que Molière n'a jamais publiée de son vivant est une conversation étrangement déséquilibrée entre un libertin toujours sur la réserve quand on l'interroge ou qu'on le blâme, et son serviteur à l'inépuisable faconde, expert en fatrasies.
Ce libertin "grand seigneur, méchant homme", intimide et révolte à la fois, car Molière porte à la scène l'image la plus insoutenable de la prétention aristocratique sous le règne de Louis XIV, et donne à son héros un prestige conforme aux sentiments secrets du public. Image à la fois subversive et vaine car cette comédie présente aussi le dernier jour d'un condamné, avec cette particularité que Dom Juan veut ignorer les véritables motifs de sa condamnation et fuit ce qu'il a le moins à fuir pour affronter la menace la plus immédiate, ce qui dégage, en l'occurrence une perspective non seulement ironique mais cathartique.
La mise en scène de Jean-Marie Villégier qui part du principe qu'il s'agit là d'une pièce shakespearienne, au lieu d'une incartade impertinente découlant du Tartuffe, d'une réflexion sur les fondements de l'éthique, d'une course aux frontières du possible pour un suppôt de Satan et d'une dramaturgie de l'imagination égarée par l'hédonisme, est un défi choquant aux brillantes représentations que cette pièce avait inspirées à Jouvet, Vilar, Bluwal ou Vitez.
La scénographie dérisoire (un portail d'édifice à colonnes qu'on perçoit, à la fin du troisième acte, comme le tombeau d'un Commandeur virtuel) va à l'encontre du magnifique spectacle à machines conçu par Molière. Mais les costumes de Patrice Cauchetier qui cherchent à relever les personnages par leurs déguisements restent adéquats. Jonathan Duverger compose un Dom Juan méprisant, froid, opaque, d'une élégance hautaine, qui donne l'illusion de la profondeur devant un Sganarelle-marionnette (Jean-Charles Di Zazzo) lâche, faible, couard, peu émouvant, qui évoque par son costume et son jeu le Scaramouche de la Comédie Italienne. Malheureusement, ce maître et ce valet adoptent une façon mécanique de parler par secousses, avec de fréquentes pauses entre les phrases pour l'un, des lazzis boulevardiers, vulgaires, insupportables pour l'autre, qui les rendent d'emblée désagréables. Elvire (Sandrine Bonjean) fait penser à la religieuse portugaise, au premier acte, gardant pour son bourreau une généreuse tendresse où l'on sent encore les flammes secrètes de l'amour.
Obsédée par le salut de l'homme qui l'a trahie, elle réapparait tout autre à la fin. Ses deux frères, Don Carlos et Don Alonse (Emmanuel et Christophe Guillon) jouent comme il se doit dans le registre de la comédie héroïque, Don Louis (Jean-Marie Villégier) dans celui des pères de tragédie. Enfin le patois des paysans Pierrot et Mathurine, dans la pastorale bouffonne du début du deuxième acte n'est guère intelligible.
Dans l'ensemble, la lecture de Villégier, hostile au charme romanesque des personnages principaux, indifférente à l'ambiguïté de l'oeuvre qui mélange énigmatiquement les genres de la farce, de la tragédie, de la satire et du fantastique, pour en rendre l'écriture problématique, interdit au spectateur d'en dégager une leçon cohérente, et réduit cruellement le mythe de Don Juan au caractère dérisoire de la condition humaine. Là réside peut-être l'intérêt de ce spectacle au demeurant peu attrayant.
Philippe Oualid

Dom Juan de Molière
Mise en scène de Jean-Marie Villégier
Théâtre Toursky, 5-6 Décembre 2008.


pierre aimar
Mardi 9 Décembre 2008
Lu 744 fois


Nouveau commentaire :


Dans la même rubrique :
1 2 3 4 5 » ... 18






Inscription à la newsletter