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5/12 au 1/02 > Pinocchio d'Antonio Saura au Musée des Abattoirs à Toulouse

Cinq expositions se succédent pour rendre hommage à l’une des figures marquantes du XXe siècle, Antonio Saura (1930-1998) : cinq angles d’attaque différents pour aborder tous les deux mois, dans la même salle du musée, une phase méconnue de ses démarches inattendues...


2008, une année Saura

5/12 au 1/02 > Pinocchio d'Antonio Saura au Musée des Abattoirs à Toulouse
Musée d’Art contemporain de Toulouse et Midi-Pyrénées, les Abattoirs présentent une suite de cinq expositions pour rendre hommage à l’un des grands peintres du XXe siècle, Antonio Saura (1930-1998) : cinq angles d’attaque pour aborder tous les deux mois, dans la même salle du musée, une phase méconnue de ses démarches inattendues.
À la énième rétrospective qui viendrait consacrer l’impertinence passionnée de l’auteur, nous avons préféré susciter la curiosité du public pour les recherches multiples et renouvelées de l’artiste, qui nous conduit ainsi au plus près de l’acte de création. Les sujets de chacune des expositions conjuguent souvent les motifs des grands thèmes connus du corpus sauresque (Foules, Crucifixions, Curés, Chiens de Goya, Dames et autres Portraits imaginaires…) ; ils activent aussi des procédures techniques, quasi thématiques (collages, accumulations, superpositions, répétitions, montages…), qui engendrent autant de
métamorphoses et de transformations.
La suite de nos cinq expositions n’offre qu’une vision partielle, quoique originale, de l’œuvre abondante d’Antonio Saura. Mais par le biais de ces thèmes et de ces séries, nous pénétrons dans le labyrinthe intime, dans le théâtre vivant de l’artiste : un univers baroque et ascétique, « spirituel, sombre et caustique » pour reprendre quelques-uns des traits qu’il attribuait au « génie sceptique » de son congénère, l’écrivain Baltasar Gracián, cet « être aragonais » qu’il a si bien illustré - à son image même.
Ce cycle d’expositions vient naturellement étoffer l’intérêt du musée pour l’œuvre de Saura dont il conserve plusieurs estampes et tableaux.
Alain Mousseigne
Conservateur en chef, directeur des Abattoirs

Pinocchio
Du 5 décembre 2008 au 1er février 2009
Du mercredi au dimanche, de 11h00 à 19h00
Musée des Abattoirs
76, allée Charles de Fitte
31300 Toulouse

Pinocchio. Du 5 décembre 2008 au 1er février 2009

« Il était une fois un morceau de bois, tout ce qu’il y a de plus courant, qu’un maître charpentier trouva un jour dans son atelier. » Ainsi commence le célèbre conte, anticipant, par cette simple phrase, sur un destin marqué par la matière même de son origine.
Tous les livres pour enfants contiennent une certaine dose de cruauté et de tragédie ; dans Pinocchio, l’évidence de la situation décrite et l’existence malheureuse du protagoniste principal se doublent d’un dessin exceptionnel dû à sa condition originelle : une marionnette de bois miraculeusement imprégnée de
caractéristiques humaines. Sa destinée, absolument unique, n’est pas de devenir un être humain, mais de nous montrer par le biais de sa pathétique impossibilité à le devenir, dans sa différence même, dans
sa dimension biologique différente, le reflet de notre propre condition.
Dans sa dimension imaginaire, la vie minuscule et fragile de Pinocchio, tout de douceurs et d’aspérités, de polychromie resplendissante et d’échardes traîtresses, ressemble, en modèle réduit, à celle d’un
solitaire chevalier errant, qui n’est pas encore un justicier, surpris par le vaste monde, à la recherche d’un peu d’affection et d’amitié. Aucun autre conte pour enfant ne pourra refléter avec autant de justesse « le sadisme de notre enfance » a dit Terenci Moix, mais aussi toute la différence d’avec le monde des adultes – donnant ainsi à la célèbre marionnette vivante la valeur d’un paradigme.
Récupérer l’enfance à travers une nouvelle image : « Il ne lui restait rien de son enfance excepté une série de tableaux violemment éclairés sans profondeur de champ, ce qui, pour la plupart les rendait incompréhensibles », affirme Orwell en parlant de Winston, le principal personnage de 1984. Voici donc une tentative ludique tendant à restituer à l’univers de l’approximativement intelligible une fixation toujours vivante venue de l’enfance. Il existe d’autres textes pour enfants que j’aimerais illustrer, mais Pinocchio était sans nul doute celui par lequel je souhaitais commencer. Un hommage à Collodi, mais aussi une façon de restituer valeur fondamentale et éclat à l’incertain, vague et indéchiffrable paradis de
l’enfance.
Antonio Saura
Extrait de Note Book (Memoria del tiempo, libreria Yerba, Murcia, 1992)
Version française : Edition de la différence – Paris 1994


pierre aimar
Jeudi 20 Novembre 2008
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