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27 mars au 10 avril Escales Caraïbes à L’arc Scène Nationale du Creusot

« Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s’affaissent au cachot du désespoir »
Aimé Césaire


27 mars au 10 avril Escales Caraïbes à L’arc Scène Nationale du Creusot
Après un premier arrêt au Québec en 2007 puis en Afrique de l’Ouest en 2008, nos Escales se tournent ainsi aujourd’hui vers les Caraïbes.
De la Martinique aux portes du Brésil, d’Haïti à la République Dominicaine ou encore de Cuba à Trinidad, le bassin Caraïbe est un vaste ensemble dont l’espace ne se résume pas aux Antilles françaises. Aux Caraïbes, c’est la multiplicité qui fait l’unité dans la diversité, cette façon unique et innombrable de figurer le monde et de rallier ses peuplants. Soumises dès leur naissance aux conditions de la mondialisation, ces terres ont eu très tôt la conscience du passage et de l’incertain, de l’impondérable et du tremblement, de l’incertitude et de l’indéfini, dont l’histoire forte a naturellement donné naissance à des artistes de tout premier plan.

Ces îles de mémoire portent encore les stigmates de la naissance des nations qui se libèrent de la tyrannie de l’esclavage à la force de leur foi révolutionnaire, comme l’avait bien montré Aimé Césaire dans sa fameuse « Tragédie du Roi Christophe ».
La complexité de cette mosaïque, l’élaboration d’une conscience commune, la question de l’identité et de la langue, telles sont les riches découvertes auxquelles nous vous convions.

Nous rendrons bien sûr hommage à Aimé Césaire, poète et homme politique martiniquais, père de la Négritude prônant selon l’expression de Jean-Paul Sartre « la négation de la négation de l’Homme noir » et dont la poésie délibérément engagée dépassa rapidement le seul combat des Antillais, pour devenir un appel universel à la dignité humaine, à l’éveil et à la responsabilité. Nous parlerons également du 50ème anniversaire de la Révolution Cubaine au travers d’un débat mais aussi de l’histoire extraordinaire d’Alicia Alonso, danseuse et chorégraphe cubaine, fondatrice de Ballet National de Cuba.
Ces Escales Caraïbes seront aussi l’occasion de découvrir « Colère », un texte magnifique dans une mise en scène de François Rancillac, version scénique du roman culte de l'Haïtienne Marie Vieux-Chauvet,

L’ouverture du festival se fera dans le cadre des festivités d’un « espace village », histoire de s’imprégner du soleil des Caraïbes et de naviguer entre les couleurs de la salsa, de la rumba, toutes ces chaudes sonorités qui nous viennent de ces pays peuplés de musiciens au talent immense.
L’Arc, scène nationale du Creusot


Escales Caraïbes
du 27 mars au 10 avril 2009
à L’arc Scène Nationale du Creusot
Esplanade François Mitterrand
LE CREUSOT cedex
www.larcscenenationale.fr


Programme

vendredi 27 mars à 20h30
Aimé Césaire
« Paroles d'îles, paroles dues »
Daniel Maximin, écrivain et Alain Jean-Marie, pianiste

du 28 mars au 3 mai
Exposition Photos « Santiman Karayib », par Daniel Goudrouffe
vernissage samedi 28 mars à 18h30
du mardi au vendredi 13h30-19h / samedi et dimanche 14h30-19h / sauf les 12 avril et 1er mai

Vendredi 10 avril 19h30 / entrée libre
Ecritures caraïbes
Rencontre / Lecture
Avec Bernard Lagier, Alfred Alexandre, José Pliya (auteurs)
Marie Louët, Dominik Bernard, Christian Julien (comédiens)


Un week-end à Cuba

Vendredi 3 avril à 20h30 / Entrée libre
1959 - 2009 / 50e anniversaire de la Révolution cubaine
Conférence

Samedi 4 avril à 17h / Entrée libre
Bailar a Cuba !
Conférence Hommage à Alicia Alonso

Samedi 4 avril à 21h, à l'Alto Le Creusot / Durée 2h
Bal Salsa / Calle Reina
chant, percussions Yuximy Perez Navarro /chant Aymel Gomez Mancriffe / direction, piano, choeur Vincent Laffaire /basse, choeur Victor Ibañez / batterie, timbales Fabrice Nicolini /percussions Alain Casañas Santovenia / trompette Michel Lassalle / trompette Sebastien Natali / sax ténor Franck Mottin / trombone Remi Vidal / sonorisation Luc Ferre

« Colère » d’après le roman de Marie Vieux-Chauvet

mardi 7 avril à 20h30 / Durée 1h10
« Colère » d’après le roman de Marie Vieux-Chauvet
Lecture / adaptation théâtrale José Pliya
mise en scène François Rancillac / avec Nicole Dogue

jeudi 9 avril à 18h30 au cinéma Le Morvan au Creusot
en partenariat avec Cinémage (durée 1h29)
« Haîti chérie » de Claudio Del Punta / Cinéma

jeudi 9 avril à 21h / Durée 1h30

Dyaoulé Pemba / concert
« Moonlight chante Haîti »
chant Moonlight Benjamin
contrebasse Jean-Pascal Marrou
guitare Mathieu Royer
percussions Florent Tisseyre, Loïc Farge


Mensonges et vérités. Interview de François Rancillac, metteur en scène et co-directeur de La Comédie de Saint-Etienne

Au pied du mur demeure la vérité. Celle de Claire, épouse et parfaite mère de famille haïtienne, héroïne déchue de « Colère », mais la nôtre aussi, celle de nos aveuglements et de nos responsabilités oubliées. Le voile tombe, sous la plume contrastée mais néanmoins subtile de Marie Vieux-Chauvet dont nous parle ici François Rancillac, metteur en scène.


« Amour, Colère et folie » s’est très vite élevé au rang des œuvres mythiques… Est-ce lié à la personnalité brillante de son auteur, Marie Vieux-Chauvet ?
Ce que je peux vous dire, c’est que lorsque les éditions Gallimard éditèrent ce roman en 1968 avec le soutien de Simone de Beauvoir, « Amour, Colère et folie » marqua à la fois pour le combat politique qu’il porte mais aussi par la force incroyable de son écriture. Une écriture dotée d’un véritable souffle et en même temps d’une sorte de rudesse qui fait que le lecteur passe allègrement de la luxuriance du décor haïtien, des parfums et autres images dédiées à la sensualité, à la brutalité humaine. Au fil de l’œuvre, nous découvrons comment, sans cesse, le plus intime et le politique sont étroitement liés.
Marie Vieux-Chauvet nous parle de violence arbitraire, celles des « uniformes », au travers d’une parole qui s’adresse à ce qu’il y a de plus intérieur en nous, sans jamais tomber dans le manichéisme ; elle nous raconte comment la violence travaille les êtres au plus profond d’eux-mêmes.
C’était effectivement un livre mythique, né à une période révolutionnaire où la littérature produisait un grand nombre d’œuvres empreintes d’une vision dualiste, celle des bons et des méchants. L’écriture de Marie Vieux-Chauvet est tellement plus subtile… La force du livre tient également dans le fait qu’en plantant totalement le décor en Haïti, dans cet ailleurs, ce lointain, et justement en creusant cette singularité-là, elle touche aussi à cette chose universelle qui fait écho à nos vies d’occidentaux. Et le projet d’adaptation du texte par José Pliya en donnant la parole aux femmes s’est avéré extrêmement juste pour moi.

Un choix juste qui fait écho à l’emmurement des femmes haïtiennes dans certains tabous de société?
C’est effectivement très clair que Marie Vieux-Chauvet dénonce la complexité de la société haïtienne pétrie par ses différentes couches d’oppression. Le premier volet de la trilogie, « Amour », nous parle de désir refoulé, du corps féminin mis en carcan tandis qu’à l’inverse, dans « Colère », Claire semble avoir choisi sa vie en construisant la plus belle des familles, jusqu’au jour où enfin, au pied du mur (au sens littéral et figuré), elle se voit contrainte d’ouvrir grands ses yeux sur sa vie tissée de mensonges. Il s’agit ainsi d’une pièce sur l’aveuglement…
Les trois volets du roman proposent une descente dans les différentes couches socio-professionnelles de la société haïtienne : la première dresse le portrait d’une aristocratie décatie, la seconde celui de la petite bourgeoisie et le dernier celui du prolétariat haïtien. Et Marie Vieux-Chauvet nous dit en filigrane : nous sommes tous responsables de la situation. Aux heures tyranniques de la dictature de Duvallier, elle montre comment chacun à sa manière s’est compromis dans la décadence. Un regard qui nous renvoie tous naturellement à la question de l’engagement et de la voie juste… Face à ceci, face à cela, qu’est-ce que je choisis de faire ?
Propos recueillis par Anne-France Courvoisier

Cuba : lé réforme d'un pouvoir charismatique. Interview de Janette Habel, professeur à l’Institut des Hautes Études sur l’Amérique Latine

Cuba vit des heures incertaines… La revendication de changements structurels portée par le nouveau président, Raoul Castro, suscite espoirs et questionnements. Coup d’arrêt ou changement de cap vers un modèle alternatif ? A l’occasion du 50ème anniversaire de la Révolution Cubaine, Janette Habel nous montre combien la réforme de cette république socialiste s’avère une opération bien délicate. Explications.

Depuis quelques mois à Cuba, l’espoir d’une transition s’est érodé face à la grande complexité des réformes politiques, économiques et sociales à opérer. Pour vous, la continuité du castrisme est-elle menacée ?
A vrai dire, tant que Raoul Castro sera là le castrisme ne sera pas menacé. Raoul Castro est là pour assurer la pérennité du système. Mais qu’adviendra-t-il après la mort de Fidel et Raoul ? L’homogénéité de la société cubaine a été sapée par les réformes économiques qui ont ébranlé les deux points d’ancrage sur lesquels le castrisme s’est construit : la souveraineté nationale et la justice sociale exprimées pendant des années de manière forte et cohérente par Fidel Castro. L’égalité sociale et les valeurs de justice et de solidarité sont très enracinées à Cuba. Pendant des années les cubains ont connu un mode de vie austère, mais leurs besoins essentiels étaient satisfaits grâce à l’aide soviétique, et le sentiment d’appartenance à une communauté fraternelle était répandu. Avec la fin de l’Union Soviétique, les réformes visant à accroître la rentabilité de l’entreprise et à donner un espace plus grand au marché ont ébranlé ces fondements. Un grand débat divise aujourd’hui les cubains : la transition vers un modèle alternatif doit-elle être menée sur le plan économique uniquement, comme le conçoivent les sphères dirigeantes du pays, ou nécessite t-elle également une réforme politique comme le pensent certains militants et intellectuels, modifiant le système politique hyper centralisé et donnant plus de place à la participation populaire?

La transition vers une libéralisation de l’économie invite ainsi les dirigeants cubains à observer le modèle vietnamien ?
Le schéma vietnamien est en effet observé de près par le nouvel exécutif. L’intérêt de l’équipe au pouvoir s’explique par le fait que la transition d’une économie centralement planifiée vers une « économie socialiste de marché » n’est pas synonyme de démocratisation. Au Vietnam, le processus de rénovation impulsé en 1986 par le Parti communiste vietnamien a permis de passer d’une économie inefficace soumise à l'incurie bureaucratique et dépendante de l’aide étrangère, à une économie de marché. Les succès vietnamiens fascinent bon nombre de dirigeants cubains comme en témoignent les nombreux échanges, voyages et publications entre les deux pays. La priorité donnée à l’agriculture et l’assignation de terres productives aux paysans, les investissements étrangers (récemment autorisés à Cuba pour le sucre), les réajustements prévus des taux de change pour mettre un terme à la dualité monétaire, s’inspirent de l’expérience vietnamienne. Mais Cuba n’est comparable à la Chine ou au Vietnam ni par la situation géopolitique, ni par la taille et les ressources économiques, ni par l’histoire et la culture. Le chômage, les déficits sanitaire et scolaire, plus ou moins tolérés jusqu’alors à Pékin ou à Hanoï, risqueraient d’être mal acceptées à Cuba où la culture égalitaire et redistributive est forte. Enfin, l’économie de marché sous contrôle du parti et de l’Etat ne laisse aucune place à une démocratie participative et autogestionnaire que réclament certains cubains.

Que dire de l’émergence d’un nouveau bloc latino-américain et des appuis majeurs de ses chefs d’Etat à Cuba ?
Les soutiens étrangers au régime cubain constituent un atout essentiel pour le pays. L’île n’est plus isolée. L’aide apportée depuis 1998 par Hugo Chavez en matière de pétrole est considérable, les investissements et échanges commerciaux avec le Brésil sont importants. L’Equateur, le Paraguay, la Bolivie prennent aussi leurs distances avec Washington. Pour la première fois dans leur histoire, les 33 pays d’Amérique latine et des Caraïbes se sont réunis au Brésil en décembre 2008 sans la présence des Etats Unis ou de l’Europe. Cuba a été accueilli au sein du Groupe de Rio (un forum régional créé en 1986). Les dirigeants de la région ont ainsi signifié à Washington que La Havane devait retrouver sa place au sein de la famille latino-américaine.
Face à l’émergence de ce nouveau bloc latino-américain, l’influence de la Chine est croissante, Pékin accorde des crédits importants. De plus, les perspectives de découverte de pétrole off shore dans le golfe du Mexique s’annoncent prometteuses. Quant à la Russie elle se rapproche de Cuba pour riposter au bouclier anti-missile et à la pénétration nord-américaine en Géorgie et en Ukraine… Enfin l’élection de Barack Obama pourrait modifier le panorama si le président libéralisait, comme il l’a indiqué, les voyages et les transferts de devises à Cuba drastiquement limités par l’administration Bush. Face à la crise, Cuba n’est donc pas sans ressources. Mais des questions de fond demeurent. Un pouvoir charismatique peut-il vraiment être réformé ? De quoi l’après castrisme sera-t-il fait ?
Propos recueillis par Anne-France Courvoisier

Paroles d'îles pour une poésie péléenne. Interview de Daniel Maximin, écrivain guadeloupéen

La récente disparition d’Aimé Césaire nous laisse orphelins d’un grand homme.
Dans le cadre d’une soirée concert, Daniel Maximin rendra hommage à celui qui, tout au long de sa riche vie de poète, d'intellectuel, d'homme politique, d'acteur de la décolonisation des peuples et des esprits, s’est fait l’insolite bâtisseur d’une écriture poreuse à tous les vocabulaires. A celui qui, aussi, nous rappelait si justement qu’ « aucune pensée ne vaut que repensée par nous et pour nous… »


Aimé Césaire s’est très tôt inscrit en rupture avec le courant colonial en se faisant « porteur de la mémoire vive des résistances ». Comment la poésie, qu’il nomme « la parole essentielle », prend t-elle place dans son engagement politique ?
C’est vrai qu’il a poursuivi la lutte universelle contre toutes les formes d’oppression, comme ses ancêtres avaient mêlés lutte contre l’esclavage et lutte pour l’avènement d’une identité librement édifiée Et c’est précisément parce qu’il était écrivain, parce qu’il était poète qu’Aimé Césaire a été saisi par le politique, et non l’inverse. C’est son œuvre qui dit, qui se fait témoin. Il avait une conscience forte de la liberté, celle-là même qui la conduit à s’exprimer dans une création libre : « j’ai inventé mon vocabulaire et forgé ma mythologie» disait-il. A partir des langues imposées, il lui fallait inventer un langage de liberté, un acte de libération de son être. Dans ses jeunes années, il ne se retrouvait pas dans ce qu’on lui proposait, c’est-à-dire une bourgeoisie possédante de Fort-de-France et un peuple paysan silencieux. Sa poésie libérait ainsi le cri d’un jeune homme profondément solitaire, apparemment sans peuple, face au bavardage des bourgeois arrivés à l’émancipation par la voie de « l’assimilation » dans la plus pure imitation des modèles culturels dominants venus d’Europe.

« Les vraies civilisations sont au contraire des saisissements poétiques »écrit Césaire dès 1943…
Oui, ceci pour dire qu’il nous faut créer de la manière la plus intense possible, comme le ferait l’explosion d’un volcan… Ma poésie est péléenne, volcanique, disait-il encore. De même, le silence brisé par une parole contrainte pendant des siècles donne naissance au chant, cette forme humaine qui exprime le mieux la liberté de la voix. Egalement, la soif de briser ses chaînes ne vient pas simplement du besoin de marcher, mais du désir de vivre l’intensité du corps au moyen de la danse. Les vraies civilisations empruntent toujours cet extrême de la liberté, et la poésie de Césaire est à l’image de cet éclatement de la syntaxe et du vocabulaire de ces langues imposées que sont le français, l’anglais, l’espagnol ou même le créole, la langue de la plantation… Car la liberté de la langue, c’est la poésie.

D’après lui, trois images siéent particulièrement bien à sa personnalité : le volcan, l’arbre et le laminaire, en référence au titre de son dernier recueil…
Le volcan, explosion des couches de souffrances dans une explosion de jouissance contre la pesanteur du monde… L’arbre et ses racines, que nous avons à retrouver, nous, enfants des quatre continents. Le tronc qui manifeste la force, la puissance, mais aussi la floraison et la fructification, car « l’identité est un fruit et non pas une racine », contrairement à ce que l’on croit souvent. Le laminaire, enfin, qui est une algue à fleur d’eau solidement accrochée à son rocher, proche du roseau de La Fontaine, symbolise la fragilité, la délicatesse, mais aussi une vraie fidélité au rocher, à sa terre. Dans cette approche, le laminaire est encore plus solide que le chêne de la fable. Ce que je traduis comme ceci : « calcule tes forces et fais confiance en ta fragilité ».

Quel héritage laisse-t-il aujourd’hui dans le cœur de ses compatriotes?
Aimé Césaire est parti au cimetière, avec derrière lui un peuple entier l’accompagnant à pied, « debout et libre » comme il le décrit à la fin du Cahier d’un retour au pays natal, son premier ouvrage écrit vers l’âge de 24 ans, alors qu’au début du poème il parlait d’ « une foule plate, étalée, qui ne sait pas faire foule ». C’était un merci spontané non à un père, mais bien à un fils de ce peuple enfin édifié. Son peuple l’a ainsi reconnu, comme lui a su le reconnaître, « parole due » malgré les siècles de silences imposés…
Propos recueillis par Anne-France Courvoisier


pierre aimar
Samedi 24 Janvier 2009
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