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16 Septembre 2008-11 Janvier 2009 - Marseille, Vieille Charité : Van Gogh - Monticelli

Rapprocher les oeuvres de Van Gogh et Monticelli pour permettre au public d'apprécier l'influence exercée par le maître marseillais sur le jeune hollandais du point de vue du choix des sujets,du traitement de la lumière,des formes, des couleurs,des empâtements,bref de tout un style puissant et expressif capable d'exprimer des émotions suscitées par des bouquets,des portraits ou des paysages,tel est l'enjeu de cette belle exposition


que Marie-Paule Vial,directrice des musées de Marseille,présente,cet automne,à la Vieille Charité,avec le soutien exceptionnel du Musée d'Orsay.Une exposition qui ne peut se visiter qu'en connaissance de cause,c'est à dire à la lumière de l'histoire de l'impressionnisme et de son évolution vers l'art abstrait.
       Après avoir peint dans la manière sombre,propre à l'école hollandaise,des paysages rustiques et des scènes paysannes,Van Gogh,arrivé à Paris en 1886 attiré par son frère Théo,y rencontre Degas,Monet,Sisley,et surtout Pissarro qui avait guidé Cézanne,Gauguin,et qui lui donne le conseil de pratiquer la division du ton,de la touche,et surtout d'éclaircir sa palette.Quittant Paris où il a étudié au Louvre Delacroix et Rembrandt,admiré les estampes japonaises,et découvert Monticelli auquel il va vouer désormais un véritable culte,Van Gogh décide alors de descendre vers la Provence ensoleillée pour pousuivre ses recherches sur la couleur.Il s'installe en Arles où il va peindre avec passion,à partir de 1888,ses chefs d'oeuvre:paysages,vergers,tournesols, autoportraits et portraits d'amis.A cette date,Monticelli est décédé depuis deux ans à Marseille dans une certaine indifférence.Elève de Ziem,de Diaz et de Loubon,il était connu à Paris pour sa réinterprétation de sujets du XVIIIème siècle,ses fêtes galantes,ses paysages,ses portraits,mais sa dernière période qui faisait surgir la forme de la matière picturale,de fonds brun-rouge délimités par des empâtements lourds de masses colorées,l'éloignait des préoccupations naturalistes,rompait avec toute retenue,et avait fini par déplaire à sa clientèle marseillaise soucieuse de conservatisme.En revanche,les écrivains qui l'admiraient sans réserve se nommaient Verlaine,Oscar Wilde,Montesquiou et Proust...
        C'est donc ce Monticelli là que Van Gogh vénère,un Monticelli qu'il n'a jamais pu rencontrer,sur la personnalité duquel il fait un véritable transfert puisqu'il rêve de se promener sur la Canebière,habillé exactement comme lui,arborant le grand air méridional,un peintre provocateur dont il va désormais imiter les audaces chromatiques dans une palette plus claire certes,mais avec des couleurs sans attache avec le réel,et surtout des taches,des tourbillons,des spirales,reflet de crises d'angoisse et de folie qui le poursuivront jusqu'au suicide.
        Les grands chefs d'oeuvre de Van Gogh ne figurent pas malheureusement dans cette exposition mais la confrontation intéressante de cinquante-six tableaux des deux peintres permet de montrer ce que le visionnaire Van Gogh décelait dans l'oeuvre de Monticelli:un peintre audacieux sur l'orchestration des couleurs ouvrant la voie à l'expressionnisme dans les portraits(cf Félix,1876) et à l'abstraction dans les paysages ou les bouquets.
Philippe Oualid.


pierre aimar
Lundi 15 Septembre 2008
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