Paris, galerie Les filles du calvaire : Julia Haumont « Dans ma robe, couleur du temps ». 12 mars - 25 avril 2026

La galerie Les filles du calvaire présente la première exposition de la sculptrice, céramiste et plasticienne Julia Haumont. « Dans ma robe, couleur du temps » s’intéresse à ce moment sensible où l’enfance bascule, entre craintes et désirs, non-dits et découvertes


Julia Haumont, Sans titre (sculpture n°41), 2025, faïence émaillée, 110 x 50 x 33 cm © Jimmy Seng Tristao

Au rez-de-chaussée, la sculpture domine. Une même figure, féminine et juvénile, se livre à des exercices de gymnastique, avec une certaine nonchalance, dont témoignent les postures relâchées ou les chaussettes dépareillées malgré leur harmonie de ton. Le spectateur assiste sans être vu à une séance d’étirement ou de pose, dont auraient captés et réunis au même endroit plusieurs des instants, suivant la pratique du dédoublement des corps et des épisodes dans la peinture. Ce serait la fin d’un cours de danse où seules des filles se seraient inscrites, où l’on répèterait une dernière figure tout en s’étirant, dans l’intimité paradoxale, à la fois collective et bienveillante, qu’offre le groupe, avant qu’apparaissent les premières pudeurs de l’adolescence. D’autres formes, sculptures aquatiques, rouge, bleue ou grise, évoquent le rococo des miroirs baroques, qui redoublent la question des corps et de leurs transformations.

Le passage à l’étage marque une transition aussi cruciale que subtile. Elle est celle d’une individuation du corps, puisqu’une seule sculpture apparaît d’abord, et, comme à l’orée de l’Eden, sans qu’on puisse savoir si elle y entre ou si elle en sort, d’une conscience nouvelle, celle de la nudité, des désirs et des regards. La jeune fille, mélancolique et tranquille, vient de revêtir une robe de mariée, peut-être celle de sa mère, qui lui aura autorisé à la mettre, par exemple pour égayer son anniversaire. Mais voilà qu’elle s’aperçoit que l’extraordinaire vêtement, celui du plus beau jour d’une vie, est déchiré au niveau du genou. Combien de questions s’engouffrent par ce pli, combien de craintes et de rêveries… Seule avec elles, la jeune fille voit soudain apparaître sur un mur un personnage nouveau, Arlequin dansant, reprise déjantée des papiers découpés d’Andersen, dont les yeux peints sur un masque-assiette, la regardent de haut, première présence masculine, quoique composée de formes utérines, désarticulée et distante, drolatique et pitoyable. En écho à cette déchirure fondamentale, une imposante composition textile et plusieurs gravures sur toile à beurre évoquent dans un registre plus coloré l’étoffement et la pluralité des identités. Plus loin encore, dans un cabinet noir, deux bassins déhanchés entrouvrent le monde de futures découvertes. Ils sont ceux d’une fille qui se veut peut-être grande mais ne l’est pas encore.

Julia Haumont, Sans titre (sculpture n°44), 2025, faïence émaillée, 126x 35 x 30 cm © Jimmy Seng Tristao / Julia Haumont, Sans titre (sculpture n°40), 2025, faïence émaillée, 88 x 30 x 50 cm © Jimmy Seng Tristao

Info+

Julia Haumont
Dans ma robe, couleur du temps
12 mars - 25 avril 2026

Les filles du calvaire
17 Rue des Filles du Calvaire
Paris 3e

Pierre Aimar
Mis en ligne le Dimanche 1 Février 2026 à 23:18 | Lu 40 fois
Pierre Aimar
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