Les Présages de la Forêt, 2025, Huile sur carton bois, 80 x 60 cm
Dans sa nouvelle exposition à la Galerie Prima, Anide (né en 1994, vit et travaille à Paris) s’empare d’un de ces motifs fondamentaux : l’image du Soleil Englouti. On la retrouve dans les mythes anciens où le Soleil descend chaque nuit dans le monde souterrain avant de renaître à l’aube ; avalé par un monstre, voilé par une éclipse, sacrifié pour que le cycle se poursuive. Sur le plan symbolique, cette image renvoie, chez Carl Gustav Jung, à une phase de retrait de la conscience : une immersion de l’ego dans l’inconscient, nécessaire au processus d’individuation.
L’alchimie, dans sa philosophie, parle du Lion Vert qui dévore le Soleil : la matière brute absorbant la lumière pour la transmuter. La physique contemporaine quant à elle révèle que les étoiles meurent pour engendrer les éléments de la vie, que la lumière naît de l’effondrement, que l’engloutissement n’est jamais un vide mais une transformation extrême.
A travers Kondratiev, Van Gennep ou Turner par exemples, les sciences économiques et sociales décrivent, elles aussi, des cycles de destruction et de recomposition où tout ordre nouveau surgit de la ruine de l’ancien. En ce sens, Le Soleil Englouti est plus qu’une image, il désigne une structure universelle des processus de transformation où aucune création ne s’opère sans perte, aucune naissance sans traversée de l’ombre.
Anide explore à travers sa peinture cet instant de bascule, cet entre-deux fragile, suspendu, où les repères vacillent. Ni jour, ni nuit. Ni mort, ni renaissance. Un temps d’attente, de silence, de densité. Chaque tableau est né d’une intuition, sans esquisse au préalable. Ici, Les couleurs deviennent des atmosphères, les dilutions des jeux de lumière et les effacements des invitations à explorer les dessous de la matière. Les formes surgissent puis se dissolvent et la peinture devient alors un espace liminal. Avec son travail, l’artiste nous invite à explorer cet état entre deux mondes. Car après tout, ne serait-ce pas le lieu le plus sincère de notre condition humaine ? Celui où l’on accepte de ne pas savoir ce qui vient, où l’on consent à la transformation sans en maîtriser l’issue.
Pour cette exposition, l’artiste étend sa démarche au-delà du mur. L’espace lui-même se fait traverser. Le sol obscur sur lequel le visiteur avance renforce la sensation d’entrer dans une zone intérieure, presque initiatique. Pour le vernissage, une bande sonore conçue par l’artiste accompagne l’arrivée dans l’exposition, installant un climat méditatif, comme si l’on entrait dans une phase nocturne avant un possible retour de l’aube.
Portrait d'Anide © DR
Info+
Anide, Le Soleil Englouti
Exposition du 29 janvier au 28 février 2026
Galerie Prima
13 rue Notre-Dame de Nazareth
Paris 3e
Exposition du 29 janvier au 28 février 2026
Galerie Prima
13 rue Notre-Dame de Nazareth
Paris 3e