Paris, Galerie Minsky : Karen Swami « Hana* is the new Kintsugi ». 5 juin - 18 juillet 2026

*Fleur


Adepte d’une “Céramique en mouvement”, Karen Swami s’approprie les techniques ancestrales pour en repousser les limites et faire naître de nouveaux possibles. Tout en s’inscrivant dans l’esprit du kintsugi, les œuvres qu’elle présente à la Galerie Minsky du 5 juin au 18 juillet en renouvellent la philosophie. Là où la
réparation à la laque saupoudrée d’or vient traditionnellement sublimer les fissures, l’artiste fait éclore des fleurs de porcelaine.
La blessure n’est pas seulement magnifiée, elle fait jaillir la vie.

Karen Swami s’est imposée dans l’univers de la céramique contemporaine avec des créations qui conjuguent élégance intemporelle, pureté des lignes et hardiesse technique. Son atelier est un champ d’expérimentation perpétuel où elle revisite les procédés anciens et en invente de nouveaux, qu’elle baptise de noms évocateurs. Ses “constellations”, ses “galuchats” ou ses “loquis”, aux effets inédits de surfaces et de couleurs, ont séduit les collectionneurs, les gale-ries d’art internationales comme les grandes maisons de luxe et d’excellence avec lesquelles elle a multiplié les collaborations (Dior, Cartier, Guerlain, L'Oréal, Bruno Moinard… ).

L’art de la métamorphose
Le kintsugi, cette technique japonaise de réparation qui consiste à sublimer les failles pour inscrire l’objet dans un nouveau cycle de vie est, depuis longtemps, l’un des champs d’expression privilégié de Karen Swami. Elle s’y est initiée en 2010 auprès de la céramiste Martine Rey et conserve systématiquement toutes les pièces qui se fissurent au cours du processus de fabrication. Après avoir pendant de nombreuses années exploré les possibilités de cette pratique séculaire, elle a souhaité la dépasser, dans un geste tant artistique que philosophique. En faisant jaillir des fleurs modelées à la main sur le fil d’or du kintsugi ou directement depuis les fissures de la matière, ce n’est plus seulement la cicatrice qu’elle magnifie, c’est la vie qu’elle fait éclore du sillon de la fracture. Genêts, tamaris et roses font non seule-ment renaître l’œuvre, ils la métamorphosent joyeusement.

Un souffle rococo
Cette nouvelle série marque une inflexion formelle notable dans l’œuvre de Karen Swami. Aux lignes épurées, sobres et parfaitement maîtrisées qui caractérisent ses céramiques, vient pour la première fois s’ajouter l’exubérance de l’ornement végétal. C’est comme un vent rococo qui souffle sur l’esprit zen ! La céramiste orchestre la rencontre des contraires, comme elle se plaît souvent à le faire. Avec ses “constellations”, elle jouait sur le contraste entre un extérieur brut et rugueux et un intérieur raffiné et chatoyant, évoquant la gangue qui abrite la pierre précieuse. Elle fait s’entrechoquer ici la rigueur de la forme et l’élan organique du vivant. Loin de rompre l’équilibre de ses pièces, les motifs floraux dialoguent harmonieusement avec la pureté des formes. Ils en soulignent poétiquement les tensions intérieures et les fragilités fécondes.
Karen Swami. Flo 12 (2026). Grès tourné, émaillé et doré à l’or fin. H. 10 ; D. 8 cm.

Pierre Aimar
Mis en ligne le Mercredi 13 Mai 2026 à 00:02 | Lu 42 fois
Pierre Aimar
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