Marseille, Théâtre du Lycée de l’Olivier : « Sono nato a 78 anni » (Né à 78 ans). Samedi 28 février 2026

Après son succès en Italie sous forme de lecture musicale, le livre 
« Sono nato a 78 anni » arrive sur scène en France dans un spectacle bouleversant, porté par la compagnie Bruys de rue.


© Jean Michel Melat-Coulet
Samedi 28 février, au Théâtre du Lycée de l’Olivier à Marseille, le public est venu nombreux.
20h30, les spectateurs s’installent, les lumières s’éteignent en même temps que les téléphones, le spectacle commence.

Sur scène, Vincenzo Lelleri.

Né à Rome en 1940, Vincenzo est abandonné à la naissance. Ballotté d’orphelinat en orphelinat, il est le « fils de personne ».
De son enfance, il ne lui reste rien. Ou rien que des traumatismes : la sévérité des institutions, la discipline implacable, les maltraitances, le manque d’affection, la solitude extrême, les sévices corporels, les humiliations.

Vincenzo est un homme seul, étranger à ses origines, étranger à lui-même. Son identité est un vaste océan de vide, peuplé d’une multitude de questions sans réponse.

Un jour, sa fille, Donata Lelleri, présente sur scène, décide de pousser la porte de ce passé et de partir à la recherche des origines de sa famille. Sans doute parce que comprendre est la seule manière de rejoindre ce père taiseux, peu à l’aise avec les sentiments.


Commence alors une quête faite de voyages, d’archives, de démarches administratives, d’attentes interminables, de découvertes et de bouleversements. Et derrière tout cela, il y a la peur de réveiller une douleur trop vive chez ce père fragilisé par l’âge.

Embarqué dans cette épopée familiale, le spectateur est tenu en haleine. Tantôt ému, tantôt attendri, tantôt amusé par l’espièglerie de ce petit garçon, terriblement attachant.
Très vite, on comprend que Vincenzo et Donata jouent leur propre rôle.

À leurs côtés, France Davin interprète la sœur avec une grande justesse, tandis que Stefano, présence rassurante, colore la pièce de chaudes mélodies à la guitare. À eux quatre, ils forment une cellule familiale réconfortante, ce socle solide qui a tant manqué à Vincenzo. De leur présence émane une unité enveloppante.

Il faut saluer le travail d’adaptation et d’écriture qui permet à ce livre de dépasser le simple témoignage pour devenir une véritable œuvre théâtrale, capable de faire passer l’intime à l’universel. La pièce explore de nombreuses thématiques : la filiation, l’identité, la transmission, les non-dits qui circulent d’une génération à l’autre, la résilience, le pardon. Le spectacle ne cède jamais ni à l’apitoiement ni au pathos. Au contraire, une forme de retenue rend l’émotion encore plus puissante.

Et puis il y a cette tendresse permanente qui traverse le récit. On comprend peu à peu que cette histoire n’est pas seulement celle d’un abandon, mais celle d’un geste d’amour. Le spectacle prend une dimension profondément lumineuse : il devient une adresse à une mère, une déclaration bouleversante sans accusation, un geste de pardon. Dans la voix de Vincenzo affleure celle du petit garçon qui vacille lorsqu’il trouve enfin la possibilité de dire « maman ».

La mise en scène de Jérôme Pastini accompagne cette délicatesse avec une grande justesse : les lumières, les respirations musicales, l’équilibre entre texte et intermèdes créent un espace d’intimité dans lequel le spectateur devient presque dépositaire de cette mémoire.

On ressort avec le sentiment d’avoir assisté à un processus vivant de réparation. C’est un spectacle d’une grande humanité, d’une intelligence sensible rare.

Vincenzo Lelleri Vanin prend vie sous nos yeux.

Vincenzo est le fils d’Ada.

Clémence Acar

Clémence Acar
Mis en ligne le Dimanche 1 Mars 2026 à 16:10 | Lu 130 fois
Clémence Acar
Dans la même rubrique :