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Visite d’été au Mucem Marseille : Capter l’envol d’un rêve, par Jacqueline Aimar

Le Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (Mucem) a ouvert le 7 juin 2013, au seuil de l’été. Pas vraiment le meilleur moment pour les musées, qu’on visite, c’est bien connu, les jours de pluie et plutôt aux temps froids. Eh bien là, c’est raté !


© Pierre Aimar
© Pierre Aimar
En ce superbe jour du 24 juillet, quand Marseille se pare d’une lumière à couper le souffle, le musée surgit sur son esplanade éblouissante déjà posé sur la mer. Et son très vaste hall ne désemplira pas pendant les 6 heures que nous passerons là.
Du haut des coursives, nous voyons des files incessantes, qui se renouvellent sans cesse, et découvrons au long de la visite qu’il fallait bien des dimensions et des couloirs, des canaux de circulation partout et des espaces de promenades au-dessus des canaux d’eau verte pour absorber un tel succès. Et encore avons-nous omis la terrasse et sa passerelle ensoleillée qui rejoint les jardins lumineux du Fort Saint-Jean.
Partout de l’espace, des espaces qui naissent les uns des autres et se multiplient à l’abri de cette séduisante dentelle de béton qui donne au bâtiment quelque chose de délicat et de féminin, d’aérien, entre ses canaux et la mer qui le dévore de partout par ses ouvertures.
Un superbe cadre pour un superbe rêve : capter l’envol infini des civilisations de tous ces pays qui ont pour lien commun mare nostrum, la Méditerranée, le bassin central, la source et vie et, disent les spécialistes, la source de toutes les civilisations.

Une visite-découverte
Au premier niveau, des objets, des images.
Le passé de ces pays et de leur mer au travers d’objets reconstitués, huttes et barques, outils et araires, pour une évocation de la vie, un peu sommaire. Mais aussi sur écran de superbes images des paysages qui sont l’essence de ces pays de Méditerranée, pins, oliviers et terres arides.
Le premier étage s’éclaire en une salle où de hauts rideaux transparents séparent seuls les différents thèmes. Des objets et des textes, une admirable déclaration des droits de l’homme qui affirme en ce lieu toute sa force et surtout sa nécessité pour que règne mieux la paix et l’équité entre les hommes, et là encore, un écran exerce toute sa force d’image et séduit, c’est incontestable les enfants déjà sensibilisés par leur contexte de vie.
Au rayon œuvres d’art, quelques statues, de belles toiles pour évoquer les ports et la mer et tout un chapitre les guerres et conflits qui donne vie à un passé récent, dont la présence surprend un peu.
On regrette quelque peu l’absence de témoignages venus de la Grèce par qui tout a commencé, de Rome et du Maghreb ; on attendait Tipasa et peut-être Camus, (il y a eu des conférences), on regrette l’absence de vues de Tunisie, un regard sur l’Espagne, la Sicile, Malte et Chypre, et sur les belles ruines de Turquie et de Lybie : quelques sites qui résumeraient plus largement ce monde antique.

La tâche aurait été trop vaste, on le voit bien. Autour de ce bassin, longtemps centre du monde et de la Civilisation tout est important et significatif ; mais passé et lointain. Il aurait fallu le regard de Fernand Braudel. Mais il était impossible et sans doute déjà élaboré dans les grands musées d’Espagne et de Grèce et surtout d’Italie. Car tout ce passé est trop riche et trop divers, trop chargé de sens : car le lien entre ces mondes d’autour la mer est issu du passé qui en a clamé la force, plus que de notre présent à la fois disparate et rendu uniforme par la banalisation des styles de vie.

Le Mucem, un musée des civilisations du XXIe siècle
Au Mucem, c’est un regard plus moderne qui a été choisi, regard sur ce temps des années 2000, et des décennies précédentes où se mêlent le passé récent par l’histoire et ses guerres, et quelques témoignages généraux sur un passé commun. Bref, un regard différent sans doute plus accessible à tous, à base d’un passé proche.

Quoi qu’il en soit, ce superbe décor et ses vastes espaces sont absolument à voir, permettant un tour d’horizon où chacun peut trouver d’où il vient, qui il se sent et d’où il croit venir. Le visiteur se déplace dans des coursives de dentelle suspendues sur le vide au-dessus de eaux ; il traverse d’ondulants reflets d’eau et d’acier, des reflets qui se reflètent entre eux créant un monde à la fois illusoire et infiniment répété ; doit-il pour autant se sentir éternel ?
Pour le reste, laissons-nous éblouir jusqu’à la terrasse, là-haut, qui offre aux yeux de tous une mer bleue à l’infini et si vivante, qui peut encore donner aux hommes bien des rêves à fourbir.
Jacqueline Aimar



Pierre Aimar
Vendredi 26 Juillet 2013
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