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Valadon, Utrillo et Utter, la trinité maudite – entre Paris et Saint-Bernard, 1909-1939, du 16 octobre au 12 février 2012 au musée Paul Dini, Villefranche

Le Musée Paul-Dini, musée municipal de Villefranche-sur-Saône développe sa politique annuelle d’exposition autour des artistes ayant un lien de vie ou de travail avec Rhône-Alpes. Afin de célébrer les dix ans du musée, l’exposition Valadon, Utrillo, Utter. Entre Paris et Saint-Bernard propose une sélection d’oeuvres réalisées par les artistes de 1909 à 1939, entre la rue Cortot et leur lieu de villégiature à Saint-Bernard (Ain).


André Utter, Paysage en Beaujolais, 1927. Huile sur toile, 33 x 41,5 cm. Musée Paul-Dini, musée municipal de Villefranche-sur-Saône
André Utter, Paysage en Beaujolais, 1927. Huile sur toile, 33 x 41,5 cm. Musée Paul-Dini, musée municipal de Villefranche-sur-Saône
Utrillo, Valadon, Utter tissent en effet un réseau d’amitiés stimulant certains artistes de la région Rhône-Alpes. L’exposition retrace l’histoire de leur rencontre et de leurs amis artistes et écrivains. Elle rassemble 150 peintures dont 40 oeuvres de la collection du musée de Villefranche ainsi qu’une centaine de documents, 10 oeuvres graphiques et une trentaine de photographies de Blanc-Demilly. Les prêts viennent de collections particulières lyonnaises et parisiennes et des collections publiques (MNAM-Centre Georges Pompidou, MAM, Ville de Paris, MBA de Lyon, les musées de Nancy, Bourg-en-Bresse, Brest, Nevers, Caen, Montpellier, Nantes, Tournus, Cambrai, Cosne-sur-Loire, Petit-Palais de Genève).

« La Trinité maudite »

Depuis près de cinquante ans, de nombreuses expositions ont été consacrées aux trois peintres Maurice Utrillo, André Utter et Suzanne Valadon. À l’instar de ces expositions, celle que le musée Paul-Dini organise à présent invite à parcourir les lieux de création de ces trois artistes intimement liés – Saint-Bernard (Ain) et Paris (rue Cortot) – grâce à une sélection d’oeuvres réalisées de 1909 (année de la rencontre d’André Utter et de Suzanne Valadon) à 1939, le conflit mondial imposant une suspension des expositions.

Les relations tumultueuses des trois artistes ont donné naissance à l’expression « La Trinité maudite ». Cette « trinité », atypique et bohème, est au centre de l’univers artistique parisien et lyonnais des années 1910-1930. Au lendemain de la guerre, Maurice Utrillo, sa mère Suzanne Valadon, et son beau-père André Utter, de passage chez des amis à Anse, découvrent avec bonheur les bords de Saône. En 1923, ils achètent le château de Saint-Bernard, qui surplombe la Saône. Les trois artistes y reçoivent de nombreux amis et y travaillent, chacun ayant son atelier : Utrillo, dans le bâtiment près du porche d’entrée (aile détruite aujourd’hui) ; Utter et Valadon, dans la tour à des étages différents.

Les amis qui leur rendent souvent visite sont le peintre Georges Kars et son épouse Nora, les critiques d’art George Besson, Georges Charensol, Robert Rey, André Warnod. Les photographes Théodore Blanc et Antoine Demilly, résidant tous deux dans la région, nous permettent de percevoir l’importance de ce lieu dans la vie de certaines personnalités littéraires, politiques et artistiques lyonnaises dont le maire de Lyon Édouard Herriot et l’homme de lettres Marius Mermillon, entouré de peintres et de sculpteurs lyonnais. Nombre de toiles des trois artistes ont pour thème le château et ses alentours, thème prisé chez les avant-gardistes, aussi la « bande à Mermillon » s’intéresse-t-elle attentivement à leur production, particulièrement à celle de Suzanne Valadon qui devient la marraine en art de Georges Salendre tandis que Maurice Utrillo, devient le filleul de Charles Sénard. Pierre Combet-Descombes décrit ainsi ce dimanche d’octobre 1928, jour de la remise de la Légion d’honneur à Utrillo : « Le château de Saint-Bernard […] Voici une galerie florentine et voilà la terrasse qui domine la douce et calme Saône. Charles Sénard vient d’épingler la croix sur la poitrine de Maurice Utrillo […] Et maintenant, autour de la longue table de ce restaurant du bord de l’eau, nous sommes réunis ». La bonne humeur d’Utter ainsi que la réputation du trio contribuent largement à faciliter leur insertion dans la communauté du marché de l’art lyonnais de l’entre-deux-guerres.

De plus, « La Trinité maudite » n’est pas indifférente à la peinture lyonnaise et participe volontiers aux expositions de la galerie des Archers et aux Salons du Sud-Est. Les peintres Adrien Bas, Émile Didier, Louis Bouquet, Pierre Combet-Descombes, Claude Dalbanne, Jacques Laplace, Étienne Morillon, Antonin Ponchon, Georges-Albert Tresch, dit Albert Tresch, et le sculpteur Marcel Gimond se rassemblent pour exposer à la galerie Saint-Pierre et créent une identité artistique au sein du collectif Ziniar. Le groupe Ziniar est soutenu par les critiques d’art Henri Béraud et Marius Mermillon qui, admirateurs des oeuvres de Paul Cézanne et d’André Derain, défendent la peinture indépendante et invitent ce dernier ainsi que Fernand Léger et Henri Matisse à exposer aux côtés de leurs protégés.

Le groupe se disloque en 1924 mais contribue un an plus tard à la naissance à Lyon du Salon du Sud-Est.
Les écrivains Joseph Jolinon, Marius Mermillon et Gabriel Chevallier participent, en 1925, à la création de l’Union régionale des arts plastiques, chargée d’organiser à Lyon un nouvel événement artistique, le Salon du Sud-Est, ceci en réaction contre la Société lyonnaise des beaux-arts et surtout contre le Salon d’automne, qu’ils estiment favoriser l’avant-garde.
Le Salon du Sud-Est conviera ainsi André Derain, Raoul Dufy, Othon Friesz, Claude Monet, Auguste Renoir, Albert André, Paul Signac, Pierre Bonnard aux côtés des artistes lyonnais. L’envergure des expositions des impressionnistes (1926) et des néoimpressionnistes (sous la présidence de P. Signac) et de l’art nègre en 1927, démontre leur désir d’offrir au public un regard sur la peinture moderne tout en soutenant la peinture lyonnaise avec les rétrospectives d’Adrien Bas (1928) ou de Charles Sénard (1937).
Fervent partisan du trio Valadon-Utter et Utrillo, Marius Mermillon est à l’origine avec George Besson de la galerie des Archers au 10 rue de l’Hôtel-de-Ville à Lyon, en 1927. Un an plus tôt, il lance Les Arts à Lyon, une revue d’avant-garde lyonnaise éphémère. Henri Béraud, l’un des principaux collaborateurs de cette revue et auteur de L’École moderne de peinture lyonnaise (1912), tout en résidant à Paris demeure fidèle à ses amis lyonnais. C’est ainsi que Béraud introduit Mermillon dans les cercles littéraires et artistiques, notamment en 1922 auprès de George Besson qui dirige alors la publication bimestrielle Les Cahiers d’aujourd’hui et qui soutiendra les Lyonnais. Besson convainc ses amis peintres parisiens de descendre à Lyon pour présenter leurs oeuvres, renforçant les mouvements d’échanges, d’influences…
À partir de 1933, Suzanne fréquente moins Saint-Bernard alors qu’Utrillo, époux de Lucie Valore, n’y vient plus du tout depuis 1935. Utter y séjourne souvent seul et s’y trouve quand Suzanne s’éteint à Paris en 1938. Il y vit pendant la guerre et ne vend le château que fin 1945, trois ans avant sa mort. Le décès d’Utrillo, en 1955, referme l’histoire du trio pictural mais laisse son empreinte sur l’histoire de la peinture lyonnaise.

Pratique

Musée Paul-Dini
2 place Faubert
69400 Villefranche-sur-Saône
tél. : 04 74 68 33 70
fax : 04 74 62 35 13
musee.pauldini@villefranche.net
www.musee-paul-dini.com

horaires d’ouverture
le mercredi de 13h30 à 18h
les jeudi et vendredi de 10h à 12h30 et de 13h30 à 18h
samedi et dimanche de 14h30 à 18h
le musée est fermé le lundi, le mardi, le mercredi matin, les jours fériés (24 avril, 1er et 8 mai, 2 juin, 14 juillet et 15 août 2011)
et du 24 décembre 2011 au 1er janvier 2012


Pierre Aimar
Lundi 3 Octobre 2011
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