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Un Pied dans le Crime, d’Eugène Labiche, avec Dominique Pinon et Philippe Torreton, théâtre de Privas (07), les 24 et 25 février 2011

M. Gaudiband et M. de Blancafort, citoyens d’Antony, sont voisins. Après avoir eu, pendant de longues années, de très amicales relations, les deux hommes se sont brouillés. Blancafort reproche à Gaudiband les miaulements de son chat et la nudité des statues qui ornent son jardin. Pour sa part, Gaudiband se plaint d’un noisetier dont les feuillages débordent sur son terrain, et des pigeons de son voisin qui viennent picorer les légumes de son potager. Il décide de réagir : il tirera sur les pigeons de Blancafort.


Un pied dans le crime, Eugène Labiche © DR
Un pied dans le crime, Eugène Labiche © DR
Sur ces entrefaites, arrivent, comme prévu, M. et Mme Gatinais, ainsi que leur fille Julie, qui doivent passer quelques jours chez lui. Gaudiband raconte à Gatinais ses soucis de voisinage : ils ont fini par devenir sérieux puisque Blancafort vient de provoquer Gaudiband en duel. Gatinais s’emploie à régler ce conflit et il y parvient d’autant plus aisément qu’il reconnaît en Blancafort l’homme qui lui a jadis sauvé la vie. On trouve un compromis : Blancafort renonce à toute idée de duel.
De son côté, Gatinais s’engage à rendre les statues plus décentes et à se débarrasser du chat. Rentré chez son ami Gaudiband, Gatinais s’empare discrètement de son fusil de chasse qu’il bourre à l’aide d’un morceau de journal froissé et d’une noisette, ce qui lui permettra d’estourbir le félin.

A propos de la pièce, par Jean-Louis Benoit, mars 2010

Voilà une importante comédie de Labiche totalement méconnue. Depuis son triomphe en 1866 au Palais-Royal, elle n’a pour ainsi dire jamais été montée. De ses grandes pièces en trois actes, sont toujours privilégiées Le Chapeau de paille d’Italie, La Cagnotte, Le Prix Martin, jamais Un Pied dans le crime.

Lorsqu’en 1995, je montai à la Comédie-Française Moi, je livrai au public une pièce qu’il n’avait jamais vue représentée et dont il découvrait le comique cruel et un tantinet cynique. Il en fut de même avec La Clé montée par Jacques Lassalle.

Choisir Un Pied dans le crime c’est donc avant tout aller à la découverte d’une oeuvre de la maturité injustement oubliée parmi des succès comiques qui firent les délices des spectateurs entre le Coup d’Etat de Napoléon III et la République. On sait depuis longtemps que Labiche ne fût pas un simple amuseur : « Je me suis adonné presque exclusivement à l’étude du bourgeois, du « philistin ». Cet animal offre des ressources sans nombre à qui sait le voir. Il est inépuisable. C’est une perle de bêtise qu’on peut monter de toutes les façons. » Un Pied dans le crime illustre à merveille ces confidences qu’il fit en fin de carrière.

Cette comédie-vaudeville que nous nous proposons de monter est irrésistible. Comme toutes les grandes comédies, elle exploite une situation tragique : le cas de conscience d’un juge appelé à juger un crime dont il est lui-même l’auteur. De surcroît, le criminel s’avère être l’homme qui lui a sauvé la vie il y a quelques années. Quiproquos, situations d’une drôlerie insolite, férocité des rapports entre les personnages, « vacheries » incessantes, mufleries impitoyables, et sensualité qui vient démentir l’opinion trop répandue selon laquelle Labiche en mêlerait trop peu à ses intrigues. Nos bourgeois d’Un Pied dans le crime ont des tentations bien polissonnes et font preuve d’un goût très prononcé pour la gaudriole : « Elle est ravissante… Ça me goûte. »

Un Pied dans le crime est une comédie-vaudeville, c’est à dire ayant des parties chantées. Je les respecterai, bien sûr. Les décors participeront de ce que j’aimerais appeler la « légèreté » de la représentation. Nous ne chercherons pas à reproduire le réalisme bourgeois du second empire, mais nous nous amuserons à l’évoquer, à le « reconstruire » dans les costumes et les décors, les maquillages et les coiffures, trognes crevantes à la Daumier.

Tout contribuera à ce que nous nous divertissions avec ce « cauchemar gai. »

Un Pied dans le Crime, d’Eugène Labiche (écrite en collaboration avec Adolphe Choler)

Mise en scène Jean-Louis Benoit
Avec
Philippe Torreton Gatinais
Dominique Pinon Gaudiband
Jean-Pol Dubois Poteu, Maître Bavay
Luc Tremblais Edgard Vermillon
Valérie Keruzoré Madame Gatinais
Louis Merino Geindard
Karen Rencurel Une serveuse et Marguerite
Véronique Dossetto Lucette
Carole Malinaud Julie

Décors Jean Haas
Costumes Marie Sartoux
Lumières Jean-Pascal Pracht
Musique Etienne Perruchon
Maquillage et perruques
Cécile Kretschmar
Son Jérémie Tison
Assistant à la mise en scène Antoine Benoit
Production Théâtre National de Marseille La Criée
Avec le soutien du Théâtre National de Bordeaux en Aquitaine
Création Théâtre National de Bordeaux en Aquitaine, 6 octobre 2010
Représenté pour la première fois à Paris, au Théâtre du Palais-Royal le 21 août 1866.


Pierre Aimar
Vendredi 21 Janvier 2011
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