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Un Barbier de qualité à l'Opéra de Monte-Carlo

Quand le cinéma s'invite chez Rossini, on rase en musique


Barbier de Séville © Alain Hanel
Barbier de Séville © Alain Hanel

Un maelström de spiritualité et de drôlerie

Que peut-on dire de neuf avec l'opéra sans doute le plus connu de Rossini et de tout le répertoire lyrique en général ? Parfois rien, parfois beaucoup avec un peu d'idée et du talent.
D'une intrigue rabâchée, Adriano Sivinia vient d'en tirer la substantifique moelle avec un à-propos, un punch, un bonheur rare.
Importé de Lausanne, son spectacle présenté en ce mois de mars sur la scène de Garnier place habilement l'action dans un studio de cinéma, et emporte tout sur son passage dans un maelström de spiritualité, de drôlerie, où la facilité et le mauvais goût sont absents.
Les intentions théâtrales voulues par le compositeur, si parfaitement inscrites dans la partition, permettent à Sivinia de signer un show raffiné, un "musical" en perpétuel mouvement, avec des traits d'acteurs, des jeux de scène d'un goût mesuré qui mettent en joie les sens et l'esprit.
Plus que jamais se sent ici une certaine culture de la "comedia del arte", certes modernisée avec Vespa, Fiat 500... ou ce final surréaliste digne de Cinecittà, mais toujours irriguée par un respect actif de la musique du Maître de Pesaro.
Dans d'astucieux décors d'Enzo Iorio (qui au passage campe un acrobatique serviteur alla Charlot) certes plus italiens que vraiment sévillans, les personnages évoluent avec un sens maîtrisé de la psychologie amoureuse, sans donner dans l'excès de la bouffonnerie (sauf peut-être dans la fameuse leçon de chat ou le longuet rasage de Bartolo), ni dans une complexe réflexion lacaniste ou freudienne.
Ce ton, Corrado Rovaris l'adopte d'emblée, comme un complice du metteur en scène. La musique s'élève donc de la fosse, proche d'un Rossini à la Mozart, doux et profond, sobre et élégant.
Cette lecture éclaire ce "Barbier" d'une lumière fort attachante. On connaît aussi l'attention que ce chef prodigue au plateau. L'osmose est parfaite. Tous les chanteurs réunis adoptent et vivent au mieux cet esprit avec un talent qui d'un coup paraît neuf.
La distribution est, encore une fois, dominée par le rôle titre. Mario Cassi y fait preuve d'une autorité, d'une santé vocale gouailleuse extraordinaires, vrai Deus Ex Machina joyeux dans son chant charnu, et plein d'abattage dans son jeu jamais outré ou vulgaire.
A ses côtés, Dmitri Korchak chante un Comte d'une rare élégance, au timbre viril, et surtout une ligne de chant somptueusement teintée de nuances d'une réelle beauté.
La salle a eu d'emblée pour Rosine les yeux d'Almaviva. Roulant son monde dans la pâte à pizza de belle manière, Annalisa Stroppa, mutine, gracieuse et fine comme un Saxe, joue de sa légèreté d'oiseau, de son sourire lumineux pour encore mieux nous séduire avec ses vocalises sûres et habiles et mettre dans sa poche partenaires... et public !
Ces deux artistes forment en outre un couple espiègle, vif, intelligent, d'une élégante connivence et modernité.
Si Bruno de Simone a le mérite de ne pas trop en faire en Bartolo, Deyan Vatchkov ne verse pas dans la charge avec l'air de "la calomnie" ... qui pourtant en a terrorisé plus d'un en ce soir de première avec ces graves caverneux dignes de la Grotte de Fingal !
Excellente participation d'Annunziata Vestri qui ne fait qu'une bouchée de l'air, souvent supprimé, de Berta, percutant Fiorello de Gabriele Ribis.

Reste donc pour l'oreille et le coeur le souvenir d'une très jolie et tourbillonnante soirée de vrai bel canto, à l'irrésistible "italiannità" pour un spectacle jubilatoire à consommer sans modération.
Christian Colombeau


Christian Colombeau
Mardi 28 Mars 2017
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