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Survage. Les années Collioure : 1925-1932, Musée d’art moderne de Collioure du 16 juin au 30 septembre 2012

Le Musée d’art moderne de Collioure présente du 16 juin au 30 septembre une exposition exceptionnelle consacrée au peintre français d’origine russe Léopold Survage (1879-1968).


Paysage du Roussillon, 1926, Huile sur toile, 88,9 x 115,6 cm - Collection RDM Fine Art
Paysage du Roussillon, 1926, Huile sur toile, 88,9 x 115,6 cm - Collection RDM Fine Art
De 1925 à 1932, Survage, à la suite de Matisse et Derain avant-guerre, s’installe régulièrement à Collioure où il se confronte à la vie et à la lumière méditerranéennes qui le fascinent tant. Ville mythique dans l’histoire de l’art, Collioure et sa vie quotidienne, notamment à travers la présence des femmes, va permettre au peintre de se réinventer et de dépasser les impasses dans lesquelles il se sentait engagé depuis le début des années vingt.

Cette exposition réunit un très bel ensemble de 62 oeuvres, certaines montrées pour la première fois, et issues de collections publiques et privées, françaises et internationales.

Un peintre des avant-gardes, de Moscou à Paris

Né à Moscou en 1879, Léopold Survage y débute sa carrière artistique sous le signe des ruptures, d’abord avec son père, puis avec son milieu social en participant aux événements de 1905, puis en quittant définitivement Moscou et la Russie en 1908.
Le jeune peintre arrive à Paris où il s’inscrit à l’Académie de Matisse avant de participer aux différents courants de l’Ecole de Paris. Le premier éblouissement arrive en 1910 quand Survage découvre l’Atlantique qui lui inspirera en 1912 son oeuvre Le Rythme Coloré, première pensée d’une peinture libérée de son support pour devenir projection lumineuse.

De l’éblouissement de la lumière à un retour à l’ordre

Le déclenchement de la première guerre mondiale l’empêche toutefois de mener à bien cette voie. Survage, non mobilisé pour raisons de santé, part alors pour Nice où il découvre la lumière méditerranéenne qui le marque profondément, lui le peintre du Nord !
L’artiste puise dans cette ville une palette réinventée (roses, bleus du ciel et de la mer, vert profond, jaune strident, orange et rouge éclatants) et réalise une peinture onirique qui, avec celle de De Chirico et Chagall, ouvrira la voie à la peinture surréaliste.
De retour à Paris en 1919, Survage abandonne la sensualité heureuse de la couleur pour des tons sourds – gris, ocre, bruns ponctués de rouges orangés et de verts – qui soulignent la rigueur linéaire de la construction.
A la suite de Picasso et Derain, cédant lui aussi « à ce sentiment d’être allé trop loin », Survage ressent le devoir, par-delà les inventions du cubisme, de l’art abstrait, de renouer avec la tradition de la peinture. Il revient au sujet académique et à la figure classique et sent bientôt l’impasse de cette impossible fusion entre le retour aux sources et la modernité.

Les années Collioure : la ligne dans la lumière antique

C’est dans ce contexte que Survage part à Collioure, comme Matisse ou Derain, vingt ans plus tôt. Dans l’intensité des couleurs qui avaient marqué le début du Fauvisme de Matisse, Survage perçoit le resurgissement de la tragédie antique, la présence vivante des mythes, entre ombre et soleil.
Comme pour Picasso, la lumière de la Catalogne ressuscite en lui le mythe grec. Peu à peu libéré des contraintes néo-classiques qu’il s’était imposées, Survage se sert de Collioure comme de prétexte, voire de révélateur pour intervenir dans la trajectoire créative, plastique et intellectuelle du moment. C’est à Collioure, entre 1925 et 1932, que Survage va redevenir l’expérimentateur d’une peinture qui se réclame autant du contenu spirituel de Gauguin que des moyens plastiques de Cézanne.

Il se concentre essentiellement sur les métiers féminins et les sacralise autour des thèmes essentiels que sont les pêcheuses, les marchandes de poissons, les porteuses, mais aussi autour des pleureuses et des femmes à la fenêtre.
Avec des pièces remarquables encore jamais montrées que sont les deux Pêcheuses de 1925, (collection particulière) les représentant comme des sortes de cariatides sorties tout droit de la Grèce Antique. Il est aussi à remarquer la grande et émouvante beauté des Pêcheuses 1925 de la collection du Arts Club of Chicago, jamais présentées en dehors de cette collection et représentées telles qu’elles étaient avec leurs vêtements, les foulards et espadrilles, émanation de femmes du peuple et déesses divines à la fois.


Pierre Aimar
Jeudi 17 Mai 2012
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