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Shakespeare et la maison de Molière toujours d'actualité

Deux coffrets à prix très doux pour tous les amateurs de vrai théâtre. Par Christian Collombeau


Le gratin des comédiens français et anglais

Shakespeare et la maison de Molière toujours d'actualité
Shakespeare et La Comédie-Française se portent plutôt bien aux Editions Montparnasse. Voici la parution simultanée de deux beaux coffrets regroupant une première fournée des comédies de Shakespeare et une superbe collection finement présentée des pièces enregistrées par les comédiens français entre 1964 et 1985. On connaît d’ailleurs certaines captations toutes tirées des archives de l’INA.
A tout seigneur, tout honneur : Shakespeare. Et c’est avec plaisir et bonheur que l’on regarde ces cinq comédies (fort peu connues en France) adaptées entre 1978 et 1985 par la BBC. Avec étonnement et surprise l’on découvre des acteurs mythiques, certains à leur début de carrière : Roger Daltrey dans la Comédie des erreurs, John Cleese dans la Mégère apprivoisée, Helen Mirren ou Peter MacEnery dans le Songe d’une nuit d’été.
Les mises en scène de Jonathan Miller ou Elijah Moshinsky, certaines transposées avec intelligence, sont intemporelles. Jamais le conflit entre amour et amitié, ces mises en abysse pleines d’esprit, poétiques, un rien sophistiquées ne sont autant apparues dans leur vérité première, leur cruauté, leur ambiguïté. John Cleese en Petrucchio éclate littéralement dans un rôle dans lequel on ne l’attend pas. Dans le voyage au bout d’une nuit d’été entre rêve et réalité, Helen Mirren (à peine sortie du Caligula de Tinto Brass) dessine la plus fine, la plus poétique, la plus mystérieuse des Titania.
Accompagné d’un livret de quinze pages qui résumé en gros l’institution de la première scène hexagonale, l’écrin rouge et blanc réunit, en vingt-cinq Dvds les plus mythiques de la Comédie-Française. On connait presque par cœur les Feydeau, Labiche qui côtoient le Lorenzaccio de Francis Huster, l’Avare de Michel Aumont, le Tartuffe de Robert Hirsch…
Tout, tout, tout, vous saurez tout sur ces mises en scène d’une rare élégance. Dans les exquis Acteurs de bonne foi de Marivaux éclatent Denise Gence et Yvonne Gaudeau, pétillantes de verve et d’abattage dans la mise en scène inspirée de Jean-Luc Boutté.
Horace de Corneille voit le triomphe de François Beaulieu, superbe de crâne patriotisme, mais aussi la Camille d’une rare violence de Ludmilla Mikaël. L’émotion est à son sommet en revoyant Michel Etcheverry en vieil Horace ou Simon Eine, Tulle d’une glaciale et impériale autorité.
De référence aussi Les Femmes savantes signées Jean-Paul Roussillon. Jean-Luc Boutté et Jacques Sereys campent de nauséeux et ridicules Trissotin et Vadius. Denise Gence sort sa Belise des cruches traditionnelles face à un Louis Arbessier, Chrysale à la fausse autorité, berné de bout en bout par ses pécores.
On peut ne pas adhérer complètement au Malade imaginaire. Non pas pour Jacques Charon et sa complice Françoise Seigner (Toinette accorte et pétulante) mais plutôt pour la mise en scène de Jean-Laurent Cochet. Trop de silences, de clins d’œil, de non-dits, de soupirs, de temps morts comme pour mieux laisser soudain éclater les fureurs d’un Purgon tout droit sorti d’un film d’horreur vintage (inoubliable Georges Descrières). On a l’impression d’une douche écossaise. Encore une fois l’entourage est de luxe avec Simon Eine, Bérangère Dautun ou Catherine Hiegel.
Des raretés, comme le Cardinal d’Espagne de Montherlant regroupant le gratin des tragédiens de l’époque : Henri Rollan ou André Falcon, seul vrai rival à Gérard Philipe, méritent de par le texte et le sujet soulevé respect et admiration.
Bref, des pépites d’or brut. A prix très doux. Qui devraient figurer dans tous les conservatoires, les écoles, les musées, chez vous. Partout.


Christian Colombeau
Mercredi 17 Octobre 2012
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