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Shahabuddin à la Galerie 22 à Cabrières d’Avignon (84) du 15 juillet au 14 août 2011

Ayant jadis pris les armes pour faire advenir un Bengale indépendant et chasser l'autoritaire frère ennemi, le Pakistan, Shahabuddin est également un lutteur en peinture. Originaire du Bangladesh, avant de s'installer à Paris, il a donc vécu la terrible expérience de l'aliénation culturelle et la grande frustration de l'identité menacée, avant de s'engager dans le combat pour la liberté aux côtés du Cheik Mujibur Rahman.


Shahabuddin à la Galerie 22 à Cabrières d’Avignon (84) du 15 juillet au 14 août 2011
Jusqu'à la victoire des justes, il a par conséquent connu les affres et les ivresses du "freedom fighter", mais cette épopée à marqué sa mémoire.
Aussi,, il n'est pas étonnant que sa peinture se soit focalisée autour des vertiges bousculés du corps en action, membres arc-boutés et muscles saillants, jusqu'au paroxysme de l'effort et de la souffrance.
Athlètes dans leur élan ou guerriers à l'affût généralement nus, fauves écornés ou chiens batailleurs, danseurs en suspens ou voyageurs errants, femmes à la lourde démarche ou groupes humains en fuite, tout ici traduit simultanément la puissance irrépressible du mouvement et une violence crue. Néanmoins, ces figures incarnées ne s'offrent jamais dans leur concrétude, mais se profilent dans les spasmes de la matière, les chairs desquamées et fissurées, presque clandestines. Alors, au sein de ce conflit porté et ressenti, sanglé d'arrachements organiques, Shahabuddin se concentre sur l'essentiel du rendu, à travers une quête des profondeurs et du tranchant de la sensation, où s'impose une expression à vif, c'està- dire proche de l'expressionnisme, en ce qu'elle s'attache à révéler la face cachée de l'être.
Toutefois, cet itinéraire ne rend pas seulement compte d'une crispation existentielle sous la bannière du mouvement, mais délivre un hommage permanent aux plus illustres libérateurs, comme Mujibur Rahman ou le Mahatma Gandhi, quand il ne s'agit pas des hommes, sommets de la littérature, tel Rabîndranâth Tagore, échos de la mythologie intime de l'artiste, qui place la poétique au même rang que la politique dans l'art d'être debout. Et sa manière de cerner les personnages entrés de plain-pied dans l'histoire, n'a rien d'un célébration affectée magnifiant la mémoire officielle, car ses compositions en puissance les montrent aussi en humanité. Maintenant, en toutes circonstances, sa technique s'appuie sur les sommations d'un geste fusant, à la fois ramassé et remué, dont les dérèglements dirigés cristallisent une mise en page effervescente et retenue, où les enjeux de la forme s'accordent aux contrastent onctueux de la matière-couleur, en mêlant la force et la fluidité. Cependant, au-delà des connotations idéologiques d'une histoire personnelle et des interprétations sémantiques, Shahabuddin nous parle d'un monde qui nous prend et nous tient, homme, terre, corps et esprit. Arrivé aujourd'hui au faîte de son art, il n'en finit pas de dévoiler une oeuvre à son image, farouchement indépendante, âpre et drue comme la vie, témoignage de tous les combats qui sont les âmes des corps.
Gérard Xuriguera

Galerie 22
267 route de Gordes
Coustellet
84220 Cabrières d’Avignon
+33 (0) 490 718 506 +33 (0) 607 669 341 / galerie_jamoz22@yahoo.fr / www.jamoz22.com


Pierre Aimar
Samedi 2 Juillet 2011
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