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Scoop, une histoire graphique de la presse, Musée de l'Imprimerie, Lyon, du 8 octobre 2015 au 21 janvier 2016

Le Musée de l’imprimerie raconte 400 ans d’histoire des journaux quotidiens. En 2008, le collectionneur lyonnais Bernard Gelin offrait au Musée de l’imprimerie et de la communication graphique un fonds d’environ 30 000 journaux français et étrangers.


Virtuosité de la mise en page : Vu, 14 novembre 1936, numéro spécial hors-série, célébrant « L’Aviation, garantie de la sécurité, prospérité, liberté », par une mise en page oblique, en « drapeau » des photographies.
Virtuosité de la mise en page : Vu, 14 novembre 1936, numéro spécial hors-série, célébrant « L’Aviation, garantie de la sécurité, prospérité, liberté », par une mise en page oblique, en « drapeau » des photographies.
La partie française — la seule dont le catalogage est achevé — représente 5 473 titres, dont 3 201 de quotidiens (y compris ceux qui paraissent cinq fois par semaine) et 14 173 exem- plaires (dont 10 930 de quotidiens ou assimilés).
Une aubaine pour le Musée puisque l’ensemble comprend des exemplaires des tout premiers journaux français et qu’il est particulièrement étoffé pour certaines périodes de l’histoire de France, marquées par une intense effervescence de la presse, telles la Révolution française, celle de 1848, la Commune de Paris, les Grandes Guerres… Beaucoup de journaux édités à ces moments cruciaux sont absents des collections publiques ; les exemplaires de la collection Gelin constituent ainsi, pour l’historien, de substantiels compléments.

Raconter l’histoire graphique de la presse
Outre l’intérêt de redécouvrir, au fil des pages, les événements qui ont marqué l’actualité nationale ou internationale, l’intérêt de cette collection exceptionnelle est de montrer l’évolution graphique de ce produit éditorial si particulier qu’est le quotidien.
Entre les premières gazettes qui ressemblent trait pour trait à une page de livre, et l’écran de notre tablette où l’actualité s’affiche désormais plusieurs fois par jour, les journaux ont été à l’avant-garde de tous les bouleversements de l’imprimerie et de la communication graphique.
Ils se sont transformés en fonction de critères techniques mais aussi économiques, sociaux et culturels.
Ils ont recherché et souvent provoqué les innovations des industries graphi- ques afin d’être tirés plus rapidement, pour devenir plus attractifs, mieux et davantage illustrés, bref, pour être lus et appréciés par le plus grand nombre.

Avec près de 250 journaux et objets, l’exposition Scoop: une histoire graphique de la presse raconte l’histoire de l’évolution de la mise en page du journal, du plus petit exemplaire (La Dépêche, Paris, 12 novembre 1870, 10,5 cm × 8 cm) au plus grand (Le Grand Journal, Paris, 3 avril 1864, 92 cm × 62 cm). Les formats sont en effet de plus de plus importants jusqu’à la fin du XIXe siècle
(hormis pendant les époques troublées), ils sont plus petits aujourd’hui avec le succès du tabloïd. Le visiteur a ainsi devant lui un panorama explicite de l’évolution des journaux : organisation en colonnes, en rubriques de mieux en mieux ordonnées, actualisation de la « une » par l’apparition de grands titres et d’illustrations bientôt photographiques.
Il découvre aussi, parallèlement, l’histoire de l’évolution des moyens d’impression, depuis l’imprimerie gutenbergienne capable de produire beaucoup d’exemplaires mais à grands frais, jusqu’au numérique et à l’offset d’aujourd’hui, en passant par la grande période de l’industrialisation des rotatives et des Linotypes.

Journaux et journalistes, ouvriers du livre
Le fonds Gelin ainsi que les objets graphiques issus des collections du Musée (stéréotypies et flans, dont la dernière page plomb
du Républicain lorrain, matrices de Linotypes ou de titrages, matériel d’imprimerie et de composition, bélinographe, publicités pour les constructeurs de machines…), permettent également au visiteur de comprendre l’évolution des métiers liés à la presse, des premiers « gazetiers » au journaliste naissant, du patron de presse à la constitution de groupes dont l’objectif est parfois la diversification des produits autant que la production de l’information.
Imprimeurs sur presse à bras, sur presse métallique ou à vapeur, linotypistes, metteurs en page, rotativistes jalonnent ainsi l’exposition, évoquant la diversité des métiers chez les ouvriers du livre à toutes les époques. Le quotidien régional Le Progrès a largement ouvert ses archives photographiques pour évoquer les innovations qui l’ont transformé, de l’époque héroïque des Linotypes, fleurant bon l’encre et la graisse chaude (années 1960) aux rotatives modernes de son imprimerie de Chassieu, où règne désormais la même atmosphère silencieuse et aseptisée que dans toutes les imprimeries de presse du monde.

Rappeler et démontrer le rôle moteur que joue la presse L’exposition Scoop : une histoire graphique de la presse n’est pas un retour en arrière sur 400 ans de presse. C’est une respiration et une réflexion nécessaires au moment où les journaux abordent un tournant. Hormis dans les pays émergeants, la presse papier perd du terrain, certaines villes américaines n’ont déjà plus de quotidiens. Le Reuters Digital News Report a publié fin juin son rapport 2015 qui fait apparaitre que 46 % des habitants de 12 pays industrialisés testés s’informent au moins une fois par semaine via leur smartphone et que pour 58 % des Français, la première source d’information est… la télévision, contre 3 % pour la presse écrite.

Comme le montrent les documents exposés, du Journal Vu (1936) au Paris Match des années 1950 ou à la dernière maquette du Progrès de Lyon, à découvrir en novembre 2015, les journaux font assaut de maquettes imaginatives et dynamiques, de photographies en quadrichromie, espérant ainsi mieux correspondre à une société avide d’images. Dans ce déferlement, misant sur la vieille habitude — encore installée, sinon sensuelle — de la prise en main du papier et de la matière qu’est la page, les quotidiens s’efforcent d’affirmer leur vocation de toujours, qui est d’ordonner le désordre de l’actualité et de lui donner un sens, déjà l’un des premiers objectifs du tout premier journaliste, Théophraste Renaudot, pour sa première Gazette tirée sur presse à bras dans la nuit du 29 mai 1631. Mais sans doute les journaux ont-ils raison de s’interroger sur la forme que prendra leur avenir. Quoi qu’il en soit, et c’est l’un des fils rouges de l’exposition, la presse a résisté à beaucoup de systèmes et à de nombreux aléas historiques, sociaux, structurels. Bâtie par de grands dirigeants et de nombreux travailleurs de l’ombre, la presse a changé plusieurs fois de modèle économique, ce qui a forcément un effet sur le paysage éditorial, mais pas sur ses missions de créatrice d’opinion, et c’est bien ce que montre l’exposition.

Pratique

Musée de l’imprimerie et de la communication graphique
13, rue de la Poulaillerie
69002 Lyon
Le Musée est ouvert :
– du mercredi au dimanche inclus;
– de 10 h 30 à 18 h.



Pierre Aimar
Mercredi 9 Septembre 2015
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