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Membre du Syndicat de la Presse Culturelle et Scientifique (SPCS) et de la Fédération Nationale de la Presse Spécialisée (FNPS)




« Sangs Mêlés », Salle Capitulaire Cour Mably, Bordeaux, du 8 janvier au 16 janvier 2013

Du 8 au 16 janvier 2013, l’association Dérives Singulières propose « Sangs Mêlés », une nouvelle exposition de treize artistes plasticiens qui croiseront leur regard sur le thème de la famille en soulevant des questions d’ordre interdisciplinaires, artistiques et en réfléchissant à des processus de création autour de cette notion.


La famille prend sens d’abord dans l’apparentement par le sang mais le caractère de la famille en Occident apparait en mutation. L’éclatement de la famille, la famille mononucléaire, la famille homoparentale ou monoparentale, le statut modifié de la femme qui n’est plus le seul référent dans l’éducation des enfants, le changement des manières de vivre dans un monde où l’information est accessible rapidement mais dans lequel, paradoxalement, il y a des difficultés de communiquer au sein du foyer, la société qui prend le relai sur certaines responsabilités familiales…
Ces conceptions nouvelles de la composition et de la fonction familiales nous questionnent sur le lien familial, les modèles parentaux, la normalité, sur ce qu’est la famille aujourd’hui dans notre société occidentale.

Florence Babin (Vidéaste)

Après avoir réalisé un travail d'introspection à partir du thème des ombres et des reflets et avoir démontré le lien entre l'utilisation du feu comme médium dans sa pratique plastique et la notion de vide ; elle approfondie à partir du mythe d'Icare, la question de la dialectique « ascension/chute ». (DEA Arts Plastiques et Sciences de l’Art – Paris 1 Panthéon Sorbonne – 2004).
Particulièrement concernée par la danse contemporaine, sa recherche est recentrée sur deux axes : d'une part le corps en mouvement et d'autre part le montage des images numériques qu'elle réalise, envisagé comme chorégraphie.
Amenée très souvent dans sa pratique plastique à se mettre en scène elle-même, elle aborde parallèlement à ces deux axes de recherche principaux le questionnement de l’autoportrait en vidéo au travers de la notion de « Je filmé ».
Certaines de ses vidéos qui ont été réalisées à partir d’archives familiales (Super 8 refilmé en numérique) lui ont permis d’explorer le thème de l’enfance déjà abordé au cours de travaux précédents.
Son travail photographique fait écho à sa pratique de vidéaste en établissant un lien entre l’image fixe et l’image mouvement par sa référence constante au cinéma que ce soit sur le fond (fiction) ou par la forme (documentaire / reportage).
Florence Babin © DR
Florence Babin © DR

Marie Delahaye (Plasticienne)

Marie Delahaye © DR
Marie Delahaye © DR
« Terrienne, je me suis construite en parallèle un monde assurément imaginaire. Ce cosmos entremêle mes songes, mes souvenirs, et le réel. Il amène les objets qui m’entourent à prendre vie, à me raconter des histoires.
Ainsi à l’évocation du « Sangs Mêlés », l’envie fut vite présente, de proposer ce miroir de moi et de mettre en scène cet univers divergent : par deux représentations plastiques, deux arrêts sur image de ma propre Enfance ; avec en lien ce besoin de collection et de culte. »

« L’Ego Fabrique »
A l’aide d’objets retrouvés et chargés d’émotions, Marie DELAHAYE a retracé son souvenir en un seul et même espace pour les offrir aux regards alentours et leur donner un nouveau souffle, avec ses yeux d’adulte. L’histoire est chuchotée.
Cet héritage ne tient qu’à un fil. C’est pourquoi les sujets cohabitent ensemble, sans se comprendre, dans cette valise fragile. Les liens entre eux sont indirects, et pourtant forment une partie de son identité.
« L école de GROUMFY »
Le gorille est le plus grand et le plus fort de tous les singes. Marie a toujours imaginé qu’il était le ROI des animaux. Le meilleur. Le gardien. Il est pour elle aussi une forme d’héritage. Longtemps elle l’a vu, et rencontré : au détour d’un canapé. Épisodiquement ils sont tombés l’un contre l’autre. Et toujours ils ont grandi ensemble.
Ainsi, Marie représente par cette installation son irruption dans sa vie et son passage avec lui de l’enfance à l’adulte :
- Par l’accumulation de peluches appartenant à son père,
- Par ce mur invisible qui les sépare de nous, et préserve la hiérarchie nécessaire à la bonne tenue de leur groupe.

AJ Dirtystein (Photographe, performeuse)

Série de photographies « A ma mère »
Ces femmes réunissent les ambivalences créées par les hommes : image de Mère et de Putain réunies. L’allaitement est ici le lien qui les unies, car en donnant d’elles, elles forment leur armées de guerrières et de guerriers. Elles “éduquent” par leur choix, leur force de ne pas se soumettre à l’Etat, l’Église et la pression sociale. Ce sont des guerrières, des femelles, des louves, des chiennes… Ce sont des Femmes qui assument qui elles sont et qui offrent la possibilité de sortir de la victimisation perpétuelle, qui écrase ceux qui sortent de la norme.

Vidéo « Introduction au Post-Érotisme »
Cette vidéo-performance désacralise le corps maternel (qui se veut intouchable dans notre société patriarcale) mais sacralise pourtant le symbole de l’amour, momifié par le sucre, consolidé par la matière... L'amour homosexuel non reconnu par le système est pourtant bien présent depuis toujours: cette vidéo cristallise le renversement des valeurs religieuses, des valeurs sexistes basées sur la dichotomie féminin/masculin. Elle rend hommage aux couples qui se battent pour leurs droits et leur reconnaissance.
AJ Dirtystein © DR
AJ Dirtystein © DR

Laurence Escorneboueu (Photographe)

« Du bonheur par centaines »
Je vous présente Yvonne, mon arrière grand-mère, que j’ai photographiée à sa maison de retraite en janvier 2012.
Le but initial de ma démarche était de connaitre sa définition du bonheur, mais j’ai très vite été très intriguée par ce que me révélait l’appareil : je redécouvrais son univers, ses bibelots, ses souvenirs. J’ouvrais les yeux sur un résumé de 104 années réunies dans 15 mètres carrés.
En portant sur elle un regard nouveau, je me suis demandée ce qui pouvait la retenir.
Hier par la maternité, aujourd’hui à travers la longévité, j’interroge le sens de ce qu’on voudrait laisser derrière soi, la transmission et ce qui nous attache à la vie
Ces images vont au-delà du lien de parenté qui nous unit, il ne s’agit pas d’un travail autobiographique. Yvonne, c’est votre grand-mère, votre père, votre tante, Yvonne c’est moi, c’est vous, c’est demain.
Laurence Escorneboueu © DR
Laurence Escorneboueu © DR

Florence Joutel (Plasticienne, photograveur)

Florence Joutel © DR
Florence Joutel © DR
J’ai retracé pour cette exposition, sur différents médiums, une tranche de vie, de mon grand-père pilote, comme un « cabinet de curiosité » …
Tous les documents d’archives ont été re-fabriqués avec des techniques de gravure ou d’impression et montés ensemble pour réaliser une oeuvre plastique.
Première série d’un travail ou je me suis engagé, dans une formidable aventure : « La machine
à remonter le temps » Qui s’étoffera en Janvier de 7 toiles réalisées sur Bois avec des techniques anciennes, mêlant collage et peinture à l’huile.

André Christiany, son aïeul, fut en effet pilote d'essai chez Gourdou-Leseurre avant la Première Guerre mondiale qu'il accomplit dans… l'aviation. Mais son avion fut abattu et il fut fait prisonnier par les Allemands. Après la guerre, en 1929, il perdit la main droite lors d'un essai aérien. Jamais plus il ne put piloter un avion, mais il a côtoyé les plus grands noms des débuts de l'aviation. Florence Joutel fera revivre cette épopée. »

Après un parcours atypique, d’étudiante en arts puis de photographe de presse et d’enseignante en arts appliqués. Passionnée par les techniques anciennes et l’art contemporain, c’est tout naturellement qu’elle se spécialise en gravure en apportant une touche personnelle résolument moderne.
Elle décrit son travail comme des collections, ne voulant pas être cataloguée dans un thème plutôt qu’un autre, elle jongle entre les thèmes de la danse, l’identité, l’histoire de son grand père, pilote d’essai en 1914, la femme de 1920 à nos jours, les jardins ou encore la musique.
Florence Joutel mélange ses techniques de prédilection, gravure et photographie pour ne faire plus qu’un, comme héliogravure au grain technique du XIXe siècle.

Laure Joyeux (Plasticienne)

Laure Joyeux © DR
Laure Joyeux © DR
Dans le cadre de l’exposition Sangs Mêlés, je fais appel au portrait, image de l’identité du modèle travestit en animal, où les limites entre homme et animal sont outrepassées, où les deux territoires se confondent. Les figures ainsi doublées de l’homme et de l’animal se soudent, se mêlent et fusionnent dans une grande famille.

Ces images traduisent la multiplicité par leur composition de collage, réunifiées par la technique de la linogravure. Elles convoquent la figure double de l’animal grâce à la reproductibilité illimitée de leurs épreuves, plus précisément les possibilités de la multiplication et de la reproduction d’un original ainsi que les vertus de la variation, d’exploiter les relations entre la matrice et son empreinte. Par un jeu d’ombres et de lumière, j’interroge le rôle double de l’image dupliquant le réel et la mimesis comme geste, la figure double de l’homme et de l’animal soudés dans un même par le jeu du morphing.

Par l’articulation des notions d’anthropomorphisme et d’hybridation de la figure de l’animal, je soulève la question de la place de l’animal dans nos sociétés, de sa complicité avec l’homme et celle de sa multiplicité iconographique. Je développe une réflexion autour de la représentation et présente mon ouvrage sous la forme d’une exploitation sérielle. L’image est une réplique du réel, sujette à de multiples transformations, à de nombreuses métamorphoses.

Kilat (Peintre)

La peinture de Kilat trouve ses origines au tout début des années 80. À l’époque, le graff made in New-York débarque en France et «faire du graffiti» est une prise de parole artistique mais surtout un moyen de s’affranchir des galeries tout en ayant un impact maximum vers un large public urbain.
Contemporain entre autre de Keith Haring et Basquiat pour les States et de Jérôme Mesnager, Jef Aérosol, Speedy Graphito et Gérard Zlotykamien pour la France, Kilat est lui aussi un précurseur de Street Art.
La pratique du graffiti impose d'aller très vite à l’essentiel d’où la nécessité de créer un graphisme rapide à exécuter et immédiatement identifiable. Kilat imagine alors des dizaines de petits personnages délurés mi-insectes, mi-robots, réalisables en quelques coups de bombe aérosol.
Au fil du temps et des oeuvres, ses êtres géométriques se multiplient et empruntent leurs
formes à des cultures aussi diverses qu’africaines, nativo-américaines ou précolombiennes
et se comptent désormais par milliers. Aujourd'hui ses personnages snobent le béton pour les cimaises où ils prennent la pose de manière plus institutionnelle.
De base figurative, la peinture de Kilat fleurte cependant avec l’abstraction quand ses personnages si nombreux s’agglutinent et se recouvrent jusqu’à disparaître.
L’univers de Kilat est le reflet de notre monde : futile, grotesque, mécanique et surpeuplé où
tout le monde court après quelque chose …
Depuis le début des années 80, Kilat n’a cessé de créer des centaines de personnages mi-robots, mi-insectes. Ce sont ses enfants, ils ont tous un air de famille même si ils sont tous différents. Leurs aspects graphiques sont autant de représentations de traits de caractère et de sauts d’humeur de leur géniteur
De 1985 à 2004, est membre fondateur et actif du groupe INFLAMABLES
En 2005, après 20 ans d’activités collectives, il reprend son univers pictural là où il l’avait laissé…pour voir
Kilat © DR
Kilat © DR

Karl Lakolak (Photographe)

Karl Lakolak © DR
Karl Lakolak © DR
Les propositions de Karl Lakolak posent la question du « donner corps » à la représentation ; le véritable corps physique, sur la scène d’un tableau vivant, s’hybride au simulacre d'un "tableau" perdu. L'installation performative prend allure de Théâtre improbable sur la scène duquel passent des ombres corporelles, personnages de cette fiction muséale. La « résurrection de la peinture » s’opère par une « préparation du corps » …Comment une réminiscence rituélique peut –elle influencer la construction d’une identité contemporaine ? La mise en scène du corps dans l’espace social normé est dérangée dans l’aire de liberté légitimée par « le lieu générateur d’art contemporain »

Le corps traverse l’espace-temps dans un bain pigmenté, comédien traversé par de multiple citations, des fêtes galantes, des fétichismes contemporains, aux fantasmes de pratiques ancestrales des sociétés traditionnelles :
danses tribales, fêtes de la fécondités, mystères dionysiaques, possessions, transes, chamanisme etc..

Aurélie Martinez (Plasticienne)

Aurélie Martinez © DR
Aurélie Martinez © DR
« Marie Madeleine »
Dans son immense chevelure emmêlée se mêlaient des veines gorgées de sang bleu et rouge. Les flux et reflux de ces fluides maintenaient son organisme en vie en faisant palpiter son coeur. Le rouge la faisait respirer tandis que le bleu l’asphyxiait. Ces sangs étaient ceux de ses géniteurs. Elle n’avait donc pas d’identité propre. Elle restait là, prostrée, sans savoir qui elle était.

Patricia Molins (Sculptrice)

Patricia Molins © DR
Patricia Molins © DR
« Les élingues »
« Les élingues nous tiennent, nous soutiennent et nous entraînent. Aussi fragiles que le fil de l'araignée, aussi solides qu'une corde d’amarrage, elles ne peuvent se rompre ni disparaître pour autant, elles changent de forme tout simplement. . Toujours là, aussi tenaces qu'impalpables. »
J'ai eu le privilège ces dernières années de suivre le parcours de Patricia, sa lente construction par degrés, et souvent me vient par analogie l'image d'une plongeuse régulant des paliers d'immobilité pour que circule l'oxygène dans ses veines. Car c'est bien l'exigence, chèrement acquise, qui tient lieu de baptême à son oeuvre. On peinerait à trouver chez elle les traces de cette ambition délétère qu'affectionnent la plupart des démiurges en mal d'identité. Ce qui m'attache le plus à sa production, c'est justement son irréversible état de femme, se sachant trompée par les apparences, fera tout pour marier le sensible et l'intelligence, celle qui n'a pas besoin de s'exclure du monde pour transformer ses tendresses en forme de métal, en lécher les plaies, celle qui décide d'un définitif coup de tête de mouler les stigmates de la vie, et voyez-vous, quand une femme tient nos masques dans ses mains, il ne peut jamais en surgir de grimaces.
Oui, la femme comme seul point de chute et de reconversion du Poème. Molins frappe droit au but, au coeur des figures et des rêves portés, en rejoue les anatomies, les muscles, les nervures, alors les corps se soulèvent en surgissant tous du sol, (c'est l'épiphanie) les monstres renaissent, épèlent leurs noms, l'opulence de leurs chairs a mystérieusement fondu, et tout cela avec un luxe de détails qui en dit long sur l'inquiétude à plaire. Aussi sur les possibilités du vivant.

Cesar Octavio Santa Cruz (Plasticien)

Au cours des années, une notion s’est imposée à moi comme l’élément moteur de ma pratique personnelle : celle de « collage ». Dans mon processus de recherche plastique, cette notion a été triplement exploitée : dans son aspect plastique (combinaison d’éléments divers collés sur un support), iconique (association d’images) et esthétique (production d’un effet).
A travers le collage et l’association d’images qui en résulte par celui-ci, je mets en relation des univers culturels aussi lointains que contradictoires, par exemple précolombien, européen ou celui de la culture de masse contemporaine. Ma pratique touche à des sujets divers, tels que le métissage culturel ou les effets de la globalisation mais aussi à des thèmes plus intimes tel que l’importance de la famille comme repère identitaire.
D’un point de vue technique, je réalise mes travaux en peinture, technique mixte, gravure ou sérigraphie, prenant comme points de départ des images extraites de diverses sources visuelles (revues, journaux, albums de famille, publicités, catalogues d’expositions, cartes postales, livres, etc.). Lorsqu’il s’agit de peintures, l’utilisation de formes en aplat remplace parfois celle du modelé, grâce notamment à la pratique de la sérigraphie, procédé privilégié par Andy Warhol et les artistes pop. Cette dernière opère en décomposant les images selon des aplats de couleurs. Ainsi, ma pratique personnelle s’inscrit dans une poïétique Pop art.
Cesar Octavio Santa Cruz © DR
Cesar Octavio Santa Cruz © DR

Nicolas Richard Giacobetti (Plasticien)

Nicolas Richard Giacobetti © DR
Nicolas Richard Giacobetti © DR
Reconnu dernièrement à New York à travers ses tableaux numériques animés. Les oeuvres de Nicolas RICHARD-GIACOBETTI ne véhicule ni un message élitiste, ni publicitaire. Elles rappellent au spectateur qu'une société ne doit pas négliger les individualités de la pensée qui sont trop souvent agglomérées et dictées par la raison de la statistique et de la consommation.

Le travail de NRG prend la forme d'une observation de l'individualité à travers des séries de masques, d'enveloppes corporelles, d'expressions, de cycles temporels. L'artiste procède à la métamorphose de codes visuels suspendant le contrôle de la raison pour nous faire percevoir les émotions les plus élémentaires jusqu'à nous pousser vers des réflexions des plus philosophiques et existentialistes.

Alexandre Roudeix (Plasticien)

Alexandre Roudeix © DR
Alexandre Roudeix © DR
Lors d’une cérémonie visant à construire, couche par couche un objet qui entremêlera des sangs multiples (ADN) et les éléments primordiaux - la terre, l’eau, le feu et l’air, notre visée est de reconstruire l’unité quasi Édénique du couple originel, afin que l’humanité dispersée puisse se reformer en une entité commune. Nous pensons que cet objet rituel permettra de sauver l’humanité dans l’art et vise versa. Il influera conséquemment sur les flux politiques et sociaux afin de renverser l’ordre invisible qui déséquilibrent le monde.


Pierre Aimar
Jeudi 20 Décembre 2012
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