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Roméo et Juliette par la Cie Julien Lestel, à l’Opéra de Marseille, le 5 Avril 2014. Par Philippe Oualid

Julien Lestel a présenté à l'Opéra de Marseille sa version chorégraphique de Roméo et Juliette qui met en scène les principaux personnages de la pièce de Shakespeare, dans une fusion intime de la danse et de la pantomime, et qui recherche constamment la traduction du verbe par le geste dans une dizaine de tableaux très réussis.


© DR
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Sur la belle partition de Prokofiev, qui exprime à partir de ses célèbres leitmotivs, de la couleur, du pittoresque, de la puissance et du lyrisme, les points culminants de l'œuvre sont représentés devant une intelligente scénographie de vidéos d'animation de Christophe Guillermet, et dans de ravissants costumes de Patrick Murru.

La première partie du ballet nous montre les jeux facétieux des jeunes gens de Vérone, les fiançailles de Juliette avec le Comte Paris, le bal chez les Capulet, et la rencontre amoureuse de Roméo et Juliette dans le jardin du château. La danse qui se caractérise par des entrées fougueuses en grands jetés des garçons, des projections rapides de bras et de jambes, des pliés, avant-bras tendus, mains ouvertes, s'accompagne d'une théâtralité subtile dans les ports de tête, les regards, surtout dans les scènes de provocation de Mercutio, au moyen d'éventails, avec un magnifique grand fouetté en tournant de Nicolas Noël, à l'endroit de Tybalt (Gilles Porte) et de Paris (Marco Vesprini) qui s'énervent et se sentent agressés. Le grand pas de deux de la fusion passionnelle des deux amants (Julien Lestel et Fanny Fiat), dans la perfection de son style néo-classique avec ses portés impressionnants sur l'épaule ou le dos, suscite l'admiration et une salve d'applaudissements spontanée.

Dans la seconde partie marquée par l'entrée en scène de Frère Laurent, après un manège superbe de tous les personnages, le climat de tragédie antique donne lieu à des mouvements de pantomime noble très émouvants, notamment dans les scènes de meurtres de Mercutio et Tybalt, les crises de désespoir, les attitudes colériques de Lady Capulet (Maria Stefania di Renzo), ou les scènes de suicide des amants dans le caveau du cimetière, avec un tableau final très romantique qui ressemble à celui d'Hernani de Victor Hugo.

Le public de l'Opéra de Marseille, sensible à la distinction et au sourire radieux du chorégraphe, impressionné par ces trouvailles de mise en scène qui se situent toujours entre danse pure et représentation théâtrale stylisée, a fait une ovation triomphale à ce spectacle admirable de la Compagnie Julien Lestel qui rivalise d'élégance avec les versions historiques de Lavrovsky, de Lifar ou de Noureev.
Philippe Oualid


Pierre Aimar
Lundi 7 Avril 2014
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