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Roméo et Juliette de Gounod pour la Fête Nationale Monégasque, novembre 2014, par Christian Colombeau

La drame des amants de Vérone superbement mis en image est la plus belle partition de Gounod, certainement la plus dense, la plus cohérente, d’une invention musicale riche, originale.


Roméo et Juliette de Gounod pour la Fête Nationale Monégasque, novembre 2014, par Christian Colombeau
Gounod vouait une admiration sans borne à la symphonie éponyme de Berlioz. Il aimait aussi I Capuleti ed I Montechi de Bellini. Le luxueux programme nous le confie. On l’a compris. Le sujet lui tenait à cœur. Nul doute qu’il n’ait voulu rivaliser avec ses illustres prédécesseurs…

Avec raison, beaucoup considèrent cet opéra comme une vaste symphonie libre en cinq mouvements : allegro initial brossant la lutte des deux familles véronaises avec scène de bal obligée, andante au deuxième (échange des serments d’amour) et quatrième acte (les adieux), chant désespéré aux scènes ultimes, comme chez Mahler ou Bruckner.
Le tout dans un langage musical ramassé, à la fois lyrique et dramatique, une orchestration savante, une continuité des émotions rare, et, pour couronner le tout, une certaine noblesse telle une orfèvrerie précieusement organisée.

Dans le spectacle signée par Jean-Louis Grinda, présenté en coproduction avec la Carlo Felice de Gênes, tous les titulaires ont l’âge du rôle, il n’y a aucune panouille secondaire, aucun détail sacrifié, tous apportant leur pierre à l’édifice, tous demandant présence, talent, doigté, émotion et vérité. On baigne dans le luxe, la volupté ou la violence ridicule des clans avec une mise en scène réglée au cordeau, bien articulée, sans temps morts, se modulant sur la musique sans jamais chercher à attirer l’attention.
On retrouve donc cette Vérone plus vraie que nature brossés par Eric Chevalier, des costumes qui nous transportent dans un Moyen-âge-Renaissance à la fois opulent et misérable pour nous offrir un merveilleux voyage dans le temps, le tout « habillé » par les délicates, savantes lumières de Roberto Venturi qui donnent au spectacle beaucoup de grandeur et de poids.

Les deux rôles titulaires, vu leur importance et leur difficulté attirent forcément l’attention.
Roméo, à mi-chemin entre ténor lyrique et dramatique demande des qualités exceptionnelles et un physique de théâtre.
Si Paolo Fanale possède de belle manière le physique juvénile du héros, le ténor italien s’installe dans un confortable à-peu-près en première partie, poétique, lunaire, superbe de diction, élégant, dans un style très surveillé, toujours musical mais, prudence oblige… n’ouvre les vannes qu’après l’entracte, pour offrir un chant plus large, encore plus engagé et une musicalité encore plus exquise.

Avec un vibrato à trois vitesses, un timbre parfois ingrat, ses notes vrillées, ses coups de glottes, il n’est pas sûr que la belle Anne-Catherine Gillet laisse un souvenir impérissable. On croit très peu à son chant, plus à sa Juliette, à peine sortie de l’enfance, à la sensualité troublante, vécue dans une sorte d’assomption.

Avec une demie Juliette et un demi Roméo avons-nous eu vraiment un grand Gounod ?
Oui si, on glisse vite sur Tybalt, fâché avec le rythme et la fosse, une Gertrude sans grand éclat, pour mieux souligner l’excellence des Vanaud, Teitgen, Rouillon père (!) et fils (!), le Mercutio plein de rage écumante de Lionel Lhote, ou la lumineuse apparition de Carine Séchaye qui lance avec légèreté et grâce la chanson de Stephano.
On a apprécié aussi le travail solide des chœurs et surtout la belle prestation de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo dirigé par Laurent Campellone avec sensibilité, lyrisme, pour en faire mieux ressortir la fraîcheur un peu naïve et la poésie.
Christian Colombeau


Christian Colombeau
Jeudi 20 Novembre 2014
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