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Rodin, le laboratoire de la création, Musée Rodin, Paris, du 13 novembre 2014 au 24 septembre 2015

L’exposition nous introduit dans le secret de l’atelier du sculpteur, véritable laboratoire de la création et creuset d’une Œuvre.


Un ensemble unique de cent cinquante plâtres et terres cuites souvent inédits, est sorti des réserves à cette occasion. Il permet de suivre le parcours exceptionnel du sculpteur. Le visiteur plonge au cœur du processus de création, invité, par l’exercice de son regard, à percevoir les chemins, les hésitations, mais aussi les fulgurances de la pensée formelle de Rodin.

Porte de l’Enfer, monuments aux Bourgeois de Calais ou à Victor Hugo, Balzac, Muse Whistler… Les œuvres les plus célèbres et les plus abouties émergent peu à peu de l’esprit et des mains de Rodin, aboutissements d’un travail prodigieux et de très nombreux travaux préparatoires : études et esquisses de terre malaxées vigoureusement, maquettes, épreuves de plâtre moulées en série, puis retravaillées jusqu’à obtenir la version finale… L’œuvre se construit sous nos yeux, les visages s’animent, les nus prennent position, avant d’être drapés, tandis que les abattis – ces membres séparés du corps (têtes, mains, bras, pied) – sont étudiés comme des morceaux de choix, des gestes isolés, avant d’être réintégrés à l’œuvre définitive. C’est une véritable profusion créatrice qui s’empare de l’artiste à chaque projet, une efflorescence de l’imaginaire qui explore, sonde, expérimente…

Les séries constituées par les œuvres définitives, ainsi que par les études et les modèles préa-lables qui ont présidé à leur conception, seront complétés par des photographies prises dans les ateliers de Rodin, ou retouchées par lui pour affiner son idée, chercher un profil, élaborer ses compositions. C’est donc en quelque sorte le cheminement qui précède le « chef d’œuvre » qui sera donné à voir.

Commissaire général 
Catherine Chevillot, directrice du musée Rodin
Commissaires de l’exposition
Hélène Marraud, chargée des sculptures
Hélène Pinet, responsable de la recherche et des collections de photographies

Rodin dans son atelier au milieu de ses oeuvres en plâtre, Druet Eugène,épreuve gélatinoargentique
Rodin dans son atelier au milieu de ses oeuvres en plâtre, Druet Eugène,épreuve gélatinoargentique
Laboratoire et création artistique : les deux termes peuvent paraître antinomiques, leur association insolite, voire grotesque.

Il ne fait pas de doute que création et élaboration sont des réalités qui se chevauchent. Des « Beaux-Arts », la sculpture est certainement un domaine dans lequel l’élaboration non seulement déborde largement la phase de conception, mais entretient avec a production, le façonnage, la matérialité, des rapports moins simples qu’il n’y paraît. Chez Rodin, plus peut-être que chez tout autre artiste du XIXe siècle, la réalisation ne suit pas la conception, les deux s’accompagnent et s’entrelacent, s’interpénètrent, dans une dialectique sans cesse renouvelée.
Le laboratoire, ce « lieu où se prépare, s’élabore quelque chose », nous a paru le plus adéquat à rendre compte de ce que nous voulions ici montrer au visiteur : la maturation de l’œuvre ; en quelque sorte, le chef-d’œuvre avant le chef-d’œuvre.

Le processus créatif de Rodin a été considéré sous de multiples angles de vue : techniques (moulage, marcottage…), inventions (assemblage, agrandissement…), postures (inachèvement, fragmentation). Toutes ces facettes sont réelles, passionnantes, novatrices. Mais ce qui en fait l’unité, la cohérence, est la démarche très particulière de l’expérimentation. Rodin n’est pas un artiste pour lequel la sculpture est cosa mentale, mais cosa materiale.

L’atelier est pour le public l’objet de tous les fantasmes. Il est pour l’artiste tout à la fois le lieu des labeurs et des victoires, des errances et des achèvements.
S’il ressemble parfois davantage, dans les représentations des peintres, à un salon mondain, l’atelier reste souvent, pour le sculpteur, un local froid, malsain, des linges humides recouvrant les terres en cours, taché des éclaboussures de terre ou de plâtre, poussiéreux des éclats de taille. Il est d’abord le lieu de recherche des masses et des formes, des compositions et des modelés.

Dans ses méthodes même, l’artiste joue sans cesse sur la variation, la reprise et la permutation, qui prêtent aux formes une infinité de vies intermédiaires conservées dans le secret de l’atelier. Cette recherche a un médium privilégié : le plâtre. Longtemps décrié au XXe siècle, rejeté comme le matériau du moulage et donc de la reproduction, il est pourtant pour Rodin le matériau de la création et de l’invention. Il est même par-dessus tout le matériau de la plus grande liberté, par la facilité de sa mise en œuvre et les possibilités de reprise, de découpe, de réplique qu’il offre. Il est matière immaculée pour un art qui est avant tout celui de l’espace et de la lumière.

Dans cette ambiance de réinvention permanente qu’il sait faire régner autour de lui, Rodin garde toujours à ces mutations formelles une profonde logique organique, qui renforce encore l’analogie entre sa propre image de patriarche-démiurge et celle des métamorphoses de l’univers mythologique. Sa pratique fondamentalement expérimentale, son regard perpétuellement à l’affût font surgir des transfigurations successives. Qu’il procède par changement subtil ou brutal, il cherche l’éclosion
de la chrysalide à la lumière de l’inattendu.

Catherine Chevillot
Conservateur général du patrimoine
Directrice du musée Rodin

Pratique

Musée Rodin
79 rue de Varenne
75007 Paris
T. 01 44 18 61 10
Horaires
ouvert de 10 h à 17 h 45, fermé le lundi, nocturne le mercredi jusqu’à 20 h 45
Billetterie et renseignements www.musee-rodin.fr



Pierre Aimar
Vendredi 31 Octobre 2014
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