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Regard sur … Cranach, Musée des Beaux-Arts, Reims, du 25 mars au 4 avril 2016

Parallèlement à la tenue du Salon du dessin à Paris, le musée des Beaux-Arts de Reims présente son exceptionnelle série de treize portraits attribués à Cranach le Jeune et datés pour la plupart entre 1540 et 1550.


Un prince, Lucas Cranach Le Jeune. Vers 1540. Technique mixte sur papier contrecollé sur carton 30 x 19,7 cm. Inv. 795.1.272 © MBA Reims 2016/Photo: Christian Devleeschauwer
Un prince, Lucas Cranach Le Jeune. Vers 1540. Technique mixte sur papier contrecollé sur carton 30 x 19,7 cm. Inv. 795.1.272 © MBA Reims 2016/Photo: Christian Devleeschauwer
Leur qualité mi-graphique, mi-picturale, le rendu du vivant de ces œuvres fascineront le visiteur invité à un tête-à-tête avec des membres de la lignée des princes électeurs de Saxe, tous partisans de la Réforme. 55 000 ! C’est le nombre de personnes qui ont découvert ces œuvres entre juin et octobre dernier, dans le cadre d’une exposition « Lucas Cranach le Jeune découverte d’un maître », en Allemagne, à 100 km de Berlin, à Lutherstadt-Wittenberg, ville de Luther et de l’atelier des Cranach père et fils.

Dans le cadre du projet d’extension et de rénovation du musée des Beaux-Arts de Reims in situ, dans l’ancienne abbaye Saint-Denis, à proximité de la cathédrale, la possibilité d’exposer à l’avenir et en permanence les « précieux feuillets de Reims » est à l’étude !

Une alliance des techniques du dessin et de la peinture conduite avec virtuosité
« Les contrastes entre les rapides esquisses des bustes, des oreilles, des parures et la précision des traits des visages, modelés avec des tonalités douces et une technique en demi-tons pour la plupart cernés de contours donnent vie à treize hommes, enfants et une femme, nobles ayant vécu en Allemagne orientale, à l’époque mouvementée de la Réforme. » (Marie-Hélène Montout-Richard, attachée de conservation du patrimoine au musée des Beaux-Arts de Reims, commissaire de l’exposition)

Les Cranach, père et fils, des artistes majeur de la Renaissance
C’est à Paul Jamot, conservateur honoraire du musée du Louvre, directeur du musée de Reims de 1927 à 1939, que l’on doit la formule de « précieux feuillets de Reims ». Ce dernier précisa en 1930 : « Faut-il [les] considérer […] comme des dessins ou des peintures ? Ils participent aux deux méthodes. Mais, comme dans les célèbres « préparations » de La Tour auxquelles, à travers deux siècles et demi, on a quelque envie de les comparer, c’est le dessin qui prédomine ». Dans leur parcours de créateurs, Ernst, Picasso, Warhol et d’autres artistes du XXe siècle ont, à leur tour, placé les Cranach parmi les plus grands artistes de la Renaissance.

Les études sur papier des Cranach : des modèles très aboutis pour les peintures officielles de la cour de Saxe
Les créations des Cranach ont permis aux différents princes électeurs de Saxe de la maison ernestine ou albertine d’assoir leur pouvoir et de promouvoir leur engagement pour une religion naissante en Allemagne : le protestantisme. Grâce à leur atelier implanté à Wittenberg, de multiples portraits de partisans de la Réforme - peintures individuelles, compositions plus complexes ou encore médailles, vitraux, tapisserie - ont pu être diffusés. Ainsi retrouve-t-on des personnages célèbres pour l'histoire allemande comme Maurice de Saxe, prince électeur, Ernest de Brunschwick-Grubenhagen ou Philippe Ier de Poméranie, fervents défenseurs de la nouvelle religion, amis de Luther et ennemis de Charles Quint. Les œuvres de l’atelier des Cranach père et fils relèvent bien d’un « art politique » (*) qui s’est développé dès le début du XVIe siècle, au sein du Saint-Empire romain germanique composé alors de territoires dirigés notamment par plus de quatre-cents princes et ducs. Précisons que la série de portraits conservée à Reims a la dimension exacte de plusieurs portraits peints aux tenues variées par rapport aux modèles.

Des œuvres énigmatiques
L’étude scientifique renouvelée de la série des « Cranach de Reims », conduite en amont de l’exposition à Lutherstadt-Wittenberg, a permis de confirmer et d’émettre de nouvelles hypothèses concernant leur auteur et l'identification des personnages : il s’agirait plutôt de Cranach le Jeune. On constate en quelque sorte une transmission des savoirs entre le père et le fils, empreinte de renouveau sur le plan du style. Malgré une succession d’études, essentiellement par des experts allemands, bien des mystères restent à lever pour les treize portraits sur papier du musée des Beaux-Arts : contexte d’utilisation précis au sein de l’atelier des Cranach, contexte d’acquisition par exemple.

Les dessins de Cranach font partie de l’histoire de Reims
C’est en 1752, grâce au legs Ferrand de Monthelon, que la ville de Reims reçoit treize dessins exceptionnels. Ils ont longtemps servi de sujet d’étude pour les élèves d'une des premières écoles de dessins en France - souvent à l'origine de la création de musées au XVIIIe siècle. Très vite, ils vont contribuer à la notoriété du musée au-delà des frontières. Précisons que sur moins d’une vingtaine de portraits dessinés par les Cranach, treize sont conservées au musée Beaux-Arts de Reims.

Médiation culturelle autour de la série des portraits de Cranach
Sur le site de l’exposition, un film réalisé par le musée des Beaux-Arts présentera les opérations de conservation préventive conduites pour ces œuvres sur papier par une restauratrice et présentera sous forme ludique l'histoire de la série.
Dans la perspective du réaménagement du musée et de l’importance qui sera accordée à l’accessibilité des collections à tous les publics, cette histoire sera également traduite en langue des signes française.
Enfin, le service des publics du musée propose également deux visite-ateliers de gravure, une conférence « Midis au musée », une soirée de médiation avec des étudiants de l’UFR d’histoire, deux visites guidées intitulées « Le portrait en question - de Cranach à Philippe de Champaigne ». Le Petit journal de l’exposition sera offert aux visiteurs de l'exposition.

Après l’exposition « Regard sur … Cranach », le musée des Beaux-Arts de Reims proposera une nouvelle exposition temporaire intitulée « Regard sur … mère et enfant, autour de Mary Mac Monnies (du 14 mai au 26 septembre 2016).

Pratique

Musée des Beaux-Arts
8, rue Chanzy
51100 Reims

Tous les jours de 10h à 12h et de 14 h à 18 h. Fermé le mardi



Pierre Aimar
Lundi 22 Février 2016
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